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DE L'« OSSERVATORE VENETO

L'expérience de la Gazzetta Veneta et du Mondo Morale n’avait pas suffi à Gasparo Gozzi, ou plutôt, il avait renoncé à ses publications pour en entamer

une troisième qui répondait mieux à ses intentions. Un journal hybride, comme la Gazzetta, visant à satisfaire deux genres de lecteurs très différents : les amateurs de renseignements commerciaux et les curieux d’observations morales était destiné à une existence éphémère. L’ennui du roman allégorique qui formait le fond du Mondo Morale avait été cause de sa rapide disparition.

Notre journaliste va reprendre cette idée de publication d'éducation morale, mais se présentant nettement comme un périodique et non plus comme un ouvrage publié par fascicules. Le 31 janvier 1761 il donnait au public son dernier numéro de la Gazzetta Veneta; le 4 février, il publiait chez Paolo Colombani (l’éditeur du WMondo Morale), le premier des 154 numéros de l’Osservatore Veneto qui devait paraître jusqu’au 18 août 1762 (1).

Gasparo rédigea entièrement seul son périodique pendant une année; après quoi, s'étant entendu avec son collègue de l’Académie des « Granelleschi », G. A. de Luca, auteur de vers et de nombreuses traductions latines (connu sous le pseudonyme de « Il Man-

(1) D’abord deux fois par semaine, les mercredis et les samedis puis, une seule fois, à partir du 12 mai 1762. Colombani fit une réédition de l’Osservatore en 1767, en huit tomes qui ne respectaient pas l’ordre de composition du journal. Spagni le réédita sur l’original en 1897, avec le titre suivant : L’Osservatore Veneto, periodico di Gasparo Gozzi, pubblicato integraimente secondo l’edizione originale del 1761 e postillato ad uso delle scuole, Firenze, 1897 (édition épuisée, remplacée par celle de 1914, également épuisée aujourd’hui. C’est à cette dernière que nous renverrons nos lecteurs.)

eino » (le Gaucher), il déclara qu’une compagnie de trois inconnus offraient le service de leurs plumes et qu’il acceptait (2). Si nous mettons à part « Il Mancino », nous avons bien des raisons de croire que les fameux collaborateurs : « l’Atticiato » (le Trapu), « l’Increspato » (le Renfrogné) et « il Rabbuiato » (lObscur) n’ont jamais existé que dans l’imagination de Gozzi. Dans le troisième numéro des « Osservatori >» se trouve une « Esortazione dell Increspato a’ compagni » qui rappelle au « Cognito » (Connu), au « Mancino », et au « Solitario » (3) (Solitaire), leur promesse, qu'ils n’ont pas encore tenue, d'écrire quelqu’article pour le journal.

« Si vous allez jamais à la librairie Colombani, faites-vous donner le cahier sur lequel signent les souscripteurs et vous verrez combien de lecteurs sur la foi de vos noms ont accouru pour lire « Gli Osservatori » (4). Giovannantonio De Luca, seul, publia dans le numéro suivant une nouvelle, et plus loin, il entreprit la défense d’un sonnet à la louange de Venise, composé quelques années auparavant par un

(2) Gozzi se contenta alors de changer le titre d’« Osservatore Veneto » en celui de : « Gli Osservatori Veneti» à partir du 3 février 1762. « essendo di dovere che colà dove più personne mettono de loro fatiche facciasi sapere al mondo che sono diversi, ed abbia quella lode ch’ egli avrà meritata ». (« Osservatore », édit. Spagni, Florence, 1914, p. 437.)

(3) Ces trois collaborateurs étaient : il «Mancino », De Luca, il «Cognito», Daniele Farsetti, et il «Solitario», Carlo Gozzi. Sur les origines de l’ « Osservatore », Cf. A. Zardo, op. cit. p. 155 et suiv.

(4) « Osservatore » (éd. cit. p. 449.)

académicien « granellesco » (5). Il est probable que « il Mancino » eût écrit bien d’autres choses encore dans l’Osservatore, si la mort ne l'avait surpris à l'aube de sa vingt-cinquième année, le 16 juin 1762. Gozzi, fait son éloge comme poète et comme orateur dans le numéro entier qu’il lui consacre (6), « car, dit-il, s’il avait été dans la volonté de Dieu de lui accorder une plus longue existence, l’on aurait pu voir l’un des meilleurs et des plus parfaits orateurs, en même temps que l’un des plus élégants et mesurés de ce siècle ». Si, « Gli Osservatorti », de bi-hebdomadaires étaient devenus hebdomadaires, on peut facilement en trouver la raison dans ce manque de collaborateurs, source de perpétuels efforts intellectuels et de très grandes fatigues pour une santé aussi

(5) Voici ce sonnet :

« Sessanta lustri, oltre i dugento interi Scorsero, e più, dacchè nascesti eletta Per albergo di Pace, e in te ristretta Giustizia nutri, e in lei ti specchi e speri :

Bella sempre, e d’onor piena, e di veri

Pregi adorna, e di gente inclita eletta Madre e d’eroi, città magna; diletta

Al ciel più ch? altra che imperasse e imperi :

Venezia, dolce mio nido, la terra Tutta ti riverisca, e pace acquisti Te facendo sua gioia e sua regina.

Iddio sia teco sempre, ed aspra guerra Porti ed irreparabile ruina A chi scemi tua Jlaude, e ti contristi. » À (Ed. cit. p. 471.)

(6) Cf. éd. cit. (1bid., p. 565-567.)

délabrée que l'était celle de Gozzi. Cette lassitude, il la confesse dans son dernier numéro, et il demande aux lecteurs la permission de se retirer à la campagne pour y puiser de nouvelles forces. Il montre, par le moyen d’une allégorie, pourquoi il a interrompu la publication du Mondo Morale, commencé celle des Osservatori, et pourquoi enfin, il est sur le point de cesser aussi celle-là. Il rêve, qu'après avoir traversé un vaste Océan, il arrive dans une terre inconnue et merveilleuse où, tout à coup changé en oiseau, il se met à chanter à gorge déployée. Aussitôt, toute la gent ailée vole à lui et il promet de continuer à chanter pendant plusieurs années. Mais, voyant que ses chansons ne plaisaient pas (7), il résolut bientôt d’en changer. Enfin, après un an de cette nouvelle manière, il sentit que ses forces l’abandonnaient (8) et il pria ses auditeurs de lui permettre un repos bien gagné dans les bois solitaires. Les oiseaux se disposaient à lui accorder cette autorisation quand il redevint homme; ne sachant alors s’il rêvait ou non, il lui sembla qu’il devait « recevoir d’eux cette réponse » (9). Mais, s’il était las, le public l'était sans doute

(7) «troppo alte e che avessero un poco troppo del forestier ». (il fait ici allusion au Mondo Morale.)

(8) «fosse l’aria del luogo, o il continuo pensar a variare le note, o altro ».

(9) Ed. cit. n° XLI a di 18 agosto 1762 (pp. 602-3). Dans les rééditions de « l’Osservatore », cette allégorie ne figure pas au même endroit de l’œuvre. Pourquoi avoir fait une division arbitraire en cinq parties? En ce cas, il eût fallu réunir dans chacune d’entre elles les compositions d’un même genre : dialogues, contes ou fables. Or, si des nombreux dialogues à la manière de Lucien

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