‹ Gaultier-Garguille, comédien de l'Hotel de BourgogneChapitre 1 sur 32 · LA FARCE DE PERRINE · texte numérisé non relu

LA FARCE DE PERRINE

Avec la musique retrouvée de 6 chansons et »? illustrations concernant te Théâtre de l'Hôtel de Bourgogne

Société tics Hditions

LoiIIS-MlCM MIO

ibS, hculevjrJ Sainl-invtmain, i t>S PARIS

QAULTIBR-GARGUIIJ.R

Comédien de 1 liôtel de Bour}fov:iie «^ <^ *=^

Dieux ])roviiK\'S j)()sst(leiit le don divin du rire et en illuminent la l'rance. Sans elles le xviie siècle eût été tout entier i^laeé ])ar les sernionni urs, les ])édants, les débiteurs digalimatias et autres malveillants de la ])ar()le et de la plume. L'une, c'est la grasse Normandie où le rire éclate hruyannnenl, s'étale, se prolonge, secoue la bedaine, rougit la face, s'accompagne de gestes larges, devient connue une éjaculation voluptueuse, cyni(juc. nuilti])liée. L'autre, c'est la (lascogneoù le rire jaillit, stri<lent cascade, se répercute en brefs échos, allume une allègre et bruscpie clarté aux visages, s'éteint pour renaître et mourir encore. Le cidre imolore suscite le rire normantl. le vin vermeil ou doré stinmle le rire gascon. On «listingue aisément, en ces deux joies. Us divergeui'es et les intluenci's de climat, la fusion df la n.iturr vi dr riioninie, rinspirati«)n du terroir. La lies.se normandr rellécliit liniagi' verti- et tendre des pâturages spacieux où les jxmimiers pruvmt à leur gré étirer leurs branches et lleurir en ro.se. La liesse gasconne reflète la va.stitude enst)leillèi' des landes où le ])in barbare tmnjH* son aiguille dans l'a/ur.

Mais il laut à la gaieté n< rminde. pour «ju'elle se manifeste, des assemblées, dis frairies, de vastes kermesses ou. tout au UK^ins, (Us e.d» irets l.irges, gorgés de biberons. ICIle prenil partout une forme collective. La gaieté ga.sconne. au contraire ne sent point, pour s'extérioriser, la nécessité d'être unanime. Ia' berger (|ui chemine, monté sur ses échasses l.i )>orle «l.ins son civur, i-omme l'osten.soir |>orte l'hostie 'Uairrment,

ÇS GAUI>TIKR-C.ARGriT,I.E

l'exhale pour communiquer une âme sonore au paysage aride qui l'environne.

C'est pourquoi les villes et les plus minces villages méridionaux vivent et bruissent continuement tandis que les villes et les villages septentrionaux ne connaissent que des moments d'existence. Et néanmoins, bien que si dissemblables, Gascons et Normands s'entendent à demi-mot pour la raison qu'ils se complètent et le savent.

AINSI Ciaultier-Garguille qui devait perpétuer la tradition (lu rJR" français eût-il pu. avec une nuance insensible de caractcre, naître en (»ascogne aussi bien ({n'en Normandie. Il sendjle même, à le bien considérer, cjue l'une lui eût (lavanta);(e convenu (jue l'autre. Mais le .sort voulut que la seconde. riiMie tu ])()èles badins. ])rofitàt égaleuicnl de ce ihan.sounier fohilrr.

Celui-ci, dés l'origine, parait désigné pour mener luu- vie ])aisible (k- lioln-n'au. marguillicr de sa ])ar()i.sse, échcvin ])cutêtre. honnête liounur a.ssurément. ])roliti(pie. monotone et d<Mtoral. l'ils di- I^oys Ouéru ou (lUéru, sieur de FkVhelles, vi de Catherine du l'ri.sche, i! vient au monde à Séis, vers l'année 157,?.

" Tu sauras, lui fait dirr nu plaisant .luouynu- i\uv la Noi juandic m'mlauta tutrr la poiii- rt K fromage, qu'en ivsle année les j)ouunes vinrint eu telle abondance qu'il y i-ut double autoume, et (|u'ou appréhendoit pas moins ((u'un iléluge de cidre. On vit, m ])lusieurs iiulroits, rire des ])ierres. des arbres, des citrouilles et «Us ])er.souues (|uy u'.ivoieut ry de ]>lus de (|uaraute ans. Ce (|uy fut interprcsté par Nostradanius. (|ui vivoit ])our lors, (pu ma uai.ssance seroit alors la mort i\v la mélancolie et la ])roductiou d'uu liouuue (jui auroit im .souverain reujede contre U- m.d de rate ^ i ).

