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de caractère essentiellement bibliographique. Apostolo ayant été appelé en 1718 à la cour de Vienne, ce fut son frère, Pier Caterino, qui assuma la direction du journal jusqu’à sa disparition temporaire en 1727. Celui-ci devait reparaître en 1733, grâce cette fois à Anton Francesco Seghezzi.
Apostolo Zeno voulait l’opposer au Journal de Trévoux qui jugeait avec tant de sévérité et de mépris la culture intellectuelle italienne. Il en fit un organe indépendant, quoique traditionnaliste, et encyclopédique, qui allait servir de modèle à plus d’une feuille vénitienne de l’époque, à commencer par les Supplementi al Giornale dei letterati d'Italia de l’abbé Girolamo Lioni (1722).
Les Osservazioni de Maffei, qui virent le jour en 1737 et durèrent trois années, furent utiles à leur auteur dans sa polémique avec Muratori. D’après Ippolito Pindemonte, ce journal l’emportait sur tous les autres (2). On pouvait y lire des études biographiques, quelques dissertations sur les antiquités étrusques ou sur des sujets artistiques, mais c'était surtout un recueil de nombreuses petites œuvres de prose ou de poésie.
À ces deux variétés de périodiques, vint s’en ajouter une troisième, celle des Annonces Littéraires. L’érudit libraire - éditeur, Almoro Albrizzi, consacrait ses Foglietti letterari à des notices bibliographiques
(2) Cf. Elogio del marchese S. Maffei (Verona, 1784).
(1723), concernant le plus souvent les livres publiés à l’étranger. Parfois, c’étaient de véritables catalogues des ouvrages que l’on pouvait acheter dans sa librairie. En 1724, Albrizzi fit paraître ses Estratti dei principali giornali eruditi d’Europa, rédigés tantôt en italien, tantôt en latin, dont le titre indique suffisamment l’objet. Remarquons à ce propos, que si le désir de Zeno avait été de faire connaître et apprécier audelà des Alpes quelques œuvres italiennes de valeur, celui de beaucoup journalistes vénitiens de l’époque était de révéler à leurs compatriotes les beautés de la littérature française pour laquelle ils montraient un engouement extraordinaire.
Le monde du journalisme littéraire, tout d’abord dominé par la figure d’Apostolo Zeno, devait l’être, après le départ de celui-ci, pour Vienne, par la personnalité non moins attrayante du père Angelo Calogerà, qui avait déjà collaboré au Giornale dei Letterati d'Italia. Sous le pseudonyme de Giovanni Angeli, il écrivit une Storia letteraria d’Europa, sorte de compilation d’articles de journaux français sur la médecine, l’archéologie, l’histoire sacrée et l’histoire profane qu’il commentait en des notes originales. Après huit mois de publication, la Storia fut remplacée par le Giornale dei Letterati d'Europa, puis par les Novelle della Reppublica letteraria qui renfermait d’utiles indications bibliographiques concernant les auteurs vénitiens les plus renommés, tels que Gasparo et Carlo Gozzi, Luisa Bergalli, l'abbé Chiari. L'activité
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litéraire du père Calogerà ne se borne pas à ces quelques œuvres. De 1727 à 1757, paraissait sa Raccolta di opuscoli scientifict e filologici pour laquelle il eut de nombreux collaborateurs. Qu’il nous suffise de citer Apostolo et Pier Caterino Zeno ainsi que Muratori. Le contenu de la Raccolta était extrêmement varié : articles de critique, parfois de polémique, dissertations philosophiques, scientifiques, philologiques, historiques, artistiques, pédagogiques. Son mérite principal consiste à avoir révélé au public de nombreuses œuvres de valeur. C’est un excellent journal d’érudition, qui, grâce à la ténacité de son fondateur, eut une longue durée. À sa disparition, le père Calogerà entreprit la publication des Memorie per servire all'is- Storia letteraria, sorte de recueil de lettres qu’il recevait (ou feignait de recevoir) de plusieurs régions de l’Italie. Généralement concises, parfois plus longues, comme celles qui analysent la Storia letteraria de Foscarini ou le Plauto de l’abbé Chiari, elles offrent un vrai « panorama » de la culture intellectuelle de la ville; une autre, milanaise celle-là, rend compte des travaux de l’académie des Trasformati. Une autre encore, contient une critique sévère de « La Pucelle » de Voltaire. Calogerà s’érige toujours en défenseur de la morale et de la religion. En 1759, les Memorte devenaient les Nuove Memorie qui disparurent trois
ans après, mais, dès 1755, l’infatigable rédacteur avait
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commencé la publication de sa Nuova Raccolta (3), intéressante surtout par ses observations critiques sur le livre fameux de Beccaria : Dei delitti e pene.
