INTRODUCTION
Vers le milieu du dix-huitième siècle, alors que Venise était en Europe «la Capitale des plaisirs », l’on pouvait voir errer, parmi la foule bruyante et insouciante, un homme de haute stature, à l’allure étrange et impassible, un de ces observateurs nés qui semblent ne rien regarder et qui cueillent cependant tout au vol. Il se promenait lentement, s’arrêtant volontiers devant les boutiques, achetant en pensée seulement ces livres qu’il désirait de toute son ardeur (1). Enveloppé dans son grand manteau noir, il était attentif à ce qu’il entendait dire dans la rue, au café, au théâtre, et, si parfois quelques mots plus vifs, une phrase plus piquante frappaient son oreille, sa mémoire s’en emparait aussitôt, son imagination les ornait, les embellissait. Il n’en fallait pas davantage
(1) À passo a passo $
Dotto moderno, io rivolgo il guardo Spesso ai librai di quà, di là leggendo Frontispizi di libri, e or questo e or quello Comprando in fantasia.….
(Lettera al Seghezzi.)