‹ Gasparo Gozzi, JournalisteChapitre 6 sur 69 · HAN #7 HR · texte numérisé non relu

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qui est sans doute la meilleure biographie que l’on possède de l’auteur de la Gazzetta Veneta et de l’Osservatore.

L’on cesse alors, semble-t-il, de lire Gozzi, à en croire du moins l’arrêt des rééditions de ses œuvres. Les écrivains le jugent avec une sévérité parfois excessive. Cependant, Ugo Foscolo recommande la lecture de l’Osservatore aux Anglais qui se plaignent de ne pouvoir lire les prosateurs italiens sans ennui, et Luigi Settembrini fait l’éloge de Gasparo Gozzi, mais comme s’il voulait le réhabiliter aux yeux de ses contemporains : « ce galant homme, dit-il, toujours serein, même au milieu des tribulations, toujours sage, souriant et modeste, n’est pas assez estimé pour son mérite. On dit qu’il est superficiel; c’est là un jugement de ceux qui admirent les charlatans et qui tiennent pour des gens de peu les hommes aux manières et au langage simples. Ulysse était le plus sage des Grecs et il semblait un homme pareil aux autres. Gasparo est encore plus poète dans la prose que dans les vers. Ces fables, ces songes, ces contes, ces caprices, ces dialogues, vifs et dramatiques, exi-

gent de la part de leur auteur un don poétique très rare » (14).

Alessandro Manzoni est moins enthousiaste: il dé- (14) Lezioni di Letteratura italiana, vol. III, Napoli, 1872 (cité

par À. Malmignati, p. 28-29. Pour l’opinion de Foscolo, cf. Malmignati, p. 22).

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clare que si la forme, chez Gozzi, est satisfaisante, le fond laisse à désirer.

C’est seulement aux environs de l’année 1880 que l’attention des historiens de la littérature et des critiques semble de nouveau attirée par la personnalité du journaliste vénitien. En 1883 paraissait, dans la Nuova Antologia, un excellent article d’un écrivain bien connu, G. Zanella, intitulé: Giuseppe Addison e Gasparo Gozzi. L'auteur, après les avoir comparés, conclut que si le premier est supérieur au second comme journaliste, il lui est nettement inférieur comme poète. Trois ans plus tard, la ville de Padoue, voulant honorer la mémoire de Gasparo Gozzi à l’occasion du centenaire de sa mort, fit éditer par les frères Salmin le < numéro unique» d’un journal où plusieurs hommes de lettres italiens signent quelques articles brefs, mais élogieux. Il devait contenir une lettre de G. Carducci, mais elle fut annoncée dans une feuille de Bologne et le grand poëte, irrité de l’indiscrétion commise, refusa de la laisser paraître. Il faut dire que l’admiration de Carducci pour Gozzi est assez mitigée. Il apprécie infiniment l’auteur des Sermoni, mais beaucoup moins celui de la Gazzetta Veneta et de l’Osservatore, en qui il salue toutefois: le chef d’une école «utile et respectable » (15). En

(5) «Fin che contrastando la rilassatezza dello scrivere ingenerata Idagli sfibramenti idel pensare e del vivere, opponendosi allo straripare dei frugoniani e dei cesarottiani contenendo l’invasione del francesismo, mantenne e restitui, salvo in parte, all” Italia, il tesoro della favella. » (G. Carduéci, Di alcune condizioni della 'presente letteratura. Opere, tome III.)

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1890, paraît chez un libraire de Padoue lPouvrage posthume d’Antonio Malmignati: Gasparo Gozzi ed i suoi tempi. L’auteur y étudie surtout la société vénitienne au dix-huitième siècle et les tendances littéraires de l’époque. Il ne voit en Gozzi que le poète des Sermoni et le précurseur de Parini. L’introduction, importante, trace l’histoire de la renommée de Gasparo Gozzi. Un an plus tard, le Nuovo Archivio Veneto publie dans son premier tome quelques pages de biographie joliment colorées, écrites par V. Malamani sur Gasparo Gozzi. En 1892, Nicold Tommaseo consacre à notre écrivain un remarquable chapitre: Gasparo Gozzi, Venezia e l'Italia dei suoi tempi, dans sa Storia civile nella letteraria.

En 1896, Gemma Zambler écrit, dans l’Ateneo Veneto, un article de quatre-vingts pages : Gasparo Gozzi ed i suoi giornali, dont la moitié est consacrée à l’étude de la société à Venise et à la vie de Gozzi. Dans les quarante dernières pages, elle analyse d’abord le Mondo Morale; elle passe rapidement sur l’ennuyeuse allégorie et s’arrête longuement, trop longuement même, sur la traduction de la tragédie de Klopstock, vantant les beautés de l’original, mais oubliant que la critique de l’œuvre du poète allemand est étrangère à son sujet. Parlant ensuite de la Gazzetta Veneta, elle loue ses qualités d’utilité commerciale et termine par l’Osservatore, qu’elle considère comme le meilleur des périodiques de -Gozzi.

