‹ Gaultier-Garguille, comédien de l'Hotel de BourgogneChapitre 2 sur 32 · r.AULrii;u-GARGUir.LE · texte numérisé non relu

r.AULrii;u-GARGUir.LE

' ]\Iaiiits compères l'aident et l'excitent à continuer cette incursion parmi les frairies et les cabarets ténébreux, le sieur Auvray dont la muse prélude .sur un ton égrillard et peut-être Koisrobert qui, par devant le Parlement, escroque les plaideurs naïfs. Mais ce ne sont point, à vrai dire, les douces éclanches de mouton arrosées de vin pétillant ou encore les belles croupes féminines qui séduisent le plus notre adolescent. A déglutir les unes et à savourer les autres, il occupe quelques moments fortunés. En vérité, ses heures de dilection particulière passent surtout à écouter la chanson venue, toute trémulante, du fond des siècles, et la farce descendue de la cathédrale au tréteau, et le boniment sorti des imaginations facétieuses. Il s'en emplit la mémoire; il s'exerce à l'élocution, au geste et à la grimace, sentant vaguement, en lui, naître une vocation. Il a, parmi les bateleurs, des amitiés ferventes. Un arracheur de dents, le sieur Thomassin, expert à « débagouler » le prologue exhilarant dont les badauds, « gueule bée », reçoivent l'aspersion pimentée, reconnaissant en lui un maître, lui dédiera le mince recueil de ses bavardages ( i ) .

Il semble que Rouen, à cette époque, soit le quartier général

reproduit dans Le Dessert des Muses ou les Délices de lu Satyre '^allante, S. J)., p. 42.

(r) Regrets facétieux et plaisantes harangues funèbres du sieur Thomassin, Mr la mort de divers animaux. Œuvre très utile pour passer le temps et resveiller les esprits mélancoliques. Avec plusieurs chansons joviales et comiques. Le tout dédié au sieur Gautier- Garguille, Rouen, David Ferrand, 1632, in-12. Aux pages 209 et suivantes de cet opuscule se trouve un Recueil de plusieurs cliansons joviales et comiques de divers poètes de ce temps. Le tout dédié au sieur Gautier- Garguille, Rouen, David Ferrand, 1632, in-12. Aux pages 24<> et suivantes, signalons encore : Ensuyvent plusieurs Prologues tant facétieux que drolatiques, etc.. Dulaure : Hist. physique, civile et morale de L^aris, i^53i I^i P- 9; J--B. Gouriet : Personnages célèbres dans les rues de Paris, 181 1, I, 2^ part., p. 139, citent quelques passages d'un prologue soi-disant prononcé à l'Hôtel de Bourgogne, par Gaultier-Gargixllle. Ces passages sont cnipruntc's à l'ouvrage de Thonuissin, p. 277, Prologue V. Cliose biziirre et que persontic ne paraît avoir signalée, le frontispice qui précède ledit ouvrage de Thomassin n'est autre que celui publié en tête des Cfuinsons de Gaultier- Garguille, édit. de 1658.

COMKDIl \ DK I,'|I0T1:L I)I; |{»»L'RG0(1NE 15

«le la cliaiison, de la satire et de toutes les billevesées dont la l'iaiice se divertit. Les comédiens en tournées y achètent au passage les recueils dont ils diffusent, en les autres provinces, le contenu goguenard (i). Car, lorscpie Paris, avec la l)elle saison, se vide de godelureaux et de co(|uettes, les histrions j)arcour(.'nt le pays en quête d'un ]>ul)lic (|ui leur donne ses applaudissements et ses écus. Ils se tiennent ordinairement dans les villes d'où ils rayonnent, appelés ])ar les châtelains environnants. Ainsi Mondory sera-t-il, plus tard, tonvié par Louis XIII et Richelieu à distraire à Forges leur d()ul)le mélancolie de malades et de buveurs d'eau.

