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GAULTlER-GAIi(;UILLl::
avantage. Pour le punir de vSa jalousie, un démon s'evSt caché dans la garde-robe et a résolu de lui causer cette frayeur. Admirable et propitiatoire démon ! Le mari croit à sa présence de toute sa crainte suscitée. Il s'agenouille devant l'épouse injustement soupçonnée. Il obtient son pardon, cependant qu'à la faveur de la distraction générale, le galant brenneux court se purifier en un bain d'eau pure et de fleur d'orange.
La farce du Mort offre moins d'incidents stercoraires. Elle roule sur la folie d'un avocat qui, au sortir d'une maladie, se croit mort, n'en veut point démordre, refuse le boire et le manger. Un ami transporte dans la chambre de ce fol un soidisant cadavre enveloppé dans son linceul. Terreur de l'avocat à qui cependant on fait comprendre que ce voisinage est tout naturel. Il l'accepte et se tait. Mais voici que le faux cadavre écarte son vêtement funéraire et éclate d'un rire strident.
— Est-ce la coutume que les morts rient? s'exclame l'avocat éberlué.
On l'en convainc. On lui persuade d'essayer à son tour. Il réclame un miroir pour s'assurer que son propre rire n'CvSt pas illuvsoire. Bientôt le faux cadavre se gorge d'un chapon, engloutit bouteilles sur bouteilles. Telles sont, dit-on au malade, les habitudes des trépassés. Si bien que peu à peu, suivant l'exemple de son compagnon d'outre-tombe, il consent à toucher aux victuailles et, délivré désormais de sa démence, se reprend à goûter le charme de vivre (i).
Ces deux farces, et tant d'autres dont le vSouvenir môme s'est évanoui, suifirent à établir la réputation de Oaulticr-Ciarguille et de ses deux compères. On ne vint bientôt plus à l'Hôtel de Bourgogne (\uv ])()ur les entendre. Ivt ils furent (juasiment. aux yeux du populaire, les dieux de la scène, lorsqu'ils interprétèrent la Farce de la querelle de Gaultier- G ar guille et de Pér-
il) Gaston vSansrcfiis: op. cit., p. 208 et suivantes. I,c sujet de cette farce se retrouve dans T H ypocondre ou le mort amoureux, Paris, 1631, in-40, tragicomédie de^Rotrou jouée en 1630.
rine, sa femme (i). C'CvSt qu'en vérité, le populaire, en cette facétie énorme, sentit revivre son intimité même, l'indépendance et la grossièreté de ses mœurs, et jusqu'à son jargon. On ne peut aujourd'hui évaluer que d'une façon approximative le triomphe de nos comédiens. On peut cependant affirmer qu'il fut spontané et durable. Pom: en assurer la persistance, il semble d'ailleurs qu'ils aient organisé autour de la personnalité énigmatique de Perrine une pubUcité patiente et opiniâtre en même temps que gouailleuse. Gaultier-Garguille consent même à accepter que l'on croie sa femme légitime cette carogne « chatouilleuse au bas du ventre ». Bruscambille, dont il préface les Prédictions, l'y désigne comme « le maquereau » de cette autoritaire femelle (2). Gros-Guillaume, pour adoucir l'humeur de cette dernière et peut-être en obtenir le présent de sa chair molle, lui adresse, en guise d'étrennes, im madrigal dont l'élaboration laisse sa cervelle épuisée (3). Kt Gaultier-Garguille lui parle de son amour en ces termes expressifs :
Quoy, ma Perrine, mon trongnon,
Gautier-Garguille, ton mignon,
Fera-t-il point cricon criquette ?
Ça, foy d'homme, l'humeur m'en prend
Que au hansard de ma brayette
Je mette en deux ton os bertrand.
Sus donc. Amour loge un cartier De mon pilon en son mortier
( i) Avec la sentence dt séparation entre eux rendue. A \'aiigirard, Par aeiou, A l'enseigne des trois raves, i vol. in-12. (Bibl. de l'Arsenal, B. I^., 181 17). M. G. Sansrefus ne paraît pas s'être aperçu que cette farce et celle que Tabarin jouait sur le Pont-Neuf sont exactement identiques. I^e titre seul en est changé.
(2) Prédictions grotesques et récréatives du D^ Bruscambille pour Vannée 1619 où souz mots couverts est traicté des choses de ce temps, 1618. V. aussi, Les bignets du Gros- Guillaume précité.
(3) Les Estrennes du Gros- Guillaume â Perrine, présentées aux dames de Paris et aux amateurs de la vertu. S. D., reproduit dans Foumier : Variétés précité, IV, 229.
COMÉDIEN DE l'hOTEI. IM, HOIJRCf m ,\E o9
Que je trempe en sa lèchefrite, Mon lardon, ou, petitbadin, Permet qu'au fond de sa marmite.
Je fasse crever mon boudin.
Qu'alaigre en caleçons vestu La requette de ma vertu Bricole au jeu de son mérite Rt que d'un air plein de roideur Je pousse six coups tout de suitte Au petit trou de son honneur.
Relançons doncques le j^oujon Par le saint Trépié d'Apollon .Si \w distille mon andouille, Dans son escuelle aux larges bords, Je mourray connue une citrouilKl^a semence dedans le corps (ij.
Or, quelk- est, en réalité, cette Perrine ? A-t-ellr \ r.iiuKiil existé. A en croire le sieur .\uvray, ci- serait une gaillarde pire encore que celle à nous i)résentée par la larce. Cy gist. <lit il, en ré])itaphe fiu'il lui confectionne :
...Qui rlu\ amh.iit (U\s ses plus tendres ans, (Jui fut |).ir un iucuIh' au bercr.iu chevauchét- , Qui. jK'titi-. desja (l'un .s.iU- fiii touchée, Se f;ii>oil rht\ .nului ]).ir 1rs jH'tils rnfan.s
(iLiudi-, rlir\ .lUi li.i tant K-.s prtil.s rt les gr.iUils Que toiisjours à It-iUiTs t>ii l.i trouvait couchéi*. Kntin vieilU mourut, haridi-lle tvorchév:. D'avoir tant cluvauclu- .iu\ \ ilKs it .»u\ ili.iuips
(i) Ativniy: /,* Hanqutt tirs Musts, i(m2, p 2^7. V. aiisHi, ty Ht^sttt dêi Mus4S précité, p 4i.
40 <tAULTIER-(;ARGUILLE
Bref, ceste grand'jument que ICvS aréopages,
Les soldats, les bescheurs, les laquais et les Pages
Mirent jadis au trot, au galop et au pas,
Tourna si dextrement or à droit, or à gauche
Et fit si bien après son infâme trespas
Qu'encore dans l'Knfer un démon la chevauche (j).
Différents auteurs laissent entendre que, contemporaine de Gaultier-Garguille, vivait une actrice portant le nom de Perrine. L'abbé de MaroUes, collégien à cette époque, raconte que, sous la sauvegarde d'un religieux appelé du Lion, il allait fréquemment à l'Hôtel de Bourgogne. « Perrine et Gaultier, ajoute-t-il, estoient des originaux qu'on n'a jamais sceu imiter (2). » Ce passage implique-t-il l'existence d'une véritable Perrine? Implique-t-il davantage la certitude que ladite Perrine fut l'épouse de notre comédien? Assurément non. A notre sens, le rôle de cette guenuche était tout simplement tenu par Gros- Guilaume dont la corpulence favorisait le déguisement en l'une de ces harengères au verbe haut en couleurs que les Mazarinades nous découvriront plus tard. La farce fut donnée vers 1 6 1 5 ou au début de 16 16. A cette date, Gaultier-Garguille n'était pas encore marié. Donc Perrine ne peut en aucune manière être sa femme. En outre, on sait que les personnages féminins étaient alors incarnés par des acteurs masqués et déguisés. De là notre conviction que les larges épaules de Gros -Guillaume reçurent la bordée de quolibets et d'injures dont Perrine fut accablée.
