‹ Gasparo Gozzi, JournalisteChapitre 26 sur 69 · ANT 7 D · texte numérisé non relu

ANT 7 D

Parme et aux déplacements de princes étrangers sont les seuls renseignements que contiennent la Gazzetta sur ce qui nous nommerions la « vie internationale ». C’est que l’on touchait à un domaine que Gozzi s’interdisait et par goût et par nécessité: la politique.

Pour la « politique intérieure », il ne fallait pas y songer. S’en occuper était absolument interdit dans la Venise mystérieuse des subtils poisons et des plombs redoutables où le lion tenait perpétuellement sa gueule ouverte aux dénonciations anonymes (42).

C’est tout au plus si trois modestes petites lignes, dans le numéro du 23 février 1760, font une allusion plaisante aux « Savi del Consiglio », les hauts magistrats de la Sérénissime. Un fou avait blessé six personnes: « [Il est des fous à qui on aimerait parfois mieux avoir affaire qu’aux Sages. le Ciel nous garde de ceux-ci (43). >» Grande audace dont le rédacteur, les abonnés et les lecteurs durent à la fois trembler et se réjouir pendant de longues semaines.

(42) Diderot, dans une lettre à Mlle Volland, narre l’aventure arrivée à Montesquieu. Un jour que celui-ci se promenait à Venise en compagnie de Chesterfield, l’Anglais voulant lui jouer un tour lui dit qu’il était soupçonné par le Conseil des Dix. Montesquieu, affolé, brûla aussitôt ses notes sur les Inquisiteurs d’Etat et abandonna la lagune pour la Hollande. (Diderot, Œuvres comp., vol. XIX, p. 124.) Ceci n’est qu’une légende. Voici ce qu’en dit le baron A.ide Montesquieu dans sa préface aux « Voyages de Montesquieu » (p. 24). «Les notes de Montesquieu subsistent; de plus, le Président ne cite point Lord Chesterfield parmi les personnes qu’il a fréquentées à Venise. Il ne le connut que l’année suivante, ainsi qu’il nous l’apprend lui-même dans son voyage en Hollande. »

(43) Gazzetta Veneta, p. 35.

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