LIV
CHANSON
N jour Tn mignon de Paris ,
ÉÉÉigSÉî^M-
Di- foit à fa coquette , Sansmcniir jcfuisbicn
^SiiiÉi^iÉiîf
niarry,ray gaftc ma manchette , Et mon rabat de
)ointcoupéOue vous ferrez après fou- pé
Un" jour un mignon de Paris
Disoit à sa coquette :
« Et.\Taynient je vSuis bien marry,
J'ay gasté ma manchette, J'ay un rabat de point couppé Que vous verrez après souppé. »
(i) Reproduite dans I.e Parnasse des Mtises précité, 1627, p 152.
Elle respond en soiispirant, D'une façon niorqueuse :
« Je cognois à vos beaux discours Que vous lisez Nerveze ( i ) ;
Kn vérité je vous le dis,
Vous sçavez tous vos Ainadis.
— Entendant ce discours discret, Rajusta vSa rotonde.
Et renoua le ruinent vert
De sa moustache blonde.
Disant : « Vous dites vray, Cloris, On le dit par tout à Paris.
— Vous avez un terrible esprit.
Entre vous autres honunes.
(i) Atitoiiu" de NcrvOzc ou, selon qtieUiues-uns, (^.niUaumc Rcrnartl de Nervt^zc, né vers i.s7<), mort vers 1622, sccrctiiire de la chambre du roi Henri IV, écrivit un certain nombre de romans cjui lui proctirérent luie belle r<fput;ition de débiteur de galimatias. Parmi les j.n"'»tes»iues. il s'apparente aux Ivscuteaux, aux Ramjou/e, aux Crillet, aux Xcufi;ermain. ICn une maz;irinade. Le Cotttmerce des nouvelles rtiahli ou le courrier arresté f^ar U iiuxette, lOf), on trou\e : ■ Ncrvé/e et des I-^saitcaux nvlVuiércnt letir style et commencèrent A parler phœbus. Ils furent les miRiions des diuncs: t|Uel«|ues-unes les ptjrtoieut, au lieu d'heures, ;\ l'i-Klisc. S'il sc formoit entre elles qtielijues diltereus touchant un terme, «m s'en n»pi>ortoit à Ner\é/c . et tjui l'cust vtmlu o>n( redire eust esté chiussé a>mme un peleux de la ci>mpavîui»' ». Néiuuuoins ci lie autorité tomUi si»us l'ironie des satiriques. Tallemant : I, 207; IV, },zi, jitilise la loctjtion: • l»nrler Ncr\*t^xc «qui équivaut à i).irler ^,'alimalias. Il est éj^ilemcnt question de N avec la mâmc
acception im pris.inle, dans l-'uretiére : Souvelle ai.. . i <>.«»'*. p. M».
S2, <)i; I.ebret. Lettres diverses, S. D., p. a8; Siunt-.\ niant: (huvres. idit I.ivet, I, 221 ; (.".uéret : Lai Guerre des auteurs, 1661. p. 0 et suiviujtc5. V. au-ssi. (ioujet: liihl. framaise, XIV, p. 221-, Sorel:* /-faMCioM, X877, p. 264 et 412; Dreux du Radier: Ihhl. hist. du l'oitou, etc.. l.es Ef>istres montUs de Nervé/e eurent les honneurs d'une traduelion m c^ixi^n» »1 : Cartas »Mor.i.V< del senorde Senetii... pi r Madama IruHcisca de l\tssier. Tonon, M. de la Kua . 160:,. in-8: rééditt-e, I^-aris, du Brueil, 1610, in-S. p;irCi"sar Oudin. Pour .«hs romans. V. Unniet: Manuel du Lthraire. Pour si-s u-uvrcs p^W'tlqtifS, V. l'r. I^icluSre: /ithliographie des recueils collectifs de jxKsics. I. 56S; IV, 161.
Car vous parlez tous jours d'amour,
Ainsi que Meliflore (i); Avecque vostre doux parler, Vous nous venez ensorceler.