vSitué au centre même de la gaieté, entrainé par un penchant instinctif, d'aucuns disent, sollicité par les manières affables d'une comédienne, Hugues (Uiéru s'enrôle délibérément en une trou])c dont le ^ieur lMani;ois N'aultray dirige les pérégrinations. C'est une bien })itoyable trouj)e et l'on ne s'ex])li(pie guère cpie, ])our la suivre, le jeune honune abandonne sa famille, ses droits à l'honorabilité, tout ce dont un honune de jK'tite noblesse fait (luehjue cas en ci- monde. Ivlle forme ce])endant riiiil)r\()U (le rilotcl (le r.()ur!.;ognc. ICUe se com])ose de Jehan du Mayne, de Louis Nitier. gens dont on ignore les mérites, d'ivtienne Rurtui (jui .sous le nom de La Fontame écrivit (luehjues gloses enjouées (2) et tint avec satisfaction, au comitjue et au tragicpie. des rôles .secondaires. On y voit encore le sieur l'ieury Jacob, ]HTe de riiluslii- MoutlK-uiy dont Cyrano .stigmatisa la brd.iine. it s.i tenuue Colombe \ i rriil .

(I) l'arini tv.** recueils, c.iiitcnton.'^iioM.** tli* citer : /.«•> l luittMtns fohtstrrs t't prolofiues tant supcrltliqucs que droUitiqufs doi coitudwns fntHiOis. Kfvufn tt aujimotlfes </«• tutuveutt futr le sieur Hellone, Ronni, J. Petit, iMi; l.e second livre de.\ thattsDPts /oListres et prologues tant superlifiques que di»»!*»ttques des comédiens /ramots. I*ur l'^licimc BcUoniic, TounuiKitui. Rouen. J. Petit, i(U2, Recueil des plus helles chansons des comédiens /raniois En c ciunprins hs utrs dr plusieurs Ihilhs q.it ont este faits de nonvatu â lu ( our... Cacii. 1 Maum-.mt. S |) v\c . On Iiduvc. <l.»ns ivs rtxnieil.s tin mélange e.vUaiirdiiiaire, Il y a d»i rhonuussm. du Hru.se.»nil>ilU-. etc.. Ou u'v trouve point ivpciidunt de (.îuulticr-tturKuilIc

(j) les Rieurs du Heau- Richard. i(yy).

(iAULTIEU-ti.VKGUlLLK

l\)ur Hugues Guéru cette troupe vSymb il ise l'indépendance et l'aventure. En fait si ses illusicns sent vite disvsipées sur la question indépendance, elles le sont plus rapidement encore sur la question aventure. Outre les humiliations, les horions, les déconvenues de toutes sortes, mal compensées par quelques recettes avantageuses, nos comédiens ne tardent pas à connaître la rigueur d'une justice assujettie au plus offrant. Ayant sans trop de méchefs atteint la bonne ville de Toulouse, ils se préparent à y séjourner pacifiquement en amassant quelque argent qui leur permette de subsister à Paris (i). Ils ont compté sans leiu: compère Pleury Jacob. Cet homme, adonné à l'ivrognerie et au libertinage, leur suscite mille avanies. Après maintes querelles, il les quitte pour vivre à sa fantaisie, leur a])and()nnant le soin d'entretenir sa femme. Nos comédiens se résignent à garder celle-ci. Dès lors Jacob, furieux, leur intente, par devant la parlement de Toulouse, un procès en séquestration de son épouse et parvient à obtenir saisie de leurs « meubles et équipages ». Par contre il est condanmé à .subvenir aux besoins de Colombe Verrier. Connue il ne s'acquitte pas de ce devoir impérieux, le même Parlement, revenant sur sa décision, ordonne aux comédiens, par arrêt du 28 novembre 161 1, de « retenir en leur compagnie icelle Verrier à peine de cinq cens livres tournois d'amende ».

Hugues Guéru et ses compagnons imaginent que l'affaire est dès lors terminée et, fatigués d'une ville où ils ne trouvèrent qu'iniquité, ils s'acheminent vers Paris. Mais Jacob n'a pas

(i) Selon les Fr. Parfait : Hist. du Théâtre français 1755, YV, 320, Gaultier- Gargiiille aurait débuté à Paris eu 1598 dans une troupe du Marais. Cela n'est prouvé par aucun document authentique. Fournier : Chansons de Gaultier- Garguille, 1858, Préface, p. I^XXXVII et Le Théâtre français au xvi« et au xvne siècle, S. D., p. 282, varie dans ses opinions, le faisant tantôt passer de l'Hôtel de Bourgogne au Marais et vice versa. Pour l'ournel : Les contemporains de Molière, 1863, I, XXXV'I, il débute en 1619 à l'Hôtel de Bourgogne, le quitte pour jouer à l'Hôtel d'Argent, puis en 1629 revient à l'Hôtel de Bourgogne. Nous ne nous livrerons pas à toutes leurs hypothèses. Nous reposerons notre raisonnement sur des faits.