On ignore tout de .sa jeime.s.se. S»u extrait baptistaire n'a pus été retrou\e 11 .s".»ppelle lluguis. prénom que l'on ne d«)nue point aux enfants p.irun les gens de peu \'\\ frère, (ittîfges.

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(i) Songf <irrnV|(i|uM hotnmr tC imf^arlancf sur 1rs affaires At ce femf*s, 1614.

M» •lAULTIEK-GAHiiUILLL;

et une sœur, Marie, accompagnent, au début, sa pérégrination terrestre. Dans l'agglomérat de familles qui compose la petite cité, la sienne compte parmi les plus estimables. Noblesse de campagne, l)onnes et solides alliances (i).

Reçoit-il les rudiments d'instruction de quelque abl)é, de fiuehiue précepteur ou de son père même? Autant d'énigmes à déchiffrer. Toujours est-il qu'on ne saurait lui dénier, à défaut de culture, une intelligence précoce et vive (2). Son enfance se déroule, uniforme et mélancolique, en sa cité natale.

Posée, rigide et glacée, sur l'Orne dont ses contrescarpes et ses bastilles semblent boire le flot clair, la ville de Sées endeuille, d'une silhouette maussade, l'innncnsité des verdures. Elle est

(i) Léon de la Sicotière : Hugues Quéru de Fléchelles, dit Gaultier- Garguille, comédien et chansonnier, iSgo. Extrait du Bulletin de la Société de<; Antiquaires de Normandie, t. X\'. Cette brochure donne, sur Gaultier- Garguille, les seuls renseignements d'état civil qui aient une valeur. M. Gaston Sansrefus: Gaultier- Garguille, sa vie et ses œuvres, 1908, ne paraît pas l'avoir connue. Il persiste, en effet, à faire naître notre comédien à Caen, comme ses biographes précédents. En grande partie les détails de son premier chapitre sont fantaisistes. Sur la naissance de Gaultier-Garguille à Sées, V. aussi. Odolant- Desnos: Orne, dans la France, Description... par M. Loriol, 1834, p. XXV, art. Guéru. Cet auteur fixe la date de 1593. Th. hebreton : Biographie normande, 1858, II, 107; E. Frère, Manuel du Bibliographe normand, 1860, II, 45, fournissent des indications erronées. Gougenot : La Comédie des comédiens, 1633. p. 5 et 6, signale c|ue Gaultier-Grarguille se prétendait de race noble.

(2) Le Tracas de la Foire du Pré où se voyent les Amourettes, les Tours de Passe-passe, la Blanque, l'Intrigue des Charlatans, le Courtage des Fesses, le Procès de V Homme de Pailh et son retour après h mort, etc.. Dialogue burlesque, Rouen, Maury, S. D. (vers 1626) qu'on lui attribue, contient quelques renseignements sur la famille de l'Homme de Paille, personnage que l'on prétend être un avatar de Gaultier-Garguille. D'après cet opu.scule, l'Homme de Paille ne serait « ny bastard, ny fils de putain ». vSon père aurait servi « au Pre.sbytère » et chanté « au lutrin ». Il aurait possédé latin et grec dont il atnait incukiué à son fils la connaissiince. vSa mère d'autre part, aurait été une « honnestc chambrière». Mais si l'on peut, avec quelque apparence de raison, grossir rœu\re de (iaultier-Garguillc de cette pièce amu.sante et gaillarde, difficilement on accorderait les documents biographiques qu'elle contient avec ceux que nous apporte l'histoire. Edouard Founiier : Chansons de Gaultier-Garguille, Paris, Jannet, 1858, Préface, ne paraît pas l'avoir connue, non plus que I<a Sicotière. M. Gaston Sansrefus en adopte comme véridiciues les indications.