(i) Auvray, Le Banquet des Muses, 1622, p. 60, Epitaphe de Perrine, sonnet. V. aussi, p. 62, A la mesme. Il lui reproche d'avoir fait l'amour avec uu veau.
(2) Abbé de Marojles : Mémoires, t. I, 1656, p. 31.
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LORSQUE, à l'aide de la Farce de la querelle et des autres gaillardises. (faultier-Oarguille eut amené, à l'Hôtel de Bourgogne, une nuiltitude ravie et toujours accrue, il voulut, conjointement à sa renonunée d'acteur tragique et de farceur, se créer une renonunée d'auteur. Il ne sentait pas en lui l'étoffe d'un poète épique, voire même d'un iiiadrigalier. Il s'improvisa donc chansonnier.
Peut-être à aucune autre épotpie la chanson n'a-t-elle connu une floraison si touffue et si éclatante (pi'au xvir' siècle. IClle j)rend trois formes différentes. Ivlle est satiricjue; elle naît sur le Pont-Xeuf ou dans les antichambres de la cour. I^lle est galante, et les alcôves, où des dames maniérées minaudent en écoutant «les douceurs, lui donnent asile. Ivlle est !)achique et les cabarets l'enfantent dans la fumée <lu i>étun. Des recueils nombreux nous restent de ces trois formes. I// genre galant paraît être le plus banal et le plus fade. Le genre satiri(|ue nous t)tïre une matière singuliênnient attachante, car il enregistre, au jour le jour. Ks nuiuis f.iits di- l'histoire et des nuvurs. I\>ur le genre bachi(iue. il m- pnsenlr «l'autre intérêt ([ue celui de nous indicjuer l'intense vitalité de nos ancêtres. Il est. en outre, fort remar<iuable ;ui ]>()int «le vue strictement littéraire.
Or. (laultier C.arguille n'emprunte à aucun de ix*s genres. »Sa chans«)n dérive «le la même inspiration (pie sa farix*. Directement ]>ri.se au fon«ls |îo]>ulaire. i-lK- lui est. avec toute s;i saveur. restituiH.'. Notre conu'dieu ne se pr«.'HKVU|H' pas le moins \\\\ mond«' «II- fairt- «l'iivrr ]>ersonnelle. Ttilisant le pr«K'é<lé (jue
Molière, plus tard, perfectionnera, il choisit en tous lieux son bien et l'accommode aux nécessités de la scène. Le x\T:e siècle chante déjà, avec des variantes, les couplets qu'il apporte transformés. Un volume signe du nom de Malherbe certaines rimes que, sans vergogne, il s'approprie (i). Nous sommes en mesure nous-mêmes d'attribuer à l'abbé de Cérizy quelques autres de ces rimes (2). Corneille nous révèle, en l'une de ses premières pièces, que maints personnages aidèrent notre comédien à grossir son mince bagage de vocalises (3).
ZMais qu'importe tout cela? Telles qu'elles sont, les chansons de Gaultier-Garguille offrent une originalité véritable. Klles ont été, pour la plupart, cueillies aux lèvres des paysans normands, des bergers gascons ou des artisans parisiens. KUes appartiennent au folklore; elles ne sont point de la littérature. On peut, comme le chaste Victor Foumel, s'indigner de leur « obscénité révoltante (4) ». On ne niera point leur caractère populaire et l'intérêt de leiu* langue (5). La musique sur laquelle
(i) Les Doux Entretiens des bonnes compagnies ou le recueil des plus beaux airs à danser, 1634, p. 69.
(2) Bibliothèque nationale, ms. n° 19145, f° 180 V°. Ce ms. attribue la chanson XIX (V. plus loin) à l'abbé de Cerizj'.
(3) Corneille : L' Illusion comique, comédie, 1639, acte I, scène, III, p. 11 :
Il se hazarde mesme à faire des romanis.
Des chansons pour Gaultier, des pointes pour Guillaume.
V. aussi, Songe arrivé à un homme d'importance précité, qui acaise (iaultier-Garguille d'avoir « dérobé ses chansons ».
(4) Victor Foumel : Les Rues du vieux Paris, 1879, p. 440.
(5) Il est certain cjue le mince volume de Gaultier-Garguille ne contient pas la totalité de ses chansons. Tallemant : VI, 330, parle de l'une d'elles, commençant ainsi : La Commère au eu crotté que l'on n'y retrouve point. l)t' même, Dassoucy : Aventures burlesques, t'dit. Colombey, 1876, p. g6, cite la chanson :
Baisez-moy, Julienne.
Jean- Julien, ne puis...
que l'on n'y rencontre pas davantage. De la Borde : Essai sur la musique ancienne et moderne, 1780, IV, 153 ad notam, prétend que notre comédien chantait certaines de ses chansons habillé en femme. Cette opinionn ous paraît quelque peu hasardée. Nous indiquons, plus loin, les reaieils ou ouvrages du temps qui contiennent des couplets ou des refrains de notre
COMÉDIEN DE l'mOTEL DE B0UR<10«1NE '43
elles se chantent ne vient pas, cjnoi qn'on en ait dit. de la source populaire. Il est nécessaire de le bien spécifier pour l'étrangeté du fait. On l'a longtemps et vainement cherchée à cette source. Or el]e fut écrite par des compositeurs contemporains. Nous l'avons partiellement retrf)uvée. Nous la donnons pour la première fois.
Parmi les chansons de Gaultier-Garguille, il est possible d'vn découvTir que l'on comparerait, pour la grâce et la fraîcheur, avec les meilleures de Voiture ou du comte de Maulé\Tier :
Que je me plais soubs votre loy.
Cloris, sitost que je vous voy
Ma joye est sans seconde.
Car vous avez je ne sçay (luoy
Qni charme tout le monde.
Vas desdains me .sont des a])pas ; Vous me fuyez, je suis vos pas;
Votre glace m'enflamme Kt vous serez jusqu'au tres])as
Princesse de imm âme.
Des peines je me niuls vainiiiuur C'est en vain (jue vostre rigueur
Ineessamment m'outrage ; \ ous m'ayt/, bien osté le civur.
Mais iiDii ]).is \v loiir.imv
Je s^ay bien qu'un luy .seulenutil ICst digne d'estre votre amant.
( ) ma tlourr rruelle !
Mais si je taux en vous aymaiit.
.\u moins l.i faute est belK-.
A''«-''WSA«MMW««WMMS^WMS^^MW*^'*w^ii%^<te
imltMir. l*iirmi les ouvniKes iiKHlcnjc», dton.H : IV O. I^ B. W. >)fT f '/'m. girsischf l'olkslttiitr, 18 u. p. 1 «3 et suiNTintcs: «Vourict lop. r . p. i vi et suivantes, etc..
44 <,AULriEIi-<.AR«.UlLLL
Si vous me voyez souspirer, C'est que je ne puis désirer;
Ma gloire est trop petite.
Et mon humeur est d'espérer
Plus que je ne mérite.