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18 riAULTIEH-C'.ARC.UIÎJ-F

désarmé. lyCvS accu.saiit à nouveau de séquevStration, il gagne vine fois encore sa cause. Par « deffault et contiunace » les comédiens sont condamnés au bannissement perpétuel du royaume (i2 août 1612). Jacob cependant consent à transiger avec eux. Moyennant finances, il se désiste de « l'efEect de l'arrest ». Mais la peine de bannissement demeure pleine et entière. Arrivés à Paris, les comédiens doivent adresser à Louis XIII une supplique afin de poursuivre sans désagrément leur carrière théâtrale. Le 14 septembre 161 3, le monarque leur accorde la grâce sollicitée (i).

De sa promenade à Toulouse, Hugues Guéru, s'il ne rapporte point des pistoles en sufi&sance, rapporte, du moins, un type de Gascon croqué sur le vif et qu'il exploitera supérieurement dans la vsuite (2). On ignore d'ailleurs ce qu'il devient au retour de ce voyage infructueux. Deux années passent, le temps qu'il faut pour créer une légende (3). Kt cette légende poUvSse comme un champignon vivace (4). Les frères Parfaict, sur la foi d'un mémoire manuscrit, contribuèrent à la répandre. vSelon ce mémoire, (ïuéru, aurait, à ce moment, exercé, en compagnie de Robert (iuérin, dit La Fleur ou Gros-(Tuillaume, et de Henry Legraiid, sieur de Belle ville, dit Turlupin, la profession de garçon Ijoulanger. Tous trois, de concert, auraient abandonné le pétrin pom" les tréteaux et se vSeraient acquis une célébrité de farceurs assez enviable pour ({ue les Confrères de la Passion, artisans

(i) Caiiipardoii, Les Comédiens du Roi de la /ronfle française {rendant les deux derniers siècles, 1879, p. 279. V. aussi, Archives nationales, V'' 1228, Lettre de remission du 14 septembre 161 3 à Hugues Cruéru et autres.

{2) Sau\al : Hisl. et Recherches des Antiquités de la ville de Paris, 17:24,

ni, 37.

(3) Hudore Soulié : Recherches sur Molière et sur sa famille, 1863, p. 156, publie, à la date de mars 161 3, une Sentence du Chatelet condamnant Robert Guérin, Ir. Vaultray et leurs compagnons à payer aux maîtres de la Confrérie de la Passion la somme de 36 livres. Gaultier-Gargiiilleesl-il compris parmi ces compagnons qui, avec les susnouunés, forment l'Hôtel de Bourgogne? Il n'apparaît, en nom, parmi les actes, qu'à la date du 16 janvier 1615 .

(4) Si vivace que M. >Sansrefus ne dédaigne pas encore de nousen faire apprécier la saveur.

rOMKDIFA' !»F^, l/llOTTr, r»F: RorRf.rK3\F. 19

exerçant, en matière théâtrale, un privilège ancien, leur lançassent aux trousses leurs recors et leurs procureurs. Ive cardinal de Richelieu, averti de l'affaire, aurait voulu juger par lui-même le talent du trio hilare. Il l'aurait convoqué en son palais et. séduit par la farce truculente, aurait décidé d'agréger au troupeau mélancolique de l'Hôtel de Bourgogne ces boucs folâtres et capricants afin qu'ils y importassent uiu- semence d'énergie et d'humour.

