‹ Gaultier-Garguille, comédien de l'Hotel de BourgogneChapitre 3 sur 32 · I . AULTILR-rTARGUILLE · texte numérisé non relu

I . AULTILR-rTARGUILLE

des Cocus et de l' utilité des cornes ou encore le Prologue du Cul ( i ).

Est-ce à dire que notre hérOvS se contente d'être, avec élégance, un roi de tragédie ? Point. Le hasard lui a confectionné un physique merveilleusement constitué pour la farce. Il offre, sur des jambes sèches et agiles, un corps squelettique, d'une souplesse incomparable, des bras pareils à des ailes de moulin à vent (jue terminent des mains aux doigts osseux, im vLsage bourgeonné où ^i^Tognerie a laissé ses stigmates (2). Il plie ce corps fantomatique à toutes les exigences. Les jointures en sont quasiment désarticulées. Il soulïre de ne pouvoir en utiHser l'élasticité aux mouvements hiératiques de la tragédie. Et c'est pourquoi, un beau jour, il imagine de s'en servir pour captiver le rire dont les troupes italiennes, rivales des comédiens du roy, détiennent la suprématie. A l'exemple des Scaramouche et de tous les bateleurs que Rome ou Milan éduquèrent en bouiïonnerie, il cultivera désormais la lieur éclatante de la farce.

vSans doute l'a-t-il déjà quelque peu cultivée. Alexandre Hardy, l'auteur fécond que l'Hôtel de Bourgogne stipendie pour en obtenir chaque mois une pièce nouvelle, exerça sa plume en cette matière. Mais ce sont plutôt Gros-Guillaume et Turluphi qui, soit au théâtre, vSoit, en carnaval, sur les tréteaux des Halles, on a.ssurent le succès (3).

(r) Prologues tant, sérieux que facecicux précités, p. 118, 121, 132.

(2) Le testament de feu (iautier-Garguille précité; Songe arrivé à un hommr (V importance précité; Sauvai : op. cit., III, 37. T<cs portraits peints, dessinés ou gravés de notre héros sont nombreux. Nous les publions en ce volume. Sur ces portraits, V. Revue de Bretagne et de Vendée, 1874, 1^^ sem., p. 89 et suivantes, 193 et suivantes, 312 et suivantes; 2<' sem., p. 16 et suivantes, 125 et suivantes, 309 et suivantes; R. Delorme, Le Musée de la comédie française, 1878, p. 57 et suivantes; Le Moliériste, 1879-1880, p. 227 et suivantes; G. Monval: Les Collections de la comédie française, 1897, n° 150, 193. 233; Le Magasin pittoresque, 1834, p. 163; Abécédario de P. J. Mariette, t. V^, 1858-1859, art. Rousselet; Galerie théâtrale ou collection de portraits en pied des principaux acteurs des trois premiers théâtres de la capitale, S. I). t. I, etc.

(3) Fr. Parfaict : op. cit., W, p. 254, nous ont conserve mic Parce plaisante et récréative jciucc par (iros-Ciuillauinc et Turlupin. Ia's deux compères sont aussi rci)rcsentés sur le frontispice d'une autre farce : Parce du marié qu'ils

COMEDIKN DF. KJIOTIf. l»E BOURriOGNL: '/

Dvpuis longU'inps déjà Hugues Ciuéru entretient une anutié, fjue les épreuves eonnnunes confortèrent avec (rros-t^uillaunie et Turlupin. Il acconi])a^ne le premier parmi les cabarets où il se j^orge de vin et le second parmi les groupes de chambrières où il moissonne les délectations de la chair. Peut-être a-t-il c( nnu (iros-( Guillaume au cours de ses vagabondages en Normandie (i). Cette futaille connnent,'a à s'emplir de cidre avant de s'emplir de vin. A en croire Sauvai, (rros-Cruillaume aurait tout d'abord exercé la profession de boulanger. Cela n'indique ])oint une prédisposition au théâtre. De là. dans tous les cas. lui reste la coutume de se fariner le visage, à moins que la fréquentation des comédiens italiens ne la lui ait conununiciuée. Il conserve, à coup sûr, de son ancienne profession, un goût de débauches crapuleuses. « Pour être de bonne humeur, dit-on. il faut (pi'il ait grenouillé et bu chopine avec son compère le savetier dans (lueUpie cabaret borgne. > Son àme étant >« basse et ranq)ante » et son « entretien grossier ». il ne trouve guère à lulbuter <|ue des drôlesses. C'est un a.ssez piètre goujat (2).

Nèaiiuioins. tii (|ucl(jUf endroit (|u'il ])as.se, il est imp;)Ssiblo de ne le point remar(|uer. In ventre ])r(Mligieux le signale à l'attention publiciue. Jadis Silène en ])os.séda un semblable, mais Silène est un personnage mytliologi<iue. Pins tard M Mitfleury

• limiit JMiiri nitn ii.iorl i(>is. \'. Ititalof^uf lif Iti hihtii>thi</iit tintPtuitiiiut' lit- M. iii- Solcitinr. iSj <, t. I. p. i'»S; |S.|4, t. \'.. -'"' p.ul. j). i«x» N«ius d'»ii- Moiis wuv rc'prodiulion tW ce lrt»nti-*pice. IViit-èlre Imi it^'re Sahni-itfr lutiitt, i>iiVe (1 )iii K- te.xtc ne lions est pis p (rveiui et <|uc nii'Mtiiinnc //Oll• . rr/M/T </«•% /iiurv i^rus prOcité. est-elle également nue farce. • Vous y eu.ssii/ \eii, lit-on, tlnillaume le Ciros. d ms une l)nuti<pie d'orfcHre. appr^-ster a rir». i tout le niondf. »

