DÔME
dôme est un mot populaire et non emprunté au nom italien des cathédrales : « Le dosme sur la couverture, dit le grand agronome, portant la principale fenestre pour entrée et issue aux pigeons. » Cette graphie dosme se retrouve dans Cotgrave, qui traduit le mot par : « A flatround lover, or open roofe, to a steeple, banketting-house, pidgeon-house, etc., somewhat resembling the bell of a great watch. » Cotgrave distingue dosme de dôme, qu'il définit assez singulièrement par : « A Towne-house, Guild-hall, State-house, Meeting-house in a Citie (from that of Florence, which is called so). » Evidemment, au seizième siècle, dôme désignant certains édifices italiens, se prononçait avec o ouvert, dosme, désignant une toiture hémisphérique, avec o fermé, et cette dernière prononciation était, suivant l'usage, indiquée par une s, qui a laissé sa trace dans l'accent circonflexe de notre mot dôme.
Nous avons vu que le mot était sans doute méridional, ce qui explique son absence des textes français du moyen âge. Quant aux textes provençaux, ils sont moins abondants et n'ont pas été aussi diligemment dépouillés, en sorte qu'on ne peut s'étonner de ne pas y trouver tous les mots de la langue. Mais le nôtre subsiste encore en provençal sous une forme qui en met l'étyraologie hors de doute : Mistral donne le substantif masculin domo comme le synonyme de capoucho, coupolo, et en outre avec un sens technique dans la langue des carriers ; or Vo de domo représente nécessairement un a plus ancien; par conséquent le provençal a possédé au moyen âge un mot doma > dôma > Sôiaa, qui ne s'est pas conservé dans les textes, et qui, désignant toute espèce de toiture de forme ronde, a passé en.
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français au seizième siècle et y a été surtout employé pour rendre l'italien cuppola. Quant à dôme au sens de « cathédrale », c'est la simple reproduction de l'italien duomo et de l'allemand Dom, qui répondent au latin domum. (i)
Le Dictionnaire de Trévoux fait déjà venir dôme de doma, et c'était aussi, comme on l'a vu, l'opinion de Littré. Mais ni l'un ni l'autre ne séparaient dôme de duomo, bien que ce soient deux mots d'origine et de signification toutes différentes, ni n'avaient reconnu que le mot, avec une assez grande variété d'acceptions techniques, s'était conservé dans le midi de la France et n'avait été transporté au nord qu'assez récemment. (2)
(1) Je ne sais au juste comment expliquer l'espagnol dombo « coupole », que les dictionnaires qualifient d'ailleurs d' « inusité », Il faudrait en rechei'cher l'histoire.
(2) Cet article était imprimé quand Paul Meyer m'a signalé le mot doma en ancien provençal dans un passage où, il est vrai, le sens n'est pas parfaitement clair, dans Flamenca, vers 1103-7 :
Si nom pose guardar una donna,
Mal levaria la coronna.
Qu'es de lonc sant Peire de Roma ,
E mal derocharia Doma
Si non puesc venzer una thosa.
L'éditeur, avec beaucoup de doutes, avait interprété doma par « dame »; mais cela ne convenait ni pour la forme, ni, à cause de derochar, pour le sens : nous avons évidemment ici le doma en question (= dôma) avec un o long (: Roma). M. Chabaneau avait dit à propos de ce passage qu'il faut « traduire doma par dôme » (Revue des langues romanes, deuxième série, 1,32). Paul Meyer m'indique encore le nom de lieu Dôme (le Dictionnaire des Postes écrit à tort Domme) dans la Dordogne, appelé en latin, au treizième siècle, Doma, Castrum de Doma, Mons de Doma, Castrum de Monte Domae, en français Dame, Dosme et Mont de Dôme (voyez le Dictionnaire topographique de la Dordogne). Ce lieu est mentionné sous la forme Doma dans une pièce d'Arnaut Daniel (édition Canello, page 107 et voir la note de M. Chabaneau, page 221). Quant au nom du Pui de Dôme, il y a lieu d'hésiter à cause du nom de la divinité du lieu, le Mercurius Dumias. (Voyez Desjardins, Géographie de la Gaule romaine, I, 106-8)