\'()ilà, croyons-nous, de quoi satisfaire les esprits délicats oi. faisant profession de délicatesse. La plupart des autres chansons célèbrent, avec une joyeuse liberté, les délices de l'acte sexuel. Ce ne sont partout que culbutes de filles et plantations de cornes. L'humanité, vue par Gaultier-Garguille, n'est pas prête d'être admise aux récompenses extra-terrestres promises par les sermonnaires. Elle goûte ici-bas, sans plus attendre, des paradis certains. Et celle qui fréquente l'Hôtel de Bourgogne ne se soucie guère davantage de l'extra-monde. Peu encline à la religion, rongée par le libertinage, elle raille, dans l'ombre, les vitupérations jésuitiques de père Garasse. C'est pourquoi elle réserve un si bel accueil à notre comédien, lorsque, après la tragédie et la farce, il apparaît sur la scène, la gibecière emplie de couplets. Il les entonne, ces couplets d'un « air et d'un accent si burlesques «, avec de telles grimaces et contorsions, des gestes à ce point significatifs que les paillards, au parterre, se sentent comme stimulés, et les paillardes, comme \'iolées dans leur intimité.
C'est pourquoi, lorsque Sauvai écrit que la chanson de Gaultier-Garguille " a passé en proverbe >\ cela exprime, en même temps que tout un état d'âme, tout im état collectif de trémulation physique, (i)
(i) Tallemant : YIl, 459, nous révèle que les cabarets avaient adopté la chanson de Gaultier-Garguille. « L,e Pailleur, dit-il, avoit un jour chanté une chanson dont la reprise estoit ;
Jamais, en joiu" de nia vie.
Je ne chiray que debout.
« Une suivante qui faisoit la sucrée, au lieu de ce vilain mot dit, en chantant la mesme chanson :
Jamais, en jour de ma vie, Ne le feray que debout, t
4(> (lAULTILlR-GARnUILLE
On s'explique, dèvS lors, cjuele parterre de l'Hôtel, qui consacre le talent des comédiens, ait libéralement donné à Gaultier-Gari^uille sa « grande approbation (i) ». vSaint- Amant (2), à son tour, de même que Colletet (3), la lui donne à grand renfort de rimes admiratives et aussi les faiseurs d'almanachs qui espèrent, en plaçant, en tête de leurs livrets, son portrait et ceux de Gros- (Tuillaume et Turlupin, leur acquérir une clientèle plus forte (4). Bruscambille lui dédie, pour lui montrer en quelle estime il le tient, le meilleur de vSes paradoxes (5).
Le trio badin qu'il forme jusqu'à la mort avec (Tros-Guillaume et Turlupin entre, désormais, délibérément dans la gloire. Pour lancer leurs pamphlets politiques, les satiriques se servent du nom magique de Gros-Guillaume (6). Pour accommoder les procès imaginaires dont ils tirent une maigre subsistance, des plumitifs obscurs supposent l'arbitrage de Gaultier-Garguille. Tantôt, et probablement sans même en être averti, notre homme rend une sentence en faveur des femmes de Paris attaquées par les Caquets de r Accouchée (7). Tantôt, il intervient, à titre d'avocat, au procès de quatre « chicaneurs « dont l'un est aveugle, l'autre boiteux, le troisième châtré et le quatrième bossu (8).
(i) Songe arrivé à un homme d' importance précité.
(2) Saint- Amant : Œuvres, cdit. lyivet, I, 226.
(3) François Colletet : Juvénal burlesque, 1657, p. 2.
(4) Songe arrivé à un homme W importance précité.
(5) Facécieuses paradoxes du D^ Bruscambille, précité, p. i, Paradoxe sur la Prison.
(6) Advis du Gros- Guillaume sur les affaires de ce temps avec une remonstrance à messieurs qui se meslent de tout, 161 9.
(7) La Sentence par corps. Obtenue par plusieurs femmes de Paris contre les Caquets de l'Accouchée, 1622. I^ sentence commence ainsi : « A tous ceux cjui ces présentes lettres verront, Gautier-Garguille, gentilhomme ordinaire de sa chambre et garde de la place de l'Isle du Palais, à Paris, sur la requeste, etc.. »
(8) La Caribarye des Artisans ou recueil nouveau des plus agréables chansons, vieilles et nouvelles, propres pour les gens de mestier et autres, S. D., p. 117 et suivantes. V. aussi, Response de Gaultier-Garguille aux révélations de nuiistre Guillaume, 1622. V. encore, Le Testament de Pierre du Puy, ensem-
COMEDIEN DE L IIOTEI. I>E HOURKOGNK 1/
'1 oui cela iiiarciiK- (juelle est sa popularité. Et cette popularité s'étend bientôt au delà du tliéàtre. Peut-être, par l'entremise de
hle les légats faits par luy aux nouveaux tnariez qui auront demeuré la premiète année ensemble sans se fascher, 1619, pièce où il est question de Gaultier et de Bruscambille. Nous devons, en outre, publier ici un extrait d'une longue poésie inédite qui présente de l'intérêt pour l'histoire de rilûtel d<- HourROgne et que contient le ms n" 559 f° 90 de la Bibliothèque de Besançon :
Écoute, Malefas, il faut c^ue je te die
fjue tu nous dois la farce après la comédie...
r,e sort, encore un coup, te rappelle au théiitre ;
Ton visage, blanchi de farine et de piastre
l'cra rire bien-tost le noble et le bourgeois ;
Tes sangles, ton béguin et ta dag\ic de l)ois.
Tes deux poulces piissez dans ta double ceint mk
Donneront du plaisir à toute la nature.
<2uc l'on trouvera bon de voir ton demi-froc
Couvert d'un bonnet rouge et de plumes de e«K| '
De voir ton corps de cote et ta fe.sse embourre»
Dancer la bergumusque ou la vieille bourrée !
Pu .seras la nourrice ou l'enfant au maillot,
Tu feras compagnon de ce brave Guillot
l',t ta voix ridicule avec ta grosse trongnc
l'"era doubler le prj.v à l'Hostel de Ikuirgongtir.
lyCS dessins de Hardy, Cluize, Beys ou Pichou
Ne peuvent près du tien valoir un tron de chiMi.
lyC meilleur brodr(iuiu d'.Mgnan ou de I^ii Porte
N'estoit (lu'une .s;ivate et k-ur nm.se estoit morte.
Il n'est rien de fKireil à tes doctes chan.soiis;
je regrette desjà le temps <iue nous jxissons
l 'rivez de la douceur tpie nous promet la .scène
tjuaiid la Mti.-^e voudra .sf redoimer la jx-n ne
De ti- feiiidii- amolli eu.\ dt- la In-lle Alizon
Qu'il t'en reste le mal ou bien la guérison.
Que tu p.i.«sses innir laid ou bicti jKnir agréable,
'Hi nous .seras tou.sjours e.sgallement aiiiuiblc.
(^le tu f;i.s.ses le jeune t)u le vieillard tremblant,
On ne verra jjIus rien «lui vmlle Heau.Kcnibhiiit.
Retirez- vous d'icy, l^racus^c et Hellerosc,
Allez porter bien loin vos vers et voslre prose,
Enmienez Turliipin eljtoiis les Jodelets,
Vous n'aurez plus d'argi-iit <|iie des moindres vallels.
Vous n'aurez plus In-soiiig de jKirtcrre et de logrs.
Malefius ne va point a>nuni.ssaire i\ I,imogrs !
Pui.S(ju'un si Ixin acteur .se remet au mestier.