— Belles qui charmez le destin Avec vos gands d'Espagne,
Puis que l'atuore du matin Çà-bas nous accompagne,
Kt que vos beaux yeux sont si doux.
Adieu, je prends congé de vous (2). »
IvV(3)
Je me boutte à la débauche.
J'en suis tout esbalobbé; Un catarre m'est tombé Dessous la mammelle gauche.
Guillot me dit l'autre jour Que c'estoit le mal d'amour.
Son humeur me dissimule, Sans que j'aye aucun repos; J'ay treuvé tout à propos Un Médecin sur sa mule.
Qui me dit fort bien et beau Que je n'estois qu'un gros veau.
(i) Meliflore. Probablement pour wïWi^or^.
(2) Cette chanson parut, eu premier lieu, dans Les Airs du Berger amoureux ou la troisième partie du Parnasse des chansons à danser et à boire, recherché par les plus braves poètes de ce temps, 1627, p. 209.
(3) Reproduite dans Le Parnasse des Muses précité, 1627, p. 73 et dans Le second tome du Parnasse des chansons à danser, 1628, p. 17, avec des variantes.
Et puis j'ay Martin en teste; Margot dit qu'elle aynie mieux Janot qui a Gou vieux, Entend le valet de feste.
M'en voilà tout espouvanté :
Mal sus mal n'est pas santé.
CHANSON
giiiirf^Si
E me bouttcaUdcfbauchcjl'cn
fuis tout efbilobé , Vn catarrc m'cft tombé
DcfTous 11 mamelle gauche: Guillot me ilit
l'autre jour Qugc'cltoit le mal d'amour .
Sous oiiihro (l'un ]hu dr tarn- Que son parc eut pour retrait.
C'est un l)i>urgeois in ]>(>urtrait.
Morguentie ! comme il se earre !
Mais soit limestrc (i) ou l)nreau {2).
Il n'isl (lui- U' n.itureau.
(i) ï nnfstrf^uw nppi-I.iit litinsirv une sorte tie s<ij;r i.ihimuer;'» Koucn. {Dia. de Uuhelct.)
[z) Burfuu, étoffe de bure.
108 GAULTIKR-GAllGUILLE
Margot estoit doulouzée, Et je luy dis en ce point : « Pourquoy ne m'aime-tu point?
Tu seras mon espousée. »
Mais, sans respondre, Margot Soudain^me fendit». l'argot (i).
CHANSON
E rcfcruccn ma mémoire
a^ËîSËi^^SÈrEîi
Cinq ou fixbonncschanfonSjPourdirc entre les gar-
={ËÎËÎÊ|Ê^
çons,Celas'entcnd après boire: Branlons c'eft trop
SSÎEi=î~LjÉ=irî:ÏE=ç=rr
:2<5^colIcr3 Bran qui ne vendra branler.
Je réserve en ma mémoire Cinq ou six bonnes chansons, Pour dire avec les garçons.
Cela j'entends après boire :
Branlons, c'est trop cajoler, Bran qui ne voudra bransler.
(i) Fendre l'argot on /Vrgo/,' s'échapper.
Je vous (lirois la Guimbarde (i), Mais tout le monde la sçait; Détachez luy son lacet, Vous la verrez plus gaillarde.
Branlons, c'est trop cajoler.
Bran qui ne voudra bransler.
J'ayme une grosse nourrice, Vous ne sçavez pas pourquoy?
C'est qu'aussi tost qu'elle boit.
Tout aussi tost elle pisse.
Branlons, c'est trop cajoler.
Bran qui ne voudra bransler.
Dites-moy, dame Francine, Vous monstrez tous vos genoux.
Sus, garçons, resveillons nous.
Que chacun baise la sienne.
Branlons, c'est trop cajoler.
Bran qui ne voudra bransler.
I/C bas d'une vieille asneSvSe Que je numtois l'autre jour En allant faire l'amour M'a tout e.scorclié la fe.sse.
