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UN MARIAGE PAR GOURMANDISE

Vestris, le diou de la danse, bien qu'il s'exagérât sa valeur, avait une originalité incontestable.

Ses contemporains ne lui ont accordé que des jambes. Il avait aussi un cœur.

Ce cœur était des plus inflammables; il battit surtout, vers la quarantième année, pour une jeune Hollandaise appelée mademoiselle Heinel.

Mademoiselle Heinel était l'élève favorite de Vestris, qui lui avait dévoilé tous les secrets dé son art.

En revanche, il briguait d'elle une récompense, qui lui semblait toute naturelle, et qu'elle se refusait obstinément à lui accorder. D'abord, avec sa suffisance italienne, doublée d'impertinence française, il avait voulu être son amant. Repoussé avec un grand déploiement d'indignation, il se proposa comme mari.

Nouveau refus de mademoiselle Heinel.

Le divin Vestris en demeura plusieurs semaines atterré, — sur une jambe.

Jamais pareille résistance n'était venue le surprendre dans sa carrière triomphale. Aussi son dépit en fut-il réel. 11 n'imita pas ces généraux qui jurent de vaincre ou de mourir : il jura de vaincre, — c'est-à-dire d'épouser mademoiselle Heinel.

Et il tint parole.

L'histoire de ce mariage est des plus extravagantes, et l'on pourrait en faire un proverbe à la Carmontelle, qui serait intitulé : Un Mariage par gourmandise.

Un jour, un laquais, s'annonçant de la part de madame la maréchale de M..., remit à mademoiselle Heinel le billet suivant :

t( Ma chère enfant,

« Vous êtes ravissante, et encore ravissante ! Je ne cesse de le dire à tout le monde, et je veux le dire à vous-même. J'ai prié Vestris de vous amener demain à ma petite maison de Bagnolet, où je donne une fêté. C'est dire que vous en serez le premier ornement.

« A demain donc* chère belle.

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