Il vaudra, luy tout seul, et GuilUiume, et iniutier...
liAULTIER-GARiiUILLE
Nicolas Perrot d'Ablaiicourt, pénctre-t-il dans le iiioiule et jusqu'à l'hôtel de Condé. Nicolas Perrot d'Ablancourt n'est pas encore le grave traducteur auquel l'Académie française ouvrira ses portes, mais un adolescent capricant que le duc d'Knghien et les petits-maîtres. Coligny, La Moussaye, Toulongeon, Roquelaure, admettent à leurs débauches. Il joue, il boit, il pourchasse les filles. S'il sort de la Pomme de Pin, c'est pour batifoler en la chambre commune des comédiens. La tendresse qu'il porte à son oncle, le président Perrot, et le souci de sa dignité l'empêchent seuls de chauSvSer l'escarpin de farceur. Mais, à la vérité, il ne se plaît qu'à la farce. Soit devant M"^e i^ Princesse, soit dans sa propre famille, il organise constamment des spectacles où il tient à la fois plusieurs rôles. Gaultier-Garguille n'a point d'ami plus sincère. A toute heure, il le vient quérir pour manger et pour boire. Il s'est fait confectionner un habit semblable au sien. Et, après les libations, il le défie sur son propre terrain comique. Tous deux « font assaut de pantalonnades ». Et souvent Gaultier-Garguille surpasse avec difficulté son émule.
]\Iais il ne lui en veut point d'empiéter sur son domahie. Car Nicolas Perrot contribue puissamment à répandre ses mérites dans la société. Un jour môme, il décide la présidente l^errot à donner à son cercle, après la représentation d'une pastorale de Racan, le divertissement d'une farce inscrite au répertoire de l'Hôtel de Bourgogne. Lui-même y singera Gaultier- (larguille. Et l'on voit, pour la première fois peut-être, de hautes (lames, des conseillers au Parlement, d'altiers gentilshommes endosser les costumes ])iltorcs(iues des comédiennes et des farceurs ( i ) .
I^t assurément, ayant lontemplé les inntateurs. la société veut bientôt connaître les originaux. Or, i"onime les « honnêtes gens )) n'osent pas encore riscjuer àl'Hôtel de Bourgogne leurs brocards et leurs plumets, force leur est de convoquer à domicile
(i) Talleiuaiit : V. 20 et suivantes, 26 çt suivautes; Œuvres diverses de M. Patru, 1735, II, 533 et suivantes. ^,
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50 <:AUI/riER-<;Al{(iUILLE
Gaultier-Garguille ut ses camarades. De là, pour ceux-ci, une existence mondaine tout à fait inattendue. Gaston d'Orléans qui, durant sa vie de dépravation et de couardise, n'éprouve jamais l'appréhension de profaner sa dignité d'Altesse royale, les invite des premiers à jouer en son palais (i). Puis I^ouis XII I lui-même, qui manifesta toujours un goût très vif pour la comédie et la farce (2), se décide à les convier au L/Ouvre (3). Ceci d'ailleurs ne présente rien que de très naturel. Depuis longtemps, en effet, la troupe de l'Hôtel porte le titre de troupe royale.
Néanmoins l'applaudissement de I^ouis XIII profite singulièrement à Gaultier-Garguille. I^es salons et les alcôves s'ouvrent aUvSsi volontiers à l'homme dont la conversation s'émaille de maintes finesses qu'à l'histrion illustre. Il danse des ballets non sans quelque maladresse dont on le raille, car cette danse
(i) Bibliothèque de V Arsenal, nis. n° 4208, Trésorerie générale des maisons et finances de M'^^ frère unique du Roy pour l'année commencée le premier janvier 1626 et finie le dernier jour de décembre aïidit an, f* 199, v". « A Robert Guérin, dit I^ P'ieur, et Jean Valliot, comédiens, tant pour eux (|ne leurs compagnons, la somme de deux mil deux cens soixante quatorze livres, à eux aussy ordonné par niondit seigneur par ses lettres pattenles du XXIX*-* octobre 1626, sçavoir onze cens livres à eux données et dix neuf cens livres pour treize jours qu'ils ont séjourné à Chantilly à raison de cent dix livres par jour, laquelle somme leur a esté paye par leur quittance du quatriesme novembre audit an. » Y. aussi, f° 214: « A Robert Guérin, dict I,a Fleur, corne dien, la somme de sept vingt dix livres à luy ordonnée par ordonnance dudit seigneur duc du 27^ octobre 1627 d mt S. A. luy a faict don. Ainsy que contient ladicte ord )nnance cy-rendue avec sa (luiltance du 2(f desdits mois et an. »
(2) Journal de Jean Heroard, (.'dit. .Soulié et de Barthélémy, 1868, I, 382, 3^3» 384; II, 70, 79, 80, 91, 112, 169; Malherbe: (Euvres, édit. des Gr. ïvcriv., III, 358, A M . de Peiresc.
(3) Facécieuses paradoxes du Z)"" Rruscambille précité, p. 10. « Pour moy, dit Bru.scambille à Gaultier, si j'avois eu l'honneur de me frotter l'eschine aux pilliers du I/nivre, comme vous, seigneur Gaultier-Garguille, mon aniy. » V. aussi La Rencontre de Gault ier- (kir gnille avec Tabarin en l'autre monde. Et les entretiens qu'ils ont eu dans les Champs- El izées sur les nouveautéz de ce temps, 1634. « Ht quand ce ne seroit, dit Tabarin, que par ton beau, judicieux, et naïf esprit, tu ;is eu l'hoîmenr de domier du contentcincnt an plus grand roy du monde. »
COMEDIKN I>E I.IIOTEl. DM rJOLKG'K.NE '1
(leniande davantage d'eiirytliniie que de cette élasticité si» iniesciue à laquelle ses membres si* sont habitués (i). On le fête, on le cajole. l'n poète, demeuré anonyme, probablement Philippe de Moudor, considérant peut-être avec envi».- ks ])références que lui marquent les dames lassées de la tendresse fade des nmguets, écrit :
(iaultier aura l'honneur que les plus belles dames Emprunteront ses vers pour descrire leurs flannnes.
Et le Dieu des neuf sœurs .\])pren(lra ses chansons pour donner des oracles,
Car leurs charmes et leurs douceurs, X'ont que- tro]) de pouvoir pour faire des miracles.
^^ais la jalousie poétique exerce à tort son ironie contre Caultier-(",arguille. ( laultier-Crarguille ne- ])rélend ])as davantage à devenir l'un de ces plumets que l'on a])ervoit frétillant aux Tuileries ou au Cours (lu'un ])()ête de ruelle. Il tient à garder sa belle sim])Iicité ])ar (juoi il touche, émeut et enllannne l'àme ])o])ulaire. Ivn (•()m])agiii(.- de (Guillaume de Bautru. comti- de Si-rranl, bouffon di- lour dont les ])his dédaigneux seign.-urs K-douti nt k-s lingiantes plaisanteries, il jx-rsitle les « blondins • habillés de « tt)ile d'or » auxfiuels on le voudrait assimiler; il Margut- ks écriva.^siers dont les rimes sont plus froidi-s t\\\v la
Itt .i\ 1 t 1 1- ij'lin ri H\\ . t qui
l'Vroient mmu Us lu-morroïdes .\ <|ui Niu tonliiroit k- eu.
l'U il m- si- luoiitrt- pas ])lus iu«lulgent à l'égard des péronnelles
(i) .VoMfrtiM Recueil des />/ii\ belUs po^sits... 1654, p .70, Fonr GmuUierliitrf,uilU damant en un liallet. avec Simonnrtte, Ff>tgramme :
Simonnetie rU de mes pas.