0OMi:i)IEN Di; L nOTi:L de HOCROOdNK 1 1

coiiinie une étoile éteinte à cinq branches. Cincj paroisses la divisent auxquelles correspondent cinq portes ouvertes sur ciiHj routes. Les gas têtus de Bretagne viennent par l'une. Ic-s malins d'Anjou arrivent par une autre et les cha])()us du Maine, avec leurs clia])onniers. délxnudient de la troisicuu-. Pour les autres, elles deuieureut (juasinient désertes, car elles conduisent vers le rerche morose et les Flandres où bouillonne l'arrogance i-.s])agnole.

vSous la conduite de l'évêquc lyouis du Moulinet, la petite cité ne s'éveille d'un souuueil bercé par le bruit des taïuieries cjue ])our combattre vSur le terrain confessionnel. Ivlle est toute boursouflée d'églises, de nunuistères. de couvents que domine, leuillui- d'acanthes, colorée de vitraux, habitée de statues, la cathédrale aux flèches ajourées. Klle gémit de donner asile aux ])arasites ])rotestants. Ivt c'est toute sa douleur en ce monde, Ivlle voudrait, d'un seul co'ur austère et purifié, s'élancer vers la foi cath()li(iue (i).

Mais il est, en elle, «les mécréants (\nv ne préoccui)eiil ]>oiiil ci'S hautes spéculations religieust-s rt (|ui veulent i-omiaîtr«.', dans son intrnsité. la viv loloréc it bruyante. Hugues (luéru grossit lenr cohorte lanunt;ibU\ < )n Ir voit déjà s'éloiguir de l'austérité familiale, ])olis.s()Uuer aux akntours de Carrouge et de vSainlevScolasse. bibirouner aux cabarets d'Argentan. Il apprend, dès lors, (jue la Normandie a d'autres visages ([ue celui, morne et triste, oUrit j)ar sa ville épiscopale. Ci- ne .sont- j)artout tjue <luels. tueries, gogailles. galimafrèes. Houtïons et farceurs ])ul)lics jouissent d'une admirable ri-nouuuée et telle est la licx'nce des farcis donneis sur les tréteaux en ]>lein vent et dans les jeux de ])aume (jue les évètjues en inlertlisent les repré.sentations. Or dé.sormais Hugues (tuéru se rit de tx\s interdits su|H'rthis. Il a vn Rom n 1 1 ses maisons eu dentelles. Il a bagiu"nau<lé sur

(Il l»r M.umy dOrvillc : Kahrrches histonquts sur la viUf, les AVî/ur^ rf Ir iiioc^se de Sets, Sec/. nr(x. iMao. in-S»: !.. de \t\ Slctitit^rc : Xotio

ciith/tlrnle lie Sret. .\lruv«>ti, Uninrt.'^iS n. in-'^"

la place de la Calendre où des bateleurs vendent en cabriolant leurs pommades. Il suit les foires innombrables de ce pays heureux où tout est prétexte à gaillardise. Parmi les coquets, devant le prieuré de Bonnes-Nouvelles, à la foire du Pré, il s'évertue à déli\Ter de leur pucelage les jouvencelles de Sotteville. Il promène sa suffisance gouailleuse de Caen où s'ouvre, au temps pascal, la foire Royale, à Falaise aux alentours de laquelle se donne la foire de Guibray. Il dépense sa vigoureuse jeunesse en festins où les mangeailles épicées fomentent des soifs inextinguibles. Kt, soit parmi les blés qui font sous ses victimes une couche odorante et rude, soit dans l'alcôve, il se constate invincible au déduit. « Jamais, écrit un compagnon de ses débauches,

... n'e.schet occasion Pour exprimer sa passion Que Gautier-Garguille n'empoigne, Car c'CvSt l'artisan mieux appris Oui fut jamais mis en besoigne Au grand atelier de Cypris.

Aussi, au maneige d'amoiu' Il n'y a saccade ou détour Dont nous ne baillons tablaturv^, Rt, sans chevcstre ou cavesson.

Francisque n'a point de monture Qui nous fasse perdre l'arçon.

Nous n'avons le discours choisi

D'mi Pétrarque amoureux transi

Pour cajoller les Damoiselles,

Car, les premiers complimens faicts.

Laissant les parolles femelles.

Nous venons aux masles effects (i). »

(i) Auvray: Le Banquet des Muses, 1622, p. 247, Les Gantiers- Garguilles,

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