Malheureusement, les dates rébarbatives empêchent que l'on accorde quelque créance à cette légende. I^es frères Parfaict le démontrent eux-mêmes (i), Ro])ert Guérin appartient au moins depuis 1613 à l'Hôtel de Bourgogne et jouait déjà, pour l'ébaudissement de la cour, devant Henri I\'. Quant à Henry I/egrand, « il connnença, dit Sauvai, à monter sur le tliéàtre de l'Hôtel de Bourgogne dès (|u'il connnença à parler (j) ».

Il faut donc en finir avec les contes saugrenus et .se borner à dire (jue l'ol^scnrité la plus prof.mde règne sur les origines dramati(jues de notre comédien. .\ ])artir de 1^)15 .seulement, il a])])artieiil d'une façon fornielie et définitive à l;i tronpr ipu- Louis XIII patronne i ;.

Il ne parait ]»as adoptir, (Iè> K- (lèbnt. li- nom de (i.uiltier-

(i) Fr. l'iirfaict ; 1\', 243 a</ N<»/<im.

(i) Sauvai : III, {(>. On trotive ers U>;»m<Ii-x toin<'< \i\is il»iis r<>ii\ r.it;r il- M. Sjmsnfiis

(\i II f.sl luiiiinir. m i-tTft, ;\ ix-tte d.iti'. nous l'avons «lit. en i\>nii>.ti{ui«' tic (fri)s-('>uillantnt> et. en lua .seulement, en conifKiti^nie tle (tnts-t^uilUunnt* et de T«rlu])in. dm.s Unin les txiils, actes et pHn-x^dires II fait c:ui.«»e e«»ninnuie av«v l'Hôtel «U- Houryoïrne contre la conficrie de l.i Paxsion et. en n».'>» même, .son mobilier ris.|ue d'être .siiisi, les K)>ers de l'hôtel n'a>7int pa.s ete payés. i;»idore Souliê : of>. cit., p. i s6 et .suivantes, publie mie .série d'actes relatifs aux omi testât ions entre 1rs ctnnédicns el les o>nfri^rcs. Nous n'entrerons p;us dans le détail de ces contestations dont on trouvera le ctinipltS ment en l'ouvrauie suivant : Rfcunl dfi princr sitioH df lu p'roprittt' Jf\ tnii-iurf tt pLuf km ,i

vuluairrnifut l'hostri lif Hourf^of^ne) ... t.nsrmhtf autres pifcf^ v apfHtrlrnaH*. le tout pour montrer que lesdtts Doyen, ytaistres, (inuverneitr^ et ( onfr^et soni es'dùs nofns vrats et légitime» acquéreurs, propriétaires et p^nse-isenri diiJit ht>s(rl de Hourgogne... Alencontre des convictA et (oJomntei théâtratei d*

Garguille qui devait à jamais l'illustrer. Ce n'est, à notre sens, que ])ar tâtonnements vSuccevSsifs qu'il arrive à prendre conscience de sa véritable personnalité. Il se montre zélé, .studieux, prépare activement ses rôles et ne s'en laisse guère distraire. « Quelquefois, dit un contemporain, connue un honnne de (pialité qui l'affectionnoit, l'envoyoit prier à disner, il respondoit qu'il étudioit (i) ». On lui confie des incarnations bien peu conformes à ses penchants. Le visage couvert d'un masque, revêtu d'une « belle robe », le col entouré d'une chaîne à laquelle pend une « médaille en façon d'or », il joue les rois de tragédie (2). Il s'acquitte cependant de cette tâche avec suffisamment de supériorité pour mériter l'assentiment du célèbre Scapin (3).

Et le public partage l'opinion de cet Italien subtil. Pourtant il semble bien difficile à un acteur de cette époque, si doué soit-il, de faire éclater ses mérites. Le théâtre n'est qu'une ombre de théâtre et la scène, parée d'une décoration sommaire, éclairée par de vagues chandelles, dessert davantage qu'elle n'embellit l'intrigue de la comédie, le pathétique de la tragédie, la musique de la poésie. Pauvreté partout. Lorsque les histrions n'ont pas bénéficié de quelque garde-robe de seigneur bienveillant, ils évoluent quasiment en guenilles, plus semblables à des tirelaiujs qu'à des héros. Cherté des loyers (2,400 livres par an pour la location de l'Hôtel de Bourgogne), modicité du prix des places, nécessité d'entretenir un nombreux personnel, concurrence de troupes adverses ou de bateleurs, mille obligations diverses écrasent les tristes hères (4).