Si faut'il pourtant quelU crovê Que xi mon faible iaret plove rou\ me\ membres ne pl>\ent p,i>.
rt2 (;Ani,Tir,R-(iARr,niî,i,R
artificieuses qui l'invitent à être avec elle.s du « parti dCvS petit.s coins », espérant tâter quelque jour de sa roide virilité. lyeur maniérisme l'exaspère et aussi leur façon d'obscurcir, à l'aide d'inextricables périphrases, la douce franchise des mots. Et lorsque l'une d'elles formule, un jour, plus nettement son vœu d'être priée d'amour, il lui adresse ce madrigal dérisoire :
Si le vibrequin de vos yeux
N'eust CvStocadé, furieux,
L<e vieux palletot de mon âme,
IvC serrurier de ma douleur
Ne vous ouvrirait pas (Madame),
I,a fauconnerie de mon cœur.
Que j'aurai de plaisir un jour Quand, le fourgon de mon amour Raclant le four de vos délices, I^e Boulanger de mes désirs Cuira du feu de vos blandices lyC pain de mes menus plaisirs.
Si mon dodrental bracquemart Fourbissoit v^ostre jacquemar, 'l'ost seroit expiré mon charme, Kt le toxain de mes langueurs Ne donnerait jamais l'alarme Au régiment de vos rigueurs.
Quoy? Faut-il que le tire-fond De vos vertus culbute au fond Les ca.semates de ma vie ?
Ksclatterez-vous jour et nuit Pu pétard de vostre furie Le tape-cu de mon déduit.^
Si tost que sur le Pont-levis De vos beautez, rouler je fis
( OMÉDIEN r>l. I "hOTKL DE HOURr.OGNE O^
La iiiachùi* de ma constance, lyC canonnier de chasteté Me promit de battre à outrance Ive parapet de vos beauté/ (i).
(i) Auvray : Le Banquet des Muses, 1O22. p. J47; Le Dessert des Muses ou les Délices de la satyre ^allante, vS. D., p. 4 j.
POUR (juc (iaultier-Garguille manifeste une telle impertinence à l'égard d'une dame qui, selon les mœurs du temps, fait beaucoup d'honneur à son infamie de comédien, il faut qu'il ne se soucie guère de la face mondaine de sa vie. C'est qu'en vérité notre homme ne se sent point les coudées franches en une société où l'on «se cache pour s'enivrer et où l'on fait l'amour secrètement tout en affichant de beaux prhicipes et de la pruderie. Il apprécie particulièrement la loyauté en toutes matières et assume volontiers la responsabilité de ses actes.
C'est pourquoi son affectivité s'oriente surtout vers les individus qui, à son exemple, ne se voilent point d'hypocrisie. Bien qu'il dirige le sort d'une troupe rivale établie au Marais, il visite fréquennnent Guillaume des Gilberts, sieur de Mondory, dont il goûte la conversation excellente et le génie tragique. Bt lorsqu'il n'étudie point en son domicile, il se dirige vers le Pont- Neuf où bat le cœur de Paris. Là, quand ils ont achevé leurs parades burlesques, vendu leurs pommades et leurs baumes, il accompagne, dans leurs promenades, Philippe de Mondor et Tabarin.
A le voir chenmiant en shnple équipage de bourgeois, nul ne se douterait qu'il coudoie l'illustre farceur Gaultier-Garguille. Kt il goûte doucement la paix de cet incognito. Elle lui permet de se rendre, chaque jour, sans* trouble, chez la jouvencelle charmante dont il rêve de faire son épouse. Bile s'appelle Aliénor ou Léonor Salomon. Bile est fille d'un maître ceinturier
coMi:i>iKN dt: l iiotki. m; roijRGo«;\i; r»5
à (jui son roniiiicrcc rapporta (juelcpics sacs d'écus. Fij^iirc (.'ffacéc. ])rofil à jamais perdu. On n'a ])our ainsi dire rien écrit sur elle et son existence ne nous est signalée que par ({ueUpies actes d'état civil. II nous est permis cependant de penser que notre comédien la rechercha autant pour sa beauté et .ses qualités morales que pour sa dot. Il l'épousa vers 1620.
Kt une fois encore Gaultier-Garguille fut victime de la légende. rromi)és par Sauvai qui dit cette adolescente fille de Tabarin. ses biographes s'higénièrent à établir sur des é(juivo(jues cette filiation (i), Jal surtout contribua à propager les erreurs (21. 11 eut en mains toutes les pièces nécessaires pour établir qur Tabarin était le frère de Mondor et s'appelait Antoine (îirard. 11 passa à côté de la vérité avec une opiniâtreté aveugle. r<>ur lui. Tabarin fut Jean Salomon. D'un indifférent, il fit. nudgré ks afiîrmations contraires des contemporains, le beau-i)ère <U' (iaultier-Ciarguille. Fournier, repassant ses d(K'uments. com nKn(,"a à entrevoir la réalité, mais sans certitude (3). Nous avons ailkurs établi dune manière formelle cette certitude (4). Aliénor vSalonion ne i)iut être en aucune fa(,H>n la filK- dWii loiiie Cirard. Ivlle n'est liée à lui par aucun lieu de parenté. Nous la croyons cependant nièce de .son frère Philippe (»irard. dit rhilii)pe de Mondor (jui. à notre sens. é])ousa la steur du maître ceinturier Jean vSalomon. (5).
' i) M. (ijistoti .Sîui.srcfiis : op. cit., p. 110 et siiivuiitcs, sur la foi de Sitiival, cl dr Jal, a hAti, do toutes pkkxs. un chapitre cou.s.icrc au uuiriaKt* di- «iaultiiT-C.arK'uilU' qui fst d'un Im)uI ;\ ratilti- rrronr.
{2) Jal : Dutîonmttre cntujuf prc-citc, art. (iu^tié, Motuinr, I ahann.
(\) l'ouruii-r: /.<• Vh^iUre frunnns au xvi" et au xvn* sUcle, S. 1)., p. 2i>». V. aussi 1.' l nier mthl taire des Chercheurs.., 1877, p. 551.
(4) D'apn^s tirs acti'S inédits tins di" la /lift/. nai.Cit: " <'., t. 03,
fo j,,, yo. ,jj fo ^^^ y jiotrc volunu*. le PI usant .ibh, ', i»)»),
p. .)•) rt .suivantrs.
(s) I.r nou) de la fcnuni- dr riiilippi- de .Mond >r ne nous a ptosctc tninsnti> N«)us établissons rh>p ithésc ci-dfïWu.H sur ce fait «|Uo les pl^x^s du tcn«p« MU (lent dius la l>ouehi- dr <iaultier-("tari;uille i|uai«d il parle d'.Vntoiue r.ii.nd ces nmts : • n«)stre elu-r aniy et alli»- I.iKuin ». .ilors «jue l«)is<pril p irle do IMulippe (tirard elles lui f«int dire : « mon oncle Mond »r ». V. Les Révéltittons de l'ntnhre de <iiiu'ht,'r (iarf^uiUe uouvelUmetU appitru au (*ro<- Owii-
Farceurs .
P'Nnlure anonyme. (
! Il Al un S.
Il lMiiiii|tic |i;ii le* liya.H Ititin
r)8 (iALLTlER-GAIlGUILLE
Ouoi qu'il vu soit, Gaiiltier-Garguille paraît être fort licurcnix m ménage. Il a perdu le goût des orgies de cabaret et son tempérament ardent s'est apaisé. « Il est le premier, dit Tallemant, qui connnença à vivre mi peu plus règlement. » Son exemple entraîne Gros-Guillaume et Turlupin qui, mariés à leur tour, consentent à refréner, l'im son ivrognerie, et l'autre sa luxure (i ). Les trois ménages vivent dans une étroite intimité, au point de cohabiter parfois en iin même logis (2).