De 1762 à 1766, Calogerà rédigea un périodique inspiré de celui d’A. Zeno : la Minerva, qui fait l'éloge de Parini, mais plutôt pour les qualités de son style que pour ses intentions moralisatrices. Elle loue également Goldoni et prend courageusement sa défense contre la critique acerbe de Baretti; par ailleurs, elle juge sévèrement Zaccaria, Baretti, Rousseau et Voltaire.
Malgré. le grand intérêt qu'offre la Minerva, nous ne pouvons l’analyser ici, car elle est postérieure à la Gazzetta Veneta de Gasparo Gozzi. Ce périodique est le dernier que rédigea cet homme prodigieux, ce bénédictin à la profonde culture et à la vaste érudition que fut le père Angelo Calogerà. Son adversaire, le père jésuite Francesco Zaccaria, très érudit, lui aussi, était d’une humeur batailleuse. S’il admirait Goldoni, Swift, il vitupérait contre Baretti, Milton, Locke et contre le Jansénisme, dans sa Storia letteraria d'Italia, parue en 1750. De 1760 à 1764, la Storia prit le nom de Annali letteraria d'Italia. Son contenu restait le même: critiques littéraires, articles scientifiques; son idéal aussi, défendre la Compagnie en proie aux attaques de ses adversaires.
(3) En 1766, à la mort du fpère Calogerà, c’est Île père Mandelli qui devint rédacteur de la Nuova Raccolta. T1 se montra l’adversaire acharné des théories de Jean-Jacques Rousseau.
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Après avoir brièvement examiné le journalisme littéraire et encyclopédique de la première partie du dix-huitième siècle, jetons un coup d’œil rapide sur le journalisme politique (d’une importance bien moindre, le gouvernement vénitien étant loin d’en encourager la diffusion) et sur ces feuilles que l’on nomme en Italie « Gazzetta Urbane ».
En 1737, Francesco Pitteri faisait paraître sa Séoria (4).
De 1742 à 1743, Girolamo Zanetti publia une série de Memorie per servire alla Storia dell'inclita città di Venezia.
Cinq ans plus tard paraissaient les Notatori de Gradenigo, qui ne devaient cesser d’exister qu’en 1773.
Dès la fin du siècle précédent, on trouve quelques exemples de chroniques citadines: la Pallade Veneta, qui vit le jour en 1689, contenait, à côté d’informations locales très utiles, des fables et des contes (5). Elle annonce déjà — et ceci nous intéresse tout particulièrement — la Gazzetta Veneta de Gasparo Gozzi.
(4) Qui dura jusqu’en 1810.
(5) Il ne faut pas confondre cette Pallade Veneta avec une autre Pallade, manuscrite, celle-là, dont le «R. Archivio di Stato di Venezia » conserve de nombreux numéros datés du mois d’octobre 1704
au mois de septembre 1751.
Ce genre de gazettes étaient lues à haute voix dans des assemblées privées. Pour assister à l’une de ces lectures, il fallait acquitter un droit d’entrée fixé à une « gazzetta », petite pièce de cuivre frappée en 1538 par le Doge Andrea Gritti. De là le nom donné à ces chroniques, étymologie préférée par Gozzi à celle qui fait de gazzetta un diminutif de gazza (pie), l’oiseau blanc et noir étant bien connu pour son bavardage.
Enfin, en 1760, d’après un contemporain anonyme (qui en donne la nouvelle dans un opuscule imprimé à Venise cinq années plus tard) un certain Giovanni de Memel aurait gratifié le public, peu de temps avant le journaliste qui fait encore l’objet de notre étude, d’une Gazzetta Veneta dont on ne sait pas grand chose.
Ainsi, Venise au dix-huitième siècle voit fleurir le journal purement littéraire (qui, grâce à l’impulsion donnée par A. Zeno, se perfectionne rapidement et atteindra son apogée avec Gasparo Gozzi et Giuseppe Baretti), le journal d’érudition, le journal politique (celui-là peu développé), les gazettes qui s’inspirent le plus souvent des feuilles étrangères. Tous ces périodiques paraissent assez irrégulièrement ou du moins, à des dates très espacées (6). Mais il y avait une sorte de journal, le journal d'éducation morale, qui n’avait pas encore été tenté à Venise, bien que l’Angleterre en eût donné, au début du siècle, un exemple illustre avec le Spectator. Or, c'était celui vers lequel Gasparo Gozzi était poussé par son tempérament de moraliste et d’observateur.
(6) C’est seulement dans la seconde partie du siècle que l’on voit apparaître les journaux politiques quotidiens.
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