Robert Guérin, dict La Fleur, Hugues Guéru, dict Fléchelles, Henry Legrand, dict Belleville, Pierre Messier, dict Bellerose, et autres comédiens leurs associez soy-disant comédiens du Roy de VEslite royale... 1632 (Bibl. nat., I,K", 7425)yi) Tallemant : Historiettes, VII, 1858, p. 171.

(2) Gougeiiot : op. cit. ,1^. 16; Le Testament de feu Gauthier- Garguille trouvé depuis sa mort... 1634; Sauvai : III, 37.

(3) Tallemant, VII, 170. V. aussi. Le Cabinet satyriq.ie, 1666. I. 51, Epigr. par le sieur Sigongne.

(4) Sur ces faits et ceux qui vont suivre, V. Bibl. nat., n° 24330, Mémoire de plusieurs décorations... par I^urcnt Mahelot; Abbé d'Aubignac: La Pratique du théâtre, 1715; Chappuzeau : le Théâtre français, 1674; K. Despois,

'l^n hijiilqo (jUL ait^ conwat.( \Far vn iti/vrntne de anerrt^

CFnifoit fremkler toute la terrù^ *^a cnanttif lu mort aux/nU

(.ricuf cic M<>rl au\ KaIs, pcisnnn.«>;c de la Koirc. U'apnvs une i*Nlaiu|K> il'.Mir.tliaiu ll<>^N(<. (HiMiiHlmini* NaUoiiAlv.)

22 GAULTfER-GAR(TLIILLE

Les difficultés de toutes sortes les assaillent. Parfois leurs affiches et les tournées de leurs tambours par la ville ne leur amènent point le public désiré (i), ou bien ce public prétend, à la barbe du portier, entrer sans payer. Ce sont constamment batailles à livrer, procès à soutenir, requêtes à lancer.

Bienheureusement nos comédiens, d'humeur joviale, ne se laissent guère aller au découragement. Rue Montorgueil, au cabaret des Trois-Maillets, proche l'Hôtel de Bourgogne, le verre en main, ils oublient aisément les tristesses de leur existence. *( Oue trouvez-vous de plus curieux qu'un comédien, s'écrie l'un d'eux, de plus poupin, de plus frlzé?» Kt le même, sans désemparer, décrit ainsi les agapes de ses compagnons : « Figurez-vous de nous voir à la rue d'Bnfer, embourbez jusqu'au cul, battus des quatre vents, dont l'un nous souffl2 la gresle, l'autre la neige, l'autre le froid et l'autre la pluye, sans autre monnoye pour payer nostre hoste que quelques fleurs de bien dire dans une bouche brodée de rhétorique». Tous sont, à son exemple, « bons limiers de tavernes ». experts à « disséquer un membre de mouton » ou à « estriller un aloyau ». Ayant léché les plats et englouti les pots, relevant « la moustache à quatre étages », tantôt ils « se mettent sur le mérite de leur qualité », étalant leurs titres de noblesse chhnérique, tantôt ils discourent sur les « circonstances de la braguette », vantant leurs exploits de faunes en compagnie d'illustres putains ou de duchesses énamourées (2).

Hugues Guéru ne dédaigne i)L)int de partager les orgies de j es camarades. Descendu de la scène, il quitte la majesté avec la

Le Théâtre français sous Louis XIV, 1874; Rigal : //o/^/ de Bourgogne et Marais, 1887; Alexandre Hardy et le théâtre français à la fin du x.W et au commencement du xvii^ siècle, 1889; L,. Celler : Les Décors, les costumer et la mise en scène au xvii^ siècle, 1869. clc. . .

(i) I,e frontispice de la Comédie des comédiens de (i. de Scadery. 1(^2,5, représente le portier de l'Hôtel de Roiirgogne et le tambour revenant de sa tournée. V. aussi : L'Ouverture des jours gras on l'entretien du Carnaval, i^^.j.

(2) Les nouvelles et plaisantes imaginations de Bruscambillc, en suittc de ses fantaisies, 161 5, p. 70 et suivantes.