Branlons, c'est trop cajoler, lîran ([\ù nv voudra bransler (2).
lAII
Commôre, jr >ui.s .m «lé.ses|>oir î Mon mary ne me veut plus voir.
(i) Duf^ont et la (iuimhirde, air i*n vogue i>cnd.»nt la première nutitic du xvii" si<Vk'.
(2) RcpriKliiitc dans l^ sfc^nd tomf du Parnasse dts chansons d danser, i(M7, p. iii; i6i«, p. 41; ^^ii, P- 34-
Il dit toiisjours : Fi de l'amour !
Vendredy, samedy, ma commère, Vendredy, samedy, sont deux jours.
Quel a âge peut-il bien avoir.
Qu'il ne vous rend plus de devoir?
A-il manqué beaucoup de jours?
Vendredy, samedy, ma commère, Vendredy, samedy, sont deux jours.
Ma commère, il n'est pas si vieux Que s'il vouloit il feroit mieux; Mais il est quinteux et jaloux.
Vendredy, samedy, ma commère, Vendredy, samedy, sont deux jours.
Le mien m'en vouloit faire autant, Mais je l'ay changé à l'instant A un qui baise nuict et jour.
Vendredy, samedy, ma commère, Vendredy, samedy, sont deux jours (i).
Ce fut sur nostre montée.
Ha ! que je suis infortunée !
Qu'un galand m'a rencontrée, O ! le meschant malheureux !
Ha ! que je suis infortunée !
Nostre poulie a cassé ses œufs.
Qu'im gaiand m'a rencontrée, Ha ! que je suis infortunée !
(i) Reproduite dan.s Le second tome du Parnasse des chansons à danser, 1627. p. 121: 1628. p. 144, 1633, p. 36.
Où il m'a très-bien cognée; Jamais je ne veis tel cogneux.
Ha ! que je suis infortunée ! ' Nostre poulie a cassé ses œufs.
CHANSON
i.SÈti:^Sïi3
E fut fur noftrc montée , Ha:
que je fuis bien fortunée : Q^vn galant m'arcncontrée: Ol le inccliant, le malheureux l Haîijuc je fuis bien fortunée , Noftrc poulie à
iitiiÊiiiimi
cafTé fesaufs.
Où il m'a Irt-s-Miii cdjjnée.
lia ! fine je suis infortunée !
Mais tiioy qui suis ohstiiK\\ Pour un i'ou]) j'iii riiidis tleux.
lia ! t\\\v je suis iufortimée !
N(\stre pouUr a cassé ses œufs.
Mais moy qui suis ohstiiuV.
Ha ! (jue je suis infortunée' !
172 gaultier-gakguille
Maistresse en suis demeurée, Dont il fut le plus honteux.
Ha ! que je suis infortimée !
Nostre poulie a cassé ses œufs.
Maistresse en suis demeiuée, Ha ! que je suis infortunée !
Ma mère y est arrivée, Qui nous a criez tous deux :
Ha ! que je suis infortunée !
Nostre poulie a cassé ses œufs (i).
lylX
Mon père avoit deux garçons,
Qui alloient à l'escolle; Ils sçavoient quasi par cœur
Toute leur patenostre.
Le petit est mort, et le grand vit,
Kt le grand vit encores.
Ils sçavoient quasi par cœur
Toute leur patenovStre ; Ils sçavoient conter cinq sols.
Sans manquer d'une obole.
Le petit est mort, et le grand vit,
Kt le grand vit encores.
Ils sçavoient compter cinq sols,
Sans manquer d'une obole; Mais là dessus arriva
La mort, qui tout dévore.
Le petit est mort, et le grand vit.
Et le grand vit encores.
(i) Reproduite dans Le second tome du Parnasse des chansons à danser 1628, p. 56; 1633, p. 45.
SES CHANSONS ITiJ
Mais là dessus arriva
La mort, qui tout dévore; Elle a pris le plus petit,
Et nous a laissé l'autre.
