‹ Gasparo Gozzi, JournalisteChapitre 41 sur 69 · TR M LT MID DOS · texte numérisé non relu

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compositions dont il vient d’être question, terriblement ennuyeux.

Viglio va jusqu’à déclarer plaisamment qu’il faudrait se faire bénédictin ou trappiste avant d’entreprendre une lecture qui exige de tels trésors de patience (56).

La succession des fantoches du Mondo Morale ferait rire, si elle n’éveillait pas plutôt en nous une sorte de compassion. Il est curieux de constater qu’un esprit cultivé comme l'était celui de Gozzi, ait pu, au temps de Baretti et de Bettinelli, tomber ainsi dans l’absurde et revenir d’un coup à l’un des procédés les plus fâcheux de la littérature médiévale,

Le Mondo Morale, né peu de temps après la Gazzetta Veneta (57), devait périr avant elle. Si le roman allégorique ennuyait le lecteur, il avait fini aussi par ennuyer son auteur lui-même, et par disparaître de la publication : la première partie de celle-ci en contient, en effet, onze chapitres; la seconde, deux; la troisième, un seul. Et Gozzi avoue, sans plus d’ambages, cette fatigue et ce dégoût : « Quand je m’assieds pour reprendre le fil du roman interrompu, fait-il dire à la Pellegrina, j’entre dans un nouveau monde et peu s’en faut que je ne devienne réelle-

(56) À. Viglio, Gasparo Gozzi, p. 52.

(57) On se demande pour quelle raison Guastalla (p. 27) et Spagni (préface à l’édit. de 1914) déclarent tous deux que le Mondo Morale est le premier en date des périodiques de Gozzi, puisque le premier numéro de la Gazzetta Veneta parut le 6 février 1760 et le premier du Mondo Morale le 5 mai 1760.

ment folle. La matière est délicate; de tous côtés, je dois aller bride en mains pour ne pas sortir de l’allégorie. J’ai à ourdir et à tisser un voile qui laisse voir quelque chose, et le style lui-même a un je ne sais quoi de travaillé, car je ne puis assembler les mots sans y penser (58). »

Le Mondo Morale représente une double erreur, didactique, et esthétique. L'auteur a totalement échoué dans son entreprise; il voulait moraliser ses contemporains, il ne fit que les ennuyer par cette composition lourde, indigeste, dépourvue d’unité, de grâce, en un mot, d’art.

(68) Mondo Morale, Parte terza, proemio. (Opere, T. V, p. 5)

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