CO.Vli:itlK\ Dt LHOTKI, DE BOURGOGNE 23

défroque rk roi. Il apprécia niitiix que p?rsontU' la saveur des vins d'Orléans ou de Beaune, la pétillante liqueur gasconne et celle que nous envoie l'Espagne ensoleillée (i). Il se coniplaîL à grossir le lot de billevesées (lue lancent nerveusement Valéran. " grand hcnnine de bonne mine ». doyen de la troupe avv'c \'autray. Mathieu Le Fcvre. dit La Porte et :;a fennn.' Marie W-rrier. Jean Farine, large connue une outre, et (iringalet. mince coinni? un fil. Mais surtout le séduit la boutade truculente du sieur Hruscanibille. Brnscambille. c'est la joie exubérante de sourires. <!•• grimaces et de mots. Il est toujours et i)artout en mouvement, bouffon terrible, audacieux, cynique, décochant d'injurieuses et obscènes vérités au public qu'il anmse. « Père des drôles ». un peu larron, ayant vagabondé toute sa jemiesse. nourri de lK)nne littérature, doué d'une imagination débordante, il alimente, anhne. fortifie, sans jamais de répit, les conversations les jïIus abracadabrantes. Pour susciter le rire de la canaille que resi)rit rafii lé ne désopile j)oint, il s'afhible. sur la scène, d'mi étrange costume lulinaire, marmite ])()ur cascjue. lèchefrite ornée d'andouilles et de saucissons pour plastron, broche garnie (K- ])oulardes et chajxnis en guise de hallebarde. Ainsi travesti en chevalier de taverne, il débite ses i^rologues (2).

.\ lit homme étrange et toi pourt.uit. Hugues ('.ueru préfère deux j)ersonnages moins tonitruants. I/mi. cfst Michel Lastie. Normand (lui. pmiv slnnulrr .son génie t\r gra\ rur i u tailK- d<>uce. a bisoiu (11- 1 rxritatioii du vin {}). L'autre, c'est U- .sieur ( '.rillrt

(Il l.t's Hif^ufts du (,rns-(tinUaumf. h'.nvnya tt lurluf^in ft ii (nititurhitt HuiHe pnut Uut Mardy-Gras f^ar U suur Trifxttin, (•(Htilhomme tatîHf #/«• l'Hostrl de liourgongne, i6iH. V. juus^i, Advisdt itmlUiume d( Ui Portt.hotlfux ra-fuillcs de la ville de Pans, S. I). d iiis l'ournicr : l'aneUs ki<^,. et lut.. III. lit. <>t» y trouve cette phnwe : " Si ciunp.^re CVftutier arrive, il faut le m-rvotr eu un e.iharet ■• Sur le «.Mlnuet des Tri»is-Maillets. V. l,es t'i.si<)»: du (u'IeriH de Parnasse ou divertissement des bonnes cnmf*agnies r lurieux. Par un des beaux esf>nts tU ce temps, lO.vs, p. J06. V. uusiU. p. 170

(.') Tous ces pcrs«Mu>aKes. et (invsaîuillauuir et Ttirlupiu eu outre, «mni cjté.s ct)iuiue fai.^iut partie de ril«">tel de HourKo^n»*' »^ ce uiouieut dans d' l'istcruod, I ' lispadon stitxfique. iMw. u».:o et nt.'^^^

(0 Th. Aruuuldct et ti Hiiple.viis : Muhel /.a*»!*- de ( aen. i^tavfur en

r.Arr/riKR-iiAllGUILLE

émailleur de la reine, artiste bizarre qui confectionne des chapelets, des médaillons et des pendants d'oreilles en verre (i). Le premier lui apporte les nouvelles de la cour et le second celles qu'il recueille à l'Hôtel de Rambouillet où ses poésies lamentables l'aident à vendre sa fragile marchandise.