(raultier-Garguille qui « aime chastement sa femme », s'en montre quelque peu jaloux (3). Il ne veut point qu'elle monte sur le théâtre. Il sait trop que les comédiennes souffrent de « demandes indiscrettes » et que leur chambres « ouvertes à chacun » sont des repaires de galanterie. Il a entendu les « iuipertmences » des godelureaux qui les assiègent et leurs conversations de bagatelles. Il a souventes fois maudit ces fâcheux qui se font, en expectative de récompenses délicieuses, humbles et soumis, tenant les miroirs, attachant les nœuds des galants, poudrant les cheveux, posant sur les gorges roses les mouches aguichantes (4).
]Vime Guéru ne connaîtra donc point l'ivresse dés applaudisse-
laume, son bon amy, sur le théâtre de l'Hostel de Bourgogne, contenant toutes les affaires de Vautre monde, 1634; Songe arrivé à un homme d' importance prccitc. Nous verrons que, dans la suite, la femme de notre comédien vit dans le château de Mondor davantage à titre de parente que d'amie.
(i) vSauval nous apprend que Gros-Guillainne se maria sur le tard et que Turlupin eut successivement deux épouses. Tous deux laissèrent des enfants. I^i fille de Gros- Guillaume monta sur le théâtre de même que la deuxième femme de Turlupin cjui épousa le comédien d'Orgemont. Jal : op. cit., art. Legrand, nous donne le nom de l'une des femmes de Turlupin : Marie Durant, la date de son mariage : 3 août 1629, et le détail de sa postérité. Il le pare bénévolement d'un titre de commissaire de l'artillerie de l'rance dont très l^robablement cet histrion serait le premier à sourire.
(2) Ce détail nous est révélé par "le Songe arrivé à un homme d' importance l>récité. I^a cohabitation est cependant plutôt indiciuéc entre ( ".aultier-Gar- L:uille et Gros-Guillaume. Pour Turlupin, dit Tallclnant : VII, 170, « renchérissîint sur la modestie de Gaultier-Gargtiille, il meubla une chambre fort proprement ». Il habitait rue du Pctit-I^ion.
(3) Le Testament de feu Gaultier- Garguille ptC-ciic ; Gougenot : op. cit., p'. 7^.
(4) G. de Saidery : op. cit., p. 12.
coMEiMKN ni: L iioti;ï. ni: ROURr,o«;Ni. «y
monts populnircs. Issu'? d'une Ivourgeoisic aisée et décente, elle demeurera })()urgeoise. D'ailleurs, les occupations ménagères ne lui manquent point. Chez son père, Jean Salomon, elle met au monde, en 1623, une fille, Victoire, que Vittoria Kianca. danseuse italienne, femme d'Antoine Girard, tient sur les fonds baptismaux (i).
l'A succesvsivement quatre autres enfants animent la maiscui joyeuse du comédien (2). Ivcs actes de baptême de ces enfants indi(|uent en (juelle agréable sympathie (Taultier-Ciarguille et sa fennne tiennent Philippe de Mondor et Tabarin. Ces derniers et leurs éjjouses acceptent successivement les parrainages (pion leur offre. A débiter des gaillardises et à i)lacer leurs panactt-s. ils ont amassé une ronde fortune (pii leur a jH-rmis d'acheter, dans le C.âtinais. à Chantecoq. v.u important manoir où ils re|)osent leur imagination frénétique.
C'est en ce manoir, reconstruit par les deux frères, environnr de verdures et d'eaux, qu'Aliénor Salomon va, en 1^)25, faire ses couches (3). Elle y séjourne longtemps, entourée d'affection.
(Il Jal : (//> cit., art. lab.trin. Ia" baptême dite du 2f> janvit-r. I.r parrain fut Aiitcjinc de Uirche, .scijiiiciir de St-Maud^ conseiller du r- •-:. liml< nuit j^éiKtal, civil et criminel au iKiillia^e du l^alais.
(.:) Jal: o;>. cit., art. Tabarin, donne les actes de Uipuiiu- ii< .M.um iKipli.M'f ;\ S;iint-lCustachc le iS mai i(u7. I*umiin. Philippe de M«»nd<»r; marraine, Marie Roste, fenune de rran«,Tjis Chiistillon, m;utre chinirjiieu; de Ji-an, baptisé à Siiint-lùistache le 21 août i6,jS. I»;irrain, Jean S;»l«)nj«»n, sieur de l'réty; nmrraine, MarRiieritc l*avin, femme de M. Bonnet, maître ihiruryien. I^i Sicotii^re: o^. cit., p 45. donne, ;\ .son tour, l'acte de Thilippc, l»iplis;à S;unt-S;iuveur le 27 septembre i(»32. l'-.irraiu, iMiilipix- de Mondor; marraine, Nict>lle Ctassot, femme de Pierre le Mi"ssier. sieur de licUeroac. La i'arce de ( oUn dans Recueil de plusieurs farces tant anciei%nes que modernes, itn2, pri-cité, p. -14 et le.«< Facédeuses paradoxes du /)' BrusaimbtUe, 1615, précité, p. 0^. parlent d'une fille et d'un lils de ('.aultier-r.arKniille. Mais à rejHMine où CCS onvraj^es furent oonji>«>sés notre o>nu'<lien n'étiut jvis mari^.
(\i D' l.e Paulnner: Mundor et labttrm seigneurs fèiniaux, 1SS4. p o. doime l'acte, e.xlr.iil des registres de CliiuilccvKi. de l'mnv^is. Uipti»* K- -:s avril lOis. Parrain. Antoine Ginud (Tnl«rinh marraine, Mnreurritr de Hn-sn» , frnune de M. de la CiUid. Aliénor Sj«1 t. durant v ^i'^ir.
elle-mènu- marraine d'un enfant. I,e !>' l.e Pau iivant. .Mir luliutite
de TaUirin. les dires dejal, a accnmulé en cet opuscule, tnS imiwrlanl innir la biographie du Imtelenr. une infinité d'errrtirs.
60 r.AUlTIER-GAROriLLE
l'ii ])r(>hahleiiiciil rc .séjour et ceux que des papiens d'état civil ne signalent point coïncident avec les promenades en province de (Taultier-Garguille. Car l'Hôtel de Bourgogne, à la belle saison, perdant ses spectateurs ordinaires, quitte la capitale. Tantôt la troupe entière s'installe à Rouen, au Jeu de paume des Deux-Maures (i), tantôt ses membres se séparent et cherchent isolément leur subsistance (2).
vSi. connue on le prétend, les Tracas de la foire du Pré appartiennent à (Taultier-Garguille, cette pièce fut composée durant l'une de ses incursions en Normandie. Qu'il ait voulu s'y représenter lui-même sous le nom de l'Homme de Paille, nous en doutons fort. Il n'avait, en 1626, date que l'on donne ordinairement à cette rimaille curieuse, aucun intérêt à se cacher sous mi pseudonyme. La cé'ébrité lui était venue. Il pouvait hanter la foire du Pré à titre ce spectateur, point à titre de bateleur public. Rien d'ailleurs dans ce que l'Homme de Paille dit de lui-même ne correspond à ce que nous connaissons de la biographie de notre comédien.
Iv'âge a communiqué à Gaultier-Garguille la pondération et le mariage la dignité austère. Il CvSt soucieux de ses devoirs. S'il se permet parfois d'oublier le théâtre et de se distraire, ses divertissements prennent un caractère qui l'ennoblit singulièrement. Nous le voyons, en effet, sur la fin de sa vie, préoccupé de numismatique, collectionnant des monnaies anciennes et rares que Gaston d'Orléans, également numismate, lui achète pour en embellir son cabinet (3).