Au début du vingtième siècle, Roberto Gavagnin

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sait un charmant tableau de Venezia nei versi di Gozzi. L’Ateneo Veneto, dans trois de ses fascicules de 1900, publie une étude intéressante, bien qu’un peu superficielle, de Pia Treves, intitulée: l « Osservatore» di Gasparo Gozzi nei suoi rapporti collo « Spectator » di Giuseppe Addison, et, deux ans après, la Nuova Antologia offre à ses lecteurs un article sur le même sujet, signé de Carlo Segré, qui analyse le «climat» des deux périodiques, plutôt que leur contenu. ,

Le 4 décembre 1913, était célébré le centenaire de la naissance de Gasparo Gozzi:La Gazzetta di Venezia en profita pour offrir à ses lecteurs un «numéro extraordinaire » à la gloire de son premier gazetier. On pouvait y lire de nombreux petits articles signés A. Fradeletto, Renato Simoni, Gino Damerini, Aldo Ravà, Pompeo Molmenti, Pietro Pancrazi, Elio Zorzi, E. Spagni, E. Maddalena, ainsi qu’un sonnet inédit de l’abbé A. Dal Mistro à Gasparo Gozzi, «pour la mort de sa femme ».

Federigo Pellegrini faisait à Venise, ce même 4 décembre, une conférence publiée ensuite par l’Ateneo Veneto, qui contenait sur Gozzi quelques jugements très personnels et des indications bibliographiques d’une grande utilité.

Enfin, la réédition en 1914 de l’Osservatore Veneto et celle, en 1915, de la Gazzetta Veneta allaient décider quelques critiques à s’occuper encore du journahste vénitien. C’est d’abord A. Viglio, auteur, en 1916,

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d’une excellente petite plaquette de diffusion sur Gasparo Gozzi et sur l’ensemble de son œuvre. Il déclare que si l’écrivain vénitien est méconnu, cela tient surtout à la surabondance de sa production littéraire et à la médiocrité de certaines de ses pages. Puis, c’est Rosolino Guastalla qui, en 1920, analyse intelligemment, dans la collection à l’usage des écoles intitulée «1 nostri Grandi», La Vita e le Opere di Gasparo Gozzi.

L’année 1923 voit paraître, à Bologne, le livre d’Antonio Zardo, G. Gozzi nella letteratura del suo tempo a Venezia, qui, s’il n’épuise pas le sujet (l’auteur le dit lui-même dans sa préface), apporte du moins des précisions intéressantes et rectifie certaines erreurs, notamment sur l’origine de l’Académie des « Granelleschi >; Gozzi fut sans doute le plus illustre de ses membres, mais il ne joua aucun rôle dans sa fondation, bien qu’il ait voulu le faire croire et qu’il y soit arrivé. Antonio Zardo examine avec minutie les Versi d’amore et les Sermoni, ainsi que les rapports de leur auteur avec Cesarotti. Son ouvrage est utile, souvent très vivant, mais il ne constitue pas un tout organique; il n’est en réalité qu’un recueil d’articles bien faits dont certains avaient paru précédemment dans la Nuova Antologia, ou dans d’autres revues littéraires. M. P. Ronzy traite avec brio le Chapitre des Femmes et du Cœur dans l «Osservatore », que publient les Etudes Italiennes de 1928-29. Enfin le dernier volume qu’aura inspiré Gozzi, du moins à notre

connaissance, est celui, fort consciencieux, d’Ottavia Bassi, paru en 1932, Gasparo Gozzi. Elle étudie successivement l’homme, le directeur de théâtre, le poète « settecentesco », l’académicien, le critique, le pédagogue, le traducteur, le poète des Sermoni. Elle consacre une trentaine de pages au journaliste dont elle analyse, dans leurs grandes lignes, les trois périodiques. Elle fait l’éloge du style de Gasparo, mais n’est pas d’accord avec Malmignati quand il dit que Gozzi a rendu la littérature populaire, car elle lui reproche ce que ses écrits ont de trop « académique ». Il faut convenir avec elle que la réelle virtuosité dont fait preuve le gazetier vénitien n’est pas sans nuire à la sincérité de l’expression.

En dehors de tous ces livres ou plaquettes, il est d’autres ouvrages qui, loin de traiter uniquement de Gasparo Gozzi, lui consacrent cependant quelques pages, parfois lumineuses. Ce sont les études d’ensemble sur le dix-huitième siècle littéraire dont nous sommes redevables à Natali, Concari, Ortolani, Molmenti. Ajoutons à cette liste sommaire les évocations colorées et originales de l’Anglaise Violet Page, connue sous le pseudonyme de « Vernon Lee », et de Philippe Monnier et enfin le très remarquable travail de Francesco Fattorello sur 11 Giornalismo Veneto nel Settecento dont il est le très érudit et fidèle historien.

Comme nous venons de le voir, bien que ce soit surtout le « poète » qui ait été mis en lumière par la

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