Le petit est mort, et le grand vit,
Et le grand vit encores (i).
Un gros garçon de village Cullebuttoit sur du foin ; Margot le voyant de loin vS'approclie et tint ce langage :
Ta cullebutte ne vaut rien, Un ]Hu d'ayde fait grand bien.
Tu fais bien le dilHcile
Et fais peu d' estât de moy,
Mf voyant si prés de toy,
Va cullebutter sans fille.
Ta cullebutte ne vaut rien.
ITn peu d'ayde fait grau<l biiii.
Un niasle cl mu- friiKllr Ont nu plaisir ])lus parfait :
(i) Reproduite dans le second loiuc du l'arnnsse Jfs chapisons «i d<ttiser, 1628, p. 67; 1633, p. 57. On imagine malaisément par suite de quelle bizarre mépri«r M Gaston Sansrcfus : <>/>. cù , p. .275-276, a pu considcTer ce rcfnun j^aillard qui r.q>pcllo \v fameux jcti de mots do RalKMaisur Ilcaumotit Ir \'ici>mlc, \t*n\r un tcujoifjnajje do douirut f.imiliale. «On ist tout dtomié de trouver, écrit-il. |Hirnii tant de chansons joyeuses et"" cinq strophes plaintives et endeuillées, glas dont la note s»mne luRubu • ment au milieu de ce débordrment dr belle humrur Des deux Kniv«>ns. /( fulil est mort, nous dit le rcft.iin. mais le t^ntnd vit i-ncort, et l'auteur réiuMt* eu tel minant :
/•-■/ /f griitiii rit nio^rf, a lin de nous laisser, après la douleur, sous cette cvtasoLinte impression. •
174 GAULTIER-GARGOILLE
Car la cheute que l'on fait Bst beaucoup plus naturelle.
Ta cullebutte ne vaut rien.
Un peu d'ayde fait grand bien.
Quand elle eust dit la parole, Ce drosle l'a cullebutte; Mais, se sentant culleté, A crié comme une folle :
Cognois-tu pas, grand vaurien, Qu'iui peu d'ayde fait grand bien (i) !
Donne-moy ton pucelage,
Disoit Pierrot à Thoinon.
Bile respondit que non.
Ma foy, tu n'es qu'une beste,
Je te feray des présens
Plus beaux que les courtisans,
Une paire de noisettes Avec un fromage gras, Un devantier et des draps.
Domie-moy tes amourettes.
Je te feray des présens Plus beaux que les courtisans.
Si j'ay ce que je pourchasse.
Je te promets un gasteau, Une quenouille, un fuzeau Pour retordre ta fillasse ; Je te feray des présens Plus beaux que les courtisans.
(i) Reproduite dans Le second tome du Parnasse des chansons à danser, 1628, p. 106; 1633, p. 93, avec de légères variantes.
Ces beaux mignons de la ville Pour rien te feront l'amour, Et tu te plaindras un jour De ta jemiesse gentille.
Je te feray des présens Plus beaux que les courtisans.
Deux perles orientales
Et un ruby cabochon
Desganiy de capuchon;
Veux- tu que je les estalles?
Je te feray des présens
Plus beaux que les coiurtisans (i).
Mon compagnon et moy. un jour par fantaisie.
Je nous allions promener le l(^ng d'un verd lx>ccagc
En mon chemin je rencontray
Un gros et gras et large sacq.
Ivc panier que c'estoit estoit tout plein de neffles;
ly'advocat est d'avis que c'estions des grenouilles. Je luy ay dit tout en riant :
Je vous remercie de bien bon cœur.
Que ne vous marie-n'eii. la belle jeune fille. A un beau cordonnier de noble parentage, Qui ayt de l'or et de l'argent Pour acheter de Ihiux li.ihits tous neufs (i)?
F (i) Reproduite (Lina I^ second tome du Partuissê d4s chansons à danser. i6i8, p. 129; ib33, p. 43.