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VI. — LA FIN DE LA « GAZZETTA VENETA

Une telle diversité de chroniques et un tel talent dépensé à les remplir font pour nous de la Gazzetta Veneta le plus intéressant et le plus vivant des journaux de Gozzi et l’on peut dire aussi de ceux de son temps. L’on voudrait que les contemporains aient eu conscience de ses grands mérites : abondance d’informations utiles et divertissantes, leçons de saine morale sans pédanderie ni grandiloquence, et cela, dans une forme simple. On ne peut reprocher à Gasparo Gozzi quelques négligences de style qui apparaissent çà et là. Il voulait être compris de tous ses compatriotes sans exception : c’est donc à.dessein qu’il emploie certains mots dialectaux quand il n’est pas sûr que la forme toscane correspandante sera comprise des lecteurs. Les anacoluthes que l’on trouve fréquemment dans la syntaxe populaire, tombent naturellement de sa plume et contribuent certainement à donner de la vivacité au style.

En fait, la Gazzetta eut peu de succès ou du moins un succès éphémère. Ce n’était certes point pour son plaisir que Gozzi y avait accordé une large place aux « Petites Annonces » et aux informations commerciales. Ce n’était point non plus pour un profit direct, car les annonces n'étaient pas payantes (84). Il espérait que le public en apprécierait l'intérêt. Or, les vénitiens ne reconnurent pas la commodité de ces annonces. On a vu comment le rédacteur devait prouver leur efficacité en matière matrimoniale. Dès le sixième numéro il devait aussi spécifier que de nombreuses demeures avaient été louées par l’entremise de la Gazzetta (85). Il ne semble pas que la nécessité d’une feuille commerciale apparût davantage aux marchands vénitiens. Une telle gazette (surtout lorsque son rédacteur n’est pas un spécialiste) ne peut rien s’il ne se trouve des lecteurs de bonne volonté. Or, les intéressés n’étaient sans doute guère portés à rendre publiques leurs informations particulières. Le libraire, Giambattista Pasquali n’estil pas obligé, à propos du « Dictionnaire Universel du Commerce » des frères Savary, de supplier par la voie de la gazette tous ceux qui ont à cœur l'utilité générale ou leur intérêt particulier, de bien vouloir lui envoyer les observations ayant trait au commerce

(84) « Gli apportatori non sono in ciô aggravati da veruna spesa.» (Gazzetta Veneta, p. 13.)

(85) « Desidero che tali fatti dieno animo al pubblico ad arrecare notizie a’ luoghi assegnati, In ciô consiste la vera sostanza della Gazzetta Veneta ». (Ibid., p. 35.)

vénitien. Il insiste sur l’importance d’une telle publication et sur les énormes avantages qu’auraient les villes d'Italie à envoyer en temps voulu, les nouvelles concernant les manufactures ou toute autre industrie nationale et il ajoute : « Pour celui dont la poitrine abrite un cœur véritablement italien, n'est-il pas pitoyable de voir l’article « Commerce d'Italie » réduit seulement à trois feuilles et demie, lorsque celui de la France en occupe jusqu’à trente-cinq ?.… Ceci a même attiré l’attention des Anglais, lesquels voyant que leur article du Commerce remplissait chez Savary sept feuilles et demie seulement, ont avec habileté, adapté dans leur propre langue tout ce même Dictionnaire au commerce particulier de leur nation. Que devons-nous faire, nous qui vantons nos grands hommes et qui les proposons comme modèles et comme maîtres aux autres peuples ? (86). »

La Gazzetta Veneta devait vivre une année seulement. Le 31 janvier 1761, l’éditeur Pietro Marcuzzi informe les lecteurs que le rédacteur ne peut continuer son travail et qu’une autre plume remplacera la sienne (87). Gasparo Gozzi se montre attristé de ne pouvoir continuer, mais, dit-il, «mon encrier n’est pas le seul et il y a d’autres cerveaux qui pensent » (88). Il est attiré par des sujets plus graves. Dès le vingtième numéro de la gazette, il devait annoncer

(86) Gazzetta Veneta, p. 295.

(87) Ibid., p. 478.

(88) Ibid., p. 474.

une autre publication qui aurait dû porter le nom de I Pellegrini et qui ne fut autre que le long et fastidieux roman allégorique : Z! Mondo Morale (89).

Abandonné de son brillant rédacteur, la Gazzetta Veneta, avec un titre légèrement modifié, continua de paraître sous l’impulsion moins heureuse, certes, de l’abbé Pietro Chiari (90).

(89) Gozzi avait intitulé « Congrega degli Osservatori ignoranti » un de ses écrits inachevés, paru au T, VI des Opere, Venise, 1758,

(90) Cf. Annexe II,

ES

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