‹ Gaultier-Garguille, comédien de l'Hotel de BourgogneChapitre 26 sur 32 · DE GAULTIER-GARGUILLE ET DE PERRINE · texte numérisé non relu

DE GAULTIER-GARGUILLE ET DE PERRINE

ticr Garguille, depuis qu'une fille ou ime femme a laissé aller le chat au fromage, il n'y a moyen d'en retenir la pelure.

GauIvTIER GarguiIvI.K. Comment ! Perrine, tu veux donc estre tousjours putain?

PERKINK. Puisque je ne sçay point de meilleur mestirr. je suis d'advis de m'y tenir; car au changement (connue l'on m'a dict) on ne gagne guère d'ordinaire. Demandés ce qui en est à ceste petite noire du quartier des Carneaux (i), qui fit venir ses mois sur une botte de foin à deux lieues d'icy; je m'asseure qu'elle dira que le goust en est bon.

(iAUi.TiivR (tARGUIij.K. Jc sçay bien, Perrine, qu'elle est assez effrontée pour m'asseurer (jue la liberté est requise aux filles: mais néanmoins sa mère s'en plaint fort.

Pkrrink. Tu le ])lains aussi de moy, et si je ne m'en soucie guères; car il y a plus d'apparence à hiy faire manger du pain bis, qu'à moy de faire boire de l'eau.

(lAUl.TiKR GARGUII.MV. Ce n'est pas de cela que je parle; je dis, en im mot, que je veux et enteiis que tu sois d'oresnavant fenune de bien.

Pkrrink. Pauvre Badin ! tous les conunencemens sont rudes, et, qui plus est, je ne veux jamais changer.

Sur cela Gaultier (larguille enfla la gibecière de son courroux, et, soupçonnant cpie Perrine, pendant cest entretien, luy auroit joué (jnehiue tour de (»onin (2), il jetta |X)t, plats, potages et escuelles sur le plancher, cassa les verres, et print un baston pour la frotter, à ([noy il eût longiiement travaillé sans la Renaud, (jui luist la teste i\ la fenestre. et i\n\ en mesme temps vint au seiours. portant im ])istolit tout amorcé, dont un Gcnliliionnne fut l»Iessé ]>oMr lors.

(i) Quartirr da Camtaux, actuclloiucut (juarlicr des I tôt irdon nais. Il en est question dans les Visions du pdtrin du Pamas^f, i'>.?.'S, p. 207.

{2) (ionin, nu>t nsité snrtonl dans 1- • tr 44 maitre i,ontn qtti

siL:Mitic, tonr de filon, tmir de sorcier. / ^^t que dé Mtnagf.) Cette

expression est cxtrènictncnt cniploy<!« au xvn* sitHrlc. On la trouve dans une «jn.vntité cv"»nsidéml>Ie d'antenrs et niOinc diuis l^\ Font;\ine.

lî)U LA FARCE DE LA QUERELLE

C'estoit un grand crève-cœur à Perrine de vSe veoir ainsi traitter, après un si long temps qu'elle fréquentoit le bordel sous les auspices de son mary. Aussi, ne voulant permettre qu'un tel affront tînt lieu de I^oy pour ceux qui consentent d'ordinaire la desbauche de leurs femmes, elle fit assembler les plus fameuses au fait de culetage, leur conta et raconta leurs différens, et sa résolution la portant du tout au divorce, elles les emboucha avec tant d'animosité, que quand il fust question de comparoir devant le juge, le pauvre Gaultier Garguille demeura avec un pied de nez et deux et deniy de cornes. Tellement qu'après toutes leurs remonstrances de part et d'autre, interrogatoires secrettes à ce subject, rccollemens et confrontations des tesmoins produits de la part de Perrine, conclusions par elles fournies, défenses au contraire (i) de Gaultier Garguille, et le tout veu et considéré, il fut dit : Attendu l'usage, longue jouissance et droits de servitude prescripts pour les bons et agréables services rendus à quelques dcvsbauchez Citoyens de la République, joinct la jouissance, presqu'immémoriale, concédée gratuitement par Gaultier Garguille à Perrine sa femme,, ladite Perrine jouyra plainement et paisiblement des fruicts, revenus et esmolumens de son devant, sans qu'aucun la puisse inquiéter par cy après, à peine de l'amende, tant en demandant qu'en défendant. Défendons audit Gaultier Garguille de la hanter ny fréquenter, si ce n'est avec tout respect et obéissance, comme de valet à maistre. Kt pour l'impudence et les excez par luy commis, l'avons séparé et séparons d'avec ladite Perrine, sa femme, de corps et de biens, comme incapable d'entretenir le faict de couardise; et outre, l'avons condanmé es despens de la présente instance. Ce qui fut prononcé et publié le i^r jour d'Aoust dernier, tandis que les Savetiers prenoient leur bouillon (2).

(i) Contraire, pour contradictoire.

(2) C es sortes de jugements burlescjnes sont assez communs au xv!!*^ siècle. Il en existe en matière bachique, de même qu'en matière galante.

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