CORTE
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Il releva la tête et s’écria, saisi ce une inspiration soudaine :
— Le rat!!!
Presque aussitôt la voix de sa conscience lui fit murmurer :
— Oh!
Mais l’hésitation fut de courte durée. L’homme de lettres avait faim, la mort du rat fut décrétée.
Il ne s'agissait que de le prendre,
Cela devrait être facile, en raison de ses allures familières.
. L'homme de lettres procéda d’abord par insinuation ; ce furent des : Petit ! petit ! murmurés à voix douce, avec des appels de la main.
Le rat faisait la sourde oreille.
— Où donc est-il, le joli rat, le gentil rat, le raton à son bon maitre? Qu'il vienne, pour que je lui donne un Horace à grignotter..
Le rat se tint coi.
Il se méfiait, évidemment. |
L'homme de lettres le guetta ainsi pendant deux heures ; il savait où était son gite et il ne Le quittait pas du coin de l’œil.
Au bout de deux heures, le rat, qui s’ennuyail probablement, se hasarda à sortir.
L'homme de lettres bondit immédiatement et posa le pied sur le trou, qu’il boucha avec du papier, comme il avait fait soigneusement de toutes les autres issues.
Toute fuite était impossible.
Alors, dans cette petite chambre commença une chasse dont on se fera difficilement une idée.
Le rat fuyait, éperdu, devant l’homme de lettres.
Celui-ci s'était armé d’un bâton ; il rappelait va-
guement Hamlet, l'épée à la main, prêt à larder la tapisserie derrière laquelle s’est tapi Rolonius. Le rat faisait des bonds surprenants; il se cognait le nez à tous les angles, 11 grimpait à demi au mur, et 1l retombait lourdement, pour se sauver de plus belle.
L'homme de lettres le suivait partout.
Désespéré, le rat se retourna résolüment et fit Jjullir deux éclairs de ses petits yeux, et mordit à la jambe son adversaire.
Un coup de bâton l'atteignit au même instant sur les reins ; le rat lâcha prise; un second lacheva en l’envoyant rouler au bout de la chambre.
Il fit un petit couic, eut une dernière convulsion, et demeura immobile, mort...
L'homme de lettres se sentit froid dans le dos et demeura quelques minutes sans oser ramasser ce petit cadavre.
— Bah! dit-il en haussant les épaules.
Il prépara un feu de charbon, bien modeste, comme tous les feux de ce temps-là, et sur ce feu il plaça un gril.
Ensuite, se rappelant comment il avait vu faire par les tonneliers de Bordeaux, il prit sa victime ; avec un couteau il la... dépouilla, et la fendit en
deux.
Ces deux parties furent déposées sur le gril.
Une assiette, où étaient disposées des herbages, du sel et une forte pincée de poivre, attendait auprès.
Bientôt une odeur délicieuse se répandit dans l'appartement.
— D’honneur, on dirait un rat musqué ? prononça l’homme de lettres.
Ce fut la seule épitaphe du pauvre animal.