‹ Gasparo Gozzi, JournalisteChapitre 32 sur 69 · DA OO AE · texte numérisé non relu

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mes, ou signées de simples initiales, dont l’objet était de discuter une question ou de demander un renseignement quelconque. Le correspondant recevait par la suite une réponse.

Une des questions qui passionnait le plus le public (tout au moins celui qui prenait la plume) était la forme littéraire à donner à la gazette, comme en témoigne ce billet, extrait du numéro 4, daté du 16 février (78) :

« Monsieur le Gazetier. Je vois que vous êtes un homme raisonnable. À peine étiez-vous averti que les cas les plus curieux et les événements les plus notables ne dépareraient pas votre gazette, qu’aussitôt vous commençâtes à les y mettre. Je vous indiquerai un autre défaut et je vous recommande de vous en corriger. La méthode, Ô mon ami, a été observée pour un temps; mais, hélas, aujourd’hui la plus grande partie des auteurs néglige de placer un axiome quelconque en tête de chaque historiette qui doit servir à sa démonstration. Courage donc, faites à ma manière et soyez persuadé qu’alors, moi aussi, avec la plus grande hâte, j'irai régulièrement acheter votre journal et je le recommanderai à mes amis : un auteur peut-il être supplié de manière plus persuasive?

« Je suis « Methodophylax ».

De Jérai pas promis de « système », mais une gazette, répond Gozzi. Vous voulez des doctrines

ra]

(78) Ibid., p. 22-23.

philosophiques et des « systèmes » et vous me promettez, moyennant cela, d’acheter mes feuillets, je vous remercie : mais pour avoir un acheteur de plus, j'en perdrais par ailleurs une centaine. »

Si nous songeons que cette lettre n’est qu’un échantillon de ces rudes attaques, sans cesse renouvelées, que Gasparo devait subir de la part de ses détracteurs, de ses conseillers plus perfides que bienveillants, nous pourrons penser avec raison que bien peu de journalistes eüssent été capables de tenir son rôle aussi vaillamment que lui. Il avait compris que son œuvre devait être accessible à tous et c’est bien pourquoi il écarta tojours les tirades philosophiques et ce qui pourrait selon sa propre expression, « sentir le rance » (79).

Quand venait à manquer la matière qui constituait le fond du journal, Gozzi, parfois cruellement embarrassé, devait faire appel à sa prestigieuse adresse. Quelques lecteurs grincheux (ne s’en trouve-t-il pas toujours) se plaignaient. Pietro Marcuzzi répondait par une comparaison fort ingénieuse avec le meunier à qui on n'apporte plus de grain à moudre et qui se voit dans l'impossibilité de fournir ses clients de farine; il ajoute que pour faire tourner son moulin, il est en train de moudre le cerveau d’un ami (80). Inutile de dire que cet ami était Gozzi. Ailleurs, il

(79) « Aver odor di rancidume, »

(80) Gazzeta Veneta, p. 198-99.

se croit un jardinier qui va chaque matin dans son verger tâter les fruits mûrs pour les donner au public, parfois, il les voit abattus par le vent ou par la grêle. Tantôt il désire la pluie, tantôt le soleil afin qu’ils parviennent à maturité. S’il trouve beaucoup de fruits à cueillir, il s’en réjouit; s’il n’en trouve pas, il enrage (81).

La collaboration du public se bornait à quelques lettres, le plus souvent anonymes ou signées de simples initiales, dont l’objet était de discuter une question ou de demander un renseignement. On interroge le journaliste à propos de tout : sur les livres à conseiller à la jeunesse, l’éducation à donner aux filles. « Croyez-vous qu’il soit utile d'employer pour elles, les mêmes méthodes que pour les garçons ? Quels sont les livres que vous jugez être les plus appropriés, tant pour la poésie que pour les sciences ? » (82). Peu suivi et peu soutenu par le public, Gozzi ne l'était pas plus par son éditeur qui ne lui laissait que le tiers des bénéfices (83). Le profit que le rédacteur en tirait n’était nullement en rapport avec le temps qu’il passait à la composer. Mais Gasparo Gozzi n’était pas assez intéressé pour que cette raison eût pu le détacher du journal qu’il avait fondé s’il avait eu la pos-

(81) Ed. cit., p. 189.

(82) Ibid., p. 358.

(83) «Il conte Gozzi non vuole più distendere la Gazzetta c’ha tutta la ragione della sua come quegli che ne dovea portar tutto il peso e non beccar che il terzo dell’ utile. » (Lettera del Patriarchi all’ abate Gennari, 31 Gennaio 1761.)

sibilité d'y exposer largement ses idées. Or le programme de la Gazzetta Veneta l’'empêchait de développer ce qui lui tenait le plus à cœur. I] finit bientôt par renoncer à son entreprise.

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