(i) Facecieuses paradoxes du D"" Bruscambille, précité, nous la montre, à Rouen, en 1615. J.-E. Bouteiller: Hist. complète et méthodique des théâtres de Rouen, 1860, I, 4, nous spécifie que les comédiens s'installaient au Jeu de paume des Deux-Maures à ciuse de sa situation avantageuse.
(2) C'est ainsi que Gros-Guillaume joua, à Blois, en 1618, devant la reine Marie de Médicis en exil. V. Bibl. nat., Cinq cents Colbert, t. 92, f 187; 94, fo 235 et notre volume, Le Plaisant Abbé de Boisrobert, 1909, p. 49.
(3) Bibliothèque de V Arsenal, ms. n® 4208, Trésorerie générale des maisons et finances de A/" frère unique du roy, précité, {° 216. « A Fléchelles, ditGatiltier-Gargixillc, comédien du roy, la somme de cent cinquante livres à luy
(iuillot Gorju, iOmcJu'ti ,ic l liiUcl Je /ion r;:of: wiv D'après jnu« oslainj'O <l«' lliin-l (Bil»lJ<>lhi'i|iM« Nalinniile)
6'2 GAULTIER-GARGI.ILLE
Propriétaire d'une petite inaisoii située près de la porte Montmartre, il ne s'occupe guère plus de la direction de l'Hôtel de Btnirgogne que Bellerose a prise à sa charge. Il se contente d'y apporter, chaque jour, sa triple contribution de comique, de farceur et de chansonnier. Ainsi, dans la sérénité de l'amour conjugal et du labeur, passent ses dernières années. Quasiment au vSeuil du tombeau, il joue la Comédie des comédiens de Gougenot. Puis il disparaît à peu près totalement de la scène. Tourmenté par une « incommodité de voix », contractée au cours d'un voyage à Compiègne, il songe à réunir, pour les léguer à la postérité, ses chansons les plus piquantes. S' adressant aux curieux qui chérissent la scène françoise, il explique d'ailleurs lui-même de cette manière son dessein :
« Voyant qu'il ne m'estoit plus possible d'entonner l'air de mes agréables chansons, je me suis advisé de les faire imprimer, afin d'avoir le plaisir, ou de les ouyr chanter devant nioy par d'autres, ou bien, les lisant, de les marmotter moy-mesme en basse notte ».
Son recueil, avec l'approbation de Gros-Guillaume et de Turlupin, accompagné de poésies liminaires dont l'une peut être attribuée à Monder, paraît au début de 1632. Peu après, ayant recouvré la disposition de sa « gargamelle enrouée », Gaultier- Garguille, sollicité par un public qui ne se résigne pas aisément à se priver de l'un de ses anmseurs favoris, reprend quelque temps encore sa tâche.
]Mais il sent que ces rentrées le fatiguent et que son heure est venue de quitter les gloires de ce monde. Déjà Tabarin et sa femme Vittoria Bianca sont partis pour de meilleures contrées et Mondor n'est plus qu'une oml:)re indécise. Il proteste vainement contre l'importune défluction qui le « tient au cul et aux chausses (i) ». Protestation superflue. Bientôt le rire qu'il vou-
ordonnées par ordonnance du 8 décembre 1626 pour des médailles antiques (|u'il a vendues audict seigneur. »
(i) Le Testament de feu Gaultier- Car suille i>rC-cïiC\
(ju.MKDii:.\ i)i; i/noTi:i, dk HOUR<.o<iNE r)3
(Irait retenir s'éteint sur ses lèvTes l^lêniies. Et son corps, transjK)rté en les caveaux de l'église Saint -Sauveur, en sera, plus tard, rejeté pour rentrer dans ranonynuit de la fosse commune (I).
On souhaiterait qu'avec Gaultier-Ckirguille mourussent siniul tanénient Gros-(Tuillaume et Turlupin. C'est une grande calamité (jue ceux-ci survivent à l'autre. Ils sont désormais deux cori)s sans âme. Et cela cause une telle pitié fju'il s'est trouvé des liistoriens résolus à prêter à la providence leur propre sentiment de justice. Ces historiens se sont donc ingéniés à parer d'une dernière légende la mort de l'incomparable trio. Selon leur imagination, (Tros-CUiillaume. certain jour, chargé de faire la ])ara(le, devant la ])()rte de l'Hôtel, s'avi.sa de contrefaire la grimace familière d'un magi.'.trat puissant. Le peuple s'en gau.ssa 1 1 cela suffit j)()ur (pie la justice (jffen.sée envoyât le facétieux ])irs()nnage à la < boîte aux cailUnix ». Traité aussi durement ('.rosCuillaunu' uv tarda point à tré])a.sser. I*H la doukiir i-ni- ])(»rta ]HU a])rés ses deux amis (j).
( )ii m- ]HUt malheureu.sement tenir ])()ur vériilicpie cette aiufdoto. Car après le déi'ès (K- ('.aultier-( larguille. (rros-Guillaume. geignant et donnant tu s])ectacle .ses douleurs risil)les de gravekux tient encore un rôle d'orfèNTe en une jnéce : /.a Foire Saint- Germa ni, décorév-. «lit uiu- .sorti- «le pn)gramuu- des phjs ex(iui.ses p'.'inturrs i\r l'iandres (3) ». Si'S compagnons
(i) Pijiani<»rdc la Force: Destrifuinr, mst ti< 1,1 ■< :iii .i< / .«/.v. l,<>^, III, 3H4. Il fut rntrrrè \v 10 d^vrmhrc 10^.3.
(.:) n<MKlur d'Arvs'i.s: op. ut.; Fr. Farfaicl : 0^. ri/.. IV. 2<S. Inutile de dire que M. (la.stou Siiusrefus adopte cette légende ounmc pu-»»le diAniUKile. malgré les doutes de iMUiriiier, Ictiucl, lui-mCrac, en tétc de »tm Mition des Chmsuns dt (iauUi(r-(iar^uillf, iS^.S. a t'^rit une introduction fourmillante d'rtirurs. l/ne epilaphe. parue i\ ré|x»<|ue de Ui mort d<' uos trois fanvtjrs. a certainement proMxmé la mepri.ne des lust<»rien.«». i;ile contient, en effet.
Mais 1*1 mori »n une semât nr Fit d tous tnm trouver Itut fin.
(?) L'ouictiut, ,ifs jourK gras ou VentreHen du Carnautl, M» m II meurt cependant peu aprOs, bien que Ict» IWKils €t fitucietnts rtmonirti d* iinnfittet
(>4 GAULTIKR-GARGUILLE
déplorent que la maladie l'empêche de retrouver l'entrain d'autrefois. Kt lorsque, exténué, presqu' agonisant, il apparaît sur la scène, l'un d'eux, peut-être Guillot-Gorju, qui remplace Gaultier-Garguille pour la chanson, s'écrie, désespéré :
Hélas ! Guillaume,
Te lairras-tu mourir? (i)
Mais le triste entrepaillé sait bien qu'on ne combat point avec avantage la camarde. Bientôt il laisse Turlupin seul pour témoigner qu'il fut ici-bas ami sincère et farceur émérite. Et celui-ci, désorienté désormais, l'âme emplie de mélancolie et de regrets, résiste encore deux années et s'évanouit à son tour ayant perdu jusqu'à l'habitude de rire (2).
Les veuves des trois comédiens ne semblent pas désireuses de conserver longtemps le souvenir de leurs époux. M''® Guérii, notannnent, se retire bientôt, avec ses enfants, à Sées, où Gaultier-Garguille possédait quelques biens de famille, et s'y remarie avec rni gentilhomme normand, Tsaac de Chabert, sieur du Mesnil, lequel, avant de «songer aux épousailles, lui avait fait l'amour (3).
et de Guillot-Gorgen, son maistre, S. D. (1635) contiennent .son approbation et celle de Gaultier-Garguille. Une autre pièce, en effet, nou.s signale sa uKjrt vers la fin de 1634. V. Le Testament du Gros- Guillaume et sa rencontre avec Gaultier-Garguille en Vautre monde, 1634. V. également, Les Visions admirables du pèlerin du Parnasse, 1635, précité, où l'on trouve cette mention : « Gros-Guillaume d'heureuse mémoire. »
(i) Rabelais : Œuvres, édit. de Marsy, 1752. Prologue du livre IV.
(2) On ne connaît pas exactement la date de sa mort. I^e 10 septembre 1635, il paraît au bail que les confrères de la Passion signent avec les comédiens du roi. V. Soulié: op. cit. En 1636, le 26 octobre, il est témoin au mariage de Bertrand Hardouin de Saint- Jacques, dit Guillot-Gorju, et de Gabrielle le Messier, sœur de Bellero.se. V. Archives nationales, Y 177, Contrat de mariage de Guillot-Gorju, et Emile Campardon : Les Comédiens du roi de la troupe française pendant les deux derniers siècles, 1879, p. 123. En 1637, il est mort, comme nous le montre La Rencontre de Turlupin en Vautre monde avec Gauthier- Garguille et le Gros- Guillaume pvéciiv.
(3) L,a Sicotière : op. cit., p. 51 et s., donne des renseignements .sur l'existence postérieure de M"^ (îuéru et sur les alliances des enfants de
I» ipr. s niif r»lampi< ,\v Ilm-cl (Hililinllioqiic Nali«in.il«>)
66 GAULTIER-GARCiUILLE
Néanmoins Gaultier-Garguille et ses compagnons ne s'en allèrent pas obscurément de ce monde. Mille plumes s'exercèrent à leur attribuer des testaments et à raconter leurs ébats dans les régions infernales (i). I^e fin BeUvSerade, ami de la gaieté, et qui les apprécia alors que, collégien, il convoitait la Bellerose aux cheveux d'or, ne dédaigna point d'écrire leur épitaphe (2). Kt Grillet, émailleur de la reine, ayant avec eux longtemps bu, baguenaudé et bavardé, crut de son devoir de tracer à son tour quelques rimes sur leur mausolée :
Passant, ry, pleure et dégobille
Sur ce vénérable tombeau :
Turlupin, Guillaume et Garguille
N'ont point de théâtre plus beau...
Si cent reprouvez pour rançon
D'une seule de leurs grimaces
Ou bien de leur moindre chanson
Pouvoient estre mis en leurs places,
Je les donnerois volontiers .
Et tous les esleus du Royaume
Pour faire revenir Gautier,
Et Turlupin et Gros-Guillaume (3).
Gaultier-Garguille. V. aussi, Chennevières-Pointel : Historiettes baguenaudières, 1845, p. 105 et suivantes, Mademoiselle Guéru. Celle-ci enterra son second mari et mourut à 86 ans, en 1687, à Hodeng-Hodenger, village normand.
(i) Nous avons cité toutes ces pièces. V, encore, V Entrée de Gaultier-Garguille en Vautre monde. Poème satyrique, 1635.
(2) Cette épitaphe est fort connue :
Gautier, Guillaume et Turlupin Qui mettaient le monde en liesse, etc.. Elle a pani en premier lieu dans Les Plaisirs de la poésie galante, gaillarde et amoureuse, s. à.., p. 241. Elle est attribuée à Bcnserade par le ms. n° 19145, £"52 (Bibliothèque nationale). V. aussi, Bibliothèque de V Arsenal, ms. Conrart, t. XVIII in 4*' p. 50.
(3) Grillet: La Beauté des plus belles dames de la Cour... 1648, p. 264. V. aussi, sur nos trois farceurs, Desaugiers, de Rcuc;emont et Dmnersan : 'furlupin ou les comédiens au xvi« siècle. Comédie anecdote en un acte, mêlée
COMKDIEN I)i; l'hOTEL DE BOURGOGNE <»7
Vainement essaya-t-on de donner à ces derniers des remplaçants pour retenir à l'Hôtel de Bourgogne la foule admirative qu'ils y attirèrent. Goguelu ne fit point oublier Gros-Guillaume et Gringalet Turlupin. Quant à (Tuillot-Grorju, sous la défroque de Gaultier-Garguille, il s'évertua inutilement à égaler son modèle. Peut-être sent-il l'inanité de son effort lorsfju'il écrit, cherchant lui-même à s'illusionner : i II faut céder au temps; il n'épargnera ny Gaultier, ny Garguille. I^es mignardises amoureuses de Ik'llerose, les grimaces à bâtons roni])us du (iros- Guillaume, les subtiles rencontres de TurlujMii. la réputation de Mondory... ne sçauroient les sauver des griffes du Temps; ils ont beau dilaïer et user d'échapatoire, et déchirer sa juridiction, il (.11 fera quelque jour gorge-chaude... (i) »
Or. en réalité, le Temps a fait gorge-chaude de (iuillot-Gorju. mais point de Gaultier-Garguille. Gaultier-(iarguille mort, la farce déserte la scène. On ne la retrouve guère plus (ju'à la foire et sur le Pont-Neuf, dépenaillée, agonisante. I/Illustn.' théâtre, sous la direction de Molière, la ressuscite un instant ni ]>rovince. -Mais les traditions en .sont à (kiiii égarées. C'est sa dernière l)ali)itati<)n de vie.
Ivt la chanson elle-même prend une autre physionomie. I/.* Savoyard, non i)lus (pie le (laillard boiteux et tant d'autres, installés au iiiitaii di- Paris, nr s'iiKjuiéteront de recueillir les c()ii])Kts ])<>piilairis. .\ la gaillardisr naïve succédera la gaillar- (lisf cyni(HU'. La luuititiKlf (jui i brsoiii, pour ègaviT s«)n tr.i vail ou ])()iir oublier .sa srivitiuK-, dv rvthnu-s .illègres et <le cadiiiccs bcrccii.scs. st- trausimttra direitemenl de lèvres à oreilles les chants (jm- lui com]H>.scrout i)<>ètes et musiciens de carrefour. IvlK- ne rencontrera ])lus un homme ca]».ibU- d'être
de cou put a, iS«»S; .\drirn 1 >to>\ii«llr : la ManncUf ou U th^Atrt df la faut, (omédie en un acte e*% vtrs, 1848. M. Chcvai.«*: GauUirr-diirgutUr, c»niédic S. I).
(i) Rfcuetl des puces du temps ou divertissement curteux pour ch4tsser Lt mHiiuiolte et faire passer le temps agréablement. Contenant vingt ptiC4S buri«(/w« et facdieusts, lOS.s, /'i< l'emps.
son âme musicale et son verbe. Béranger, quoi qu'on en ai dit, n'est qu'un chansonnier bourgeois. Ce brave homme, dénué de sens esthétique, bénéficia d'un engouement passager. Cinquante ans après sa mort son œuvre ne sollicite plus les hommes que par son intérêt historique. Après deux siècles et demi, Gaultier- Garguille, au contraire, charme encore les lettrés. Bt nous sonnnes convaincus que, malgré leur archaïsme, ses chansons, reprises sur un théâtre en plein air, susciteraient une admiration collective.
Kmii,e Magne.
Août 1910.