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plus modestes; à l’en croire, le nouveau journal, conformément peut-être à celui de Giovanni de Memel, publié l’année précédente, n’aurait été qu’une feuille d’annonces. Le titre du prospectus avait alors le sens de « À qui aime ses intérêts » et la fable du trésor n’était qu'un éloge de la publicité. Mais en fait, la nouvelle gazette fut autre chose, ce qui permet une exégèse moins terre à terre. « À chi ama i fatti suoi » peut vouloir dire aussi: « À qui aime les choses de chez lui » et le quatrain que nous venons de citer prend bien la valeur de d « achetez vénitien » du jargon moderne. En sorte que l’on peut penser que la Gazette elle-même devait être une de ces « cose di tua casa » que le lecteur pouvait trouver à Venise même, sans aller les chercher au loin, en France, en Hollande, et en Angleterre.
Le « Proposito >» désignait ensuite quatre endroits destinés à la vente et aux abonnements: « A San Marco, la Bottega da Caffé di Florian», «In Merceria, nella Bottega di Paolo Colombani, libraio »,. « À San Stefano, nella Bottega da Caffé in Campo ». Plus tard, au cours de l’année, ces deux derniers cafés furent remplacés, pour le service du journal, par un local nouveau: « Giù del Ponte di San Paolo, appresso la Calle dei Savoneri » et par la librairie de Gasparo Ronconella.
L'abonnement coûtait un sequin (payable en une seule fois ou en deux versements). Le numéro seul était vendu cinq sols, les mercredis et les samedis
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« poco dopo terza ». Enfin, « Mercordi, addi 6 Febbraro 1760 (selon le calendrier romain, car le calendrier vénitien commence le 1* mars), le numéro I de la Gazzetta Veneta vit le jour (2).
Quelle était la forme que revêtait la Gazzetta? Nous avons pu, non sans de longues recherches, nous procurer un exemplaire de son premier numéro. Elle était imprimée sur deux petites colonnes. Examinonsen rapidement les sept pages: tout d’abord l’emblême, un ourson (3) qui pose sa patte gauche sur le tronc d’un arbre et suce sa patte droite puis, sous le dessin, la légende que Gasparo Gozzi attribue à Horace: « Ipse alimento sibi », qui expliquera la nature même du journal. Personne n’a jamais remarqué combien cette épigraphe était fantaisiste. Pourtant, « ali-
mento » ne pouvait entrer dans un hexamètre. Il fal-
(2) Dans la première édition des œuvres de Gozzi, Angelo Dalmistro ayant jugé préférable de donner seulement quelques extraits de la Gazzetta Veneta ne reproduit que «le novelette e i discorsi piacevoli >». Mieux inspiré par la suite, il les complète dans l’édition de Padoue et respecte alors l’ordre de composition du journal. Cependant, voulant laisser de côté ce qu’il était utile de savoir en lan 1760 et qui pouvait exciter la curiosité des Vénitiens d’alors et non plus celle de ses contemporains, il omet quatre numéros entiers. Parmi les pages qui semblent ne pas avoir été remarquées d’Angelo Dalmistro, il en est encore d’autres: ce sont Îles deux lettres de Chiari et de Goldoni, d’un réel intérêt pour quiconque s’occupe de l’histoire du théâtre vénitien. (Cf. éd. Zardo, p. 314-15 et 367-68.) L'édition publiée par les ‘soins d’Antonio Zardo chez Sansoni, à Florence, en 1915, est de beaucoup la meilleure, parce que plus conforme à la version originale; les articles qui avaient été précédemment quelque peu tronqués y sont reproduits dans leur quasi intégrité. Îl ne faut pas oublier que dans un périodique de ce genre, le plus petit avis a son importance et nous aide à mieux comprendre les mœurs et les coutumes d’une époque.
(3) Et non un singe, comme l’écrit A. Malamani, p. 35.
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lait chercher un «alimenta » et c’est vraisemblablement un vers tiré d’une élégie de Properce: « Ipse alimenta sibi maxima praebet amor », qui a suggéré à Gozzi l’idée de ce « motto » (4).
Comme « article de fond », en première et deuxième pages (5), Pietro Marcuzzi publie la prétendue lettre d’un admirateur inconnu qui, établissant la « généalogie » du journal, évoque le souvenir de Théophraste Renaudot, renvoie le lecteur avide d'informations à Voltaire (6), et cite Montaigne. En effet, l’auteur des « Essais » raconte comment, vers 1560, avait germé dans l’esprit de son père, l’idée d’un périodique de caractère commercial. « ce moyen de nous entr’advertir apporteroit non legere commodité au commerce public (7). »
Page 3, une sorte de « Note de la Rédaction » (comme l’on dirait aujourd’hui) déclarait que la lettre-préface était approuvée par le Philosophe et par
(4) Elégie, III, 21, 4. (Nous sommes redevables à M. Durry, professeur de latin à l’Université de Caen, de cette petite découverte et nous l’en remercions bien vivement.)
(5) Voir le supplément illustré au numéro du 30 mai 1928 de Îla Gazzetta di Venezia, qui donne des reproductions photographiques de ce premier numéro,
(6) « Une espèce de gazette très utile dans une grande ville et dont Londres a donné l’exemple, est celle dans laquelle on annonce aux citoyens tout ce qui doit se faire dans la semaine pour leur intérêt ou pour leur amusement: les spectacles, les ouvrages nouveaux en tout genre; tout ce que des particuliers veulent vendre ou acheter; les prix des effets commerçables, celui des denrées; en un mot tout ce qui peut contribuer aux commodités de la vie. »
(Article de M. de Voltaire: Encyclopédie ou « Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers, par une Société de Gens de Lettres », Paris, 1757.)
(7) Montaigne: « Essais », Livre I, ch. XXXIV, « D’un défaut de nos polices ».
Ep le Poète, lesquels avaient apposé en guise de signature, un F (filosofo) et un P (poeta), suivis d’un $ (stampatore). Inutile d'ajouter que F., tout comme P, les deux héros du « proposito », n'étaient qu’un unique personnage, à la fois directeur, rédacteur, « reporter ».
Au milieu de cette même troisième page, le journal commercial débute enfin par des annonces de « choses à vendre », de « maisons à louer », que vient interrompre pendant quelques lignes l « Exercice militaire de la Tabatière », imité de |’ « Exercice militaire de l’Eventail », d’Addison (8). Page 4, on cherche quelqu'un qui soit capable de recopier un manuscrit italien; plus loin, quelques personnes vantent leurs propres talents. Page 5, nous lisons la rubrique intitulée: « Libri sotto il Torchio » (livres sous presse). Ce sont ensuite les nouvelles maritimes bateaux prêts à jeter ou à lever l’ancre. La page 6 est entièrement occupée par les cours de Bourse : « i cambi del giorno ». Enfin, la septième page de la Gazzetta Veneta donne un tableau fort précis des marchandises de différentes provenances, cafés, cires, épices, cacaos, cotons, sucres, laines, huiles, et de leurs prix à « Rialto, addi 5 Febbrajo 1760 ».
(8) Ed. cit., p. 8.