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CONFUSION DE LA RICHESSE AVEC L’OR

ginait qu’il serait plus heureux en ayant la faculté de transformer en or tous les objets que toucherait sa main'.

Posséder les métaux précieux devint une passion individuelle et nationale.

Les Avars s’établirent en Pannonie au temps de Justinien. Tous les ans ils allaient faire une incursion ; ils enlevaient du butin (principalement des objets d’or et d’argent) et venaient l’entasser dans leur fameux ring. Les ambassadeurs byzantins qui sont allés négocier avec le khagan des Avars, nous ont laissé une description de leur manière de vivre. Elle était des plus frugales. Le souverain même demeurait dans une cabane de bois de l’aspect le plus misérable. Comme on le voit, la possession du ring contribua peu à accroître le bien-être des Avars. Il ne pouvait pas en être autrement d’ailleurs : des objets enfermés dans une forteresse, ne donnent aucune jouissance. Parce que des sacs d’or et d’argent, des monceaux de bijoux, de rubis et de diamants étaient entassés dans un trésor national, le

peuple avar n’avait ni une alimentation plus raffinée ni un plus grand confort.

Au VI siècle, les héritiers de Clovis guerroyaient presque constamment les uns contre les autres. Ils avaient pour objectif principal la conquête du trésor de leur ennemi. Mais il est clair que la possession de quelques vases d’or et d’autres joyaux modifiait peu le train de leur existence. La possession d'une seule marchandise, quelle qu’elle soit, ne peut pas augmenter le confort. Mais les hommes sont sujets à cette illusion. Quand un objet particulier éveille leur convoitise, ils s’imaginent que leur bonheur sera en raison directe de la quantité qu’ils en pos- La confusion de l’or et de la richesse traverse tout le moyen âge et les temps modernes. Pendant des siècles, les alchimistes se sont acharnés après la recherche de la pierre philosophale. Ils se sont imaginé que, si l’on parvenait à faire de l’or, on aurait le paradis sur la terre. Les conquistadores espagnols partageaient la même illusion. Ils se précipitèrent à la recherche du fameux Eldorado. Ils fouillèrent les deux Amériques pour

(1) Cette fable est peut-être la réfutation la plus probante et la plus inirê-

meuse de 1 erreur dont nous parlons. La réfutation est ancienne, mais l’erreur persiste toujours.

découvrir ce merveilleux pays. La quanlilé de métaux précieux <iu ds apportèrent en Europe était loin de satisfaire leur convoitise. Elle était énorme cependant. Elle quadrupla, en un siècle notre stock métallique. Mais le bien-être des populations de notre continent n’en fut guère augmenté. Vers la fin du XM® siècle, on s en étonnait même profondément.

Par malheur cette expérience si décisive n’éclaira personne Quand on eut beaucoup d’or, il fallut en donner de plus grandes (juantités pour obtenir la même somme de produits. Il y eut comme on dit, un renchérissement général. Mais on ne comprit pas la nature de ce phénomène et, durant tout le xvii® siècle la possession des métaux précieux passa pour le plus désirable

de tous les biens. Ce préjugé produisit le système mercantile, puis le système protecteur.

Cependant, dés la fin du xvi® siècle, quelques individus .se mirent a étudier plus particulièrement les phénomènes économiques. Plus tard, les recherches se multiplièrent et une science nouvelle se constitua. Dès qu’on réfléchit un peu, on s’aperçut bien vite que la richesse n’avait rien à faire avec l’or. Cette idée lut nettement formulée, en 1691, par Dudley North dans son Discours i'wr /e cowwerce. Quelques années plus tard, Vauban .lans sa Dime royale, disait aussi que la richesse ne consiste pas dans la possession de grandes quantités d’or et d’argent

« mais réside dans l’abondance et le bon marché des denrées necessaires ' ».

A la fin du siecle dernier et au commencement du nôtre, Adam bmith, Ricardo, J.-B. Say, Rossi, J.-B. Mill et beaucoup d’autres .•conomistesexposèrent,de la façonlaplusnette, lesphénomènes de la production et de la distribution de la richesse. Rien n’y a ait. Encore de nos jours, l’immense majorité des hommesl’identiheiit avec 1 or. On entend souvent répéter : « Le système protecteur a du bon parce que l’argent reste dans le pays. , Personne ne dit ; . Il est bon que le blé ou le fer reste dans le j)ays. » On trouve utile d’exporter ces articles. Mais on trouve dosayantageux d’exporter l’or. Preuve <,ue l'or n’est pas encore considéré comme une marchandise semblable au fer ou au blé.

éconcni.ues. Paris,

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