Ainsi, en débauches de cabaret et d'alcôve, passent les nuits d'Hugues Guéru et de ses camarades. De telle sorte qu'il n'est point étonnant que le comédien ne se déli\Te pas du qualificatif d'infâme que l'Église lui donna. Bien qu'il proteste avec fougue contre ce qualificatif, et que quelques écrivains protestent avec lui. la grande niasse continue à le vilipender. On lui reproche d'être « bourgois de l'univers et citoyen du monde », c'est-à-dire de n'avoir point, comme le connnun des mortels, un foyer stable où régnent la dignité et la vertu. On le confond avec ces gens sans aveu qui (( tiennent un breland, un Ix^rtlcl ou une taverne (2) ».

I,e cardinal de Richelieu, plus tard, le prenant sous sa protection, amènera à son jeu de paume la noblesse et les dames. .V cette heure, il doit se contenter du public qu'il mérite. Il est le pourvoyeur de divertissement d'une extraordinaire canaille. Ce que recèle le parterre de l'Hôtel de Bourgogne, c'est un ramassis grouillant, fétide, tumultueux de laquais, de pages, de soldats, de filous, de poètes crottés, d'étudiants en ribote et

l.iille douce, 1856. •' Il aimoit la douce vie et faisoit son capital de la joye. » O.i d )it à Michel L,asne le portrait de Gaultier-Garyuille formant le frontispice des Chansons, édit. de 1632.

(i) Grillet: La Beauté des plus belles dames de la Cour, 1O48, p. 2O4, .spécifie qu'il vécut en « sjinpathie » avec Hugues Guéru.

(2) Les nouvelles et plaisantes imaginations de Brusaimhille, i<)i5, ]). iji tt suivantes, 202 et suivantes; La Doctrine curieuse des beaux esprits de ce temps. Contenant plusieurs maximes pernicieuses à la Religion, à rEstat et aux bonnes mœurs. Combattue et renversée par le P. François (iarassus, 1623, pissim; Gougcnot : op. cit., p. 38 et 65; Songe arrivé à un homme iV importance sur les affaires de ce temps, 1634; Scudery : op. cit., p. 0, 7, 8, 12, 13, i^, 2O et suivantes, 36; La Rencontre de Lurlupin en Vautre monde avec Gauthierdarguille et le Gros-duillaume et la grande ]oyc et allégresse quiU eurent à son arrivée aux Oiamps-Elysées, 1637; Chappxizeau : op. cit., passim, etc..

COMI DIliN IjL: I. H()TI:I. I»E IîOLR<.(>(,.M.

" autres ordures du genre luunain ». Ivres de bière et de pétun. ces niistoudins. ces écornifleurs d'honneur, ces magasins de sottises l)ranient et l)raillent, rotent, pètent, toussent, crachent, reniflent, rient, s'injurient, se battent, ou bien, avec des gestes siniiesques, se grattent hi tête et k cul.

I X Iht'jilrc i/i ( lii'ni .u ni'ii I <^i''^':^ h'upl'fs le pluii ilu (iomlioiist.

A cettr t(>url)r. il iir t,mt point dr litter.iturv ])récieuse. l'ti instant, diton. Hugues (iuéru lut (.hargé de hii laui\T Ir prologue par (pioi débutent les repré.sentations (i). Mais .s'il tint vraiment l'emploi, du moins ne le garda-t-il pas Uinglemps. l'eu après r.ru.scand)ille le ri-mplai;ait avec avantage. Kt nul u'rùt pu avri- tant d'astuir ni d'unt' si bilK- voix débiter le /Va- Ini^iic (It's Parlits naturelles des honitncs et des femmes, le Proiogue

(I ) II. l'iiilaiei: o/). n/., IV, ,W7. l'rolttf'in' du MtnsuHgt. Cela mm.s parail lies itnptolNtlile. I,o pn^loRiic eitr pat Us frères l'arfaict .se rctn>uvc tlans l<s i'ti>l>>i:iies laut siriiux quf facmntx ova /»/iiM»*iir.v niitimatuê\ f>tir U ^iiur IK t.. (I>rs I^miitrs, dit nni.sejmil»illt >. ."s. !>.. p s| .s«»ns Ir titre : /'n»l't^ite pour un Imhit. On \v iclnuivc èjipilniM'Ul d:ins les Kfgrets facdifux précités de Thimiassiti. Il appartiettt dimc ;\ V\\\\ ou ;\ Taulrc de ers farceurs.

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