‹ Gasparo Gozzi, JournalisteChapitre 9 sur 69 · I. — SITUATION DE FAMILLE ET DE FORTUNE DE GASPARO GoZzZl · texte numérisé non relu

I. — SITUATION DE FAMILLE ET DE FORTUNE DE GASPARO GoZzZl

Gasparo Gozzi fut poussé à se faire journaliste à la fois par les conditions de famille et de fortune où il se trouvait à une certaine époque de sa vie, et par certains traits essentiels de son tempérament comme par ses préoccupations littéraires.

Il appartenait à une vieille famille noble, mais plus qu’à demi ruinée. L’Armorial général de Rietstap, si nous le consultons au sujet de la noble lignée des Gozzi, originaires d’Ilyrie, puis transplantés sur le territoire de Bergame (où un Pezzolo de’ Gozzi avait

défendu la terre d’Alzano contre les Milanais), nous décrit ainsi ses armes: « D’azur, à un chêne de sinople, terrassé de même, sommé d’une colombe d'argent au listel d'argent inscrit des mots: Signum pacis, posé

en fasce derrière l’arbre. »

Un aïeul de Gasparo avait obtenu, dans le F rioul, l'investiture d’un fief auquel était attaché le titre de comte. Son père, Jacopo Antonio Gozzi, doué d’un grand sens de l’honneur, mais totalement dépourvu de sens pratique, s’était trouvé à la tête d’une jolie fortune qu’il devait rapidement dilapider en fêtes fastueuses, en chasses, en chevaux, en réceptions d’un luxe inouï. Il ne lui resta bientôt plus que quelques terres, une maison à Vicinale et un palais à Venise (1).

Il avait épousé Angiola Tiepolo (2), un des noms de la vieille noblesse vénitienne (qui s’éteignit avec son frère Almoro Cesare, mort sénateur en 1749). De cette

union naquirent onze enfants, dont l’aîné, Gasparo,

() Sur Îla biographie de Gasparo Gozzi, voir: Gherardini, Vita di Gasparo Gozzi, Nicolô Tommaseo, Storia Civile nella Letteraria, p. 259 et s.; Malamani, Nuovo Archivio Veneto et les autres ouvrages indiqués dans l’Introduction. Tous remontent à la même source, les Memorie Inutili de Carlo Gozzi.

(2) Tiepolo portait: « Ecartelé aux TI et IV de gueule à la demiaigle d’argent, becquée, membrée et couronnée d’or, mouvant de senestre à une serre d’aigle d’or mouvant de senestre empoignant une fleur de lis du même brochant sur la poitrine de l’aigle; aux IT et III d’azur au château d’argent sommé de trois tours girouettées de même ouvert du champ ajouré de sable et le tout d’azur à une corne tortillée d’argent en forme ide corne d’abondance renversée. »

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vint au monde le 4 décembre 1713 et fut baptisé le 8 septembre 1716, comme en témoignent les registres paroissiaux de «San Tommaseo » (aujourd’hui, « des Frari ») (3).

Type vraiment singulier que celui de cettre patricienne au cœur maternel tout à la fois sec et généreux, qui avait coutume de dire : « Il me reste dix enfants qui sont les dix doigts de ma main, coupezmoi un doigt, je souffrirai; coupez-m’en un autre, je souffrirai pareillement ». Cette boutade était ainsi commentée par Carlo, le plus malicieux et aussi l’envieux de la bande : « Si on lui avait enlevé le doigt que je représente, elle ne s’en serait même pas aperçue ». Et de fait, elle manifesta toujours une très nette préférence pour Gasparo. L’éleva-t-elle mieux pour cela ? Il faut bien dire que non, puisque, peu intelligente et imbue de préjugés aristocratiques, elle ne comprit pas la nécessité de forger à son fils un caractère assez bien trempé pour affronter les difficultés sans cesse renouvelées de l’existence. Un suprême mépris des exigences de la vie, tel était en somme la cause des malheurs de la famille Gozzi. Le caprice régnait en maître absolu dans cette maison, semblable à la plupart des maisons riches de Venise. Ce n’étaient que fêtes, parties de plaisir, soupers fins, comédies où chacun tenait son rôle avec beaucoup

(3) Au sujet de la naissance de Gasparo Gozzi, voir F. Pellegrini qui reproduit l’acte de baptême dans sa conférence publiée par l’Ateneo Veneto, Venise, 1913, p. 31.

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