(i) Lfs liif^nds du itros-dutllaumc prix'ité; Songt arrivé à un h.',„t„id' importance précité, luwiircnt l'origine nunnaiulL* de (îrutt-t^uilUunie

(1) Smival : o/), cit.. III, 38; Fr. I*nrfiiict : op. cit., IV, a3ft; Boucher d'Ar^is : X'anHis hist., phvs. e! lUt., ou Rechercha ifun Scaviint, 17^2. i'*i>arl. I». M.|; rik:uniol tle la lM»rce : Description hist. de la ville de Pans, 170s. III, iX.s; I,euia/uriei : Galerie hi.st. de^ acteurs franfais, iSxo, I, jj; iKUirtel : •/>. et/., i8i I. I. ."part, p. 147 et «uix-untc!»; Jul : />ic/. crû., 1872, art. (inéritt', l.orct : Muse /us/ . du ;, avril if>(»o. \'. t-pdeinent totis li'^ onvr.i}ijes rcUatif.s .1 ^îaulticr-iiarguillc i|ue nous av*ins cili-s et *|uc lums citerons

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pourra en cette matière lardée lui être seul, avec avantage, coni])aré. Ses jambes courtes peinent à traîner cette bedaine difforme qui les précède en tous lieux de quelques minutes. Et jamais l'on n'eût supposé qu'une panse à ce point phénoménale pût servir à un homme autrement qu'à lui procurer des avanies. Elle ne gêne pourtant en aucune façon Gros-Guillaume. Il l'exhibe sous des accoutrements divers à la tragédie (i). Elle lui est, à la farce, d'une secours immense. Il la revêt d'une casaque volante et de chausses bariolées, il la bride, en haut et en bas, d'une double ceinture qui en souligne l'exagération obvScène. Dès lors, le visage blanchi de farine, auréolé d'un bonnet rouge, un coutelas au flanc, il fomente le rire dès qu'il se présente. Il est une caricature d'humanité, une sorte de gnome hideux sorti de l'imagination fantasque des conteurs (2). Il n'a d'ailleurs pas « l'esprit aussi gros que le corps » (3). S'il place au-dessus de tous les parfums du monde celui de la soupe aux choux (4), cela montre le matérialisme de cet esprit et aussi sa naïveté. Car c'est prmcipalement en une naïveté énorme, accompagnée d'un galhnatias de paroles, qu'il consiste. A voir sa contenance burlesque, à entendre vSon verbiage absurbe, le public déjà « s'esbouffe » de rire. Par centaines, au dire d'un écrivain, les régions infernales hospitalisent les filles mortes de joie en le contemplant et qui conservent à jamais la bouche fendue jusqu'aux oreilles (5). Saint- Amant, juge souverain en ces questions, l'estime digne d'une mention en ses poèmes (6).

(i) Il jouait la tragédie sous le nom de I^ Fleur.

(2) Sur son physicjue et son costume, V. Sauvai : III, 38; LeTestamenl de Gaultier Garguille précité; La Rencontre du Gros- Gnillaione et de Gautier Garguille en Vautre monde, S. D.

(3) Les Chansons folastres des comédiens recueillies par l'un d'eux, i.l mises au jour en faveur des enfants de Ici Bande joyeuse pour leur servir de remède préservatif contre les tristes ditz M elancholicomorboaf flatos, 1637, IMécc liminaire.

(4) tW)ugenot : oh. cit., p. 43.

(5) Le Testament de GauL'ier- Garguille précité; Songe arrivé à un homme d' importance précité. V. au.ssi, Tallcmant : VII, 177; Gougenot : op. cit., p. 13.

(6) Saint- Amant : Œuvres, édit. Ijvet, I. 165, 226.

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30 r.AUr.TIER-OARGOFT.Li:

Pierre Cost ir, chanoine dn Mans, donx sodomitc et biberon plein d'expérience, admire sa supériorité en matière de cocasserie (i), Balzac confesse que personne ne contrefit avec tant de vérité la marche chaloupante de l'ivrogne, l'accent et le geste du Gascon (2). De fait, pour sa dilection, Henri IV le conviait à jouer devant lui et tous les bravaches qui accompagnèrent sa marche guerrière sur Paris, la Farce du Gascon (3).

Cet homme bizarren'est pas, autant qu'on pourrait le supposer, dénué de prestige. Un instant même on peut imaginer qu'il dirige les destinées de l'Hôtel de Bourgogne (4). Cette autorité vient de ce qu'avec Turlupin il contribue puissamment à la fortune du théâtre. On ne sait, d'ailleurs, par suite de quelles occurrences obscures les deux hommes s'assemblèrent pour exploiter en commun le domaine de la farce. Car Turlupin est. en toutes manières, l'antithèse de Gros-Guillaume. Grand, bien fait, visage agréable, nimbé d'une chevelure d'or, à peine déguisé, connue Brignelle l'Italien auquel il emprunte .son mateau court et son large pantalon, il est le prototype des valets comiques dont Molière soulignera la matoivSerie. Un poète nous le montre, en effet, laquais d'un vieillard amoureux et déplorant cette folie sénile en termes .succulents.

Et, si Turlupin se désespère de cette passion funeste, ce n'est })oint parce qu'elle nuit à la Ijonne renommée de son maître, mais uniquement parce qu'elle le ruine et que, par suite, la

(i) Lettres de M. Cost.ir, 1638. T. 643: « A M. de Balzac. « J'ay veu son vent, dit-il, feu Gros-Guillaume, de plaisante et de ridicule mémoire, rire de sa farine et en couvrir tout le casaquin de Gautier ».

(2) f.es Entretiens de feu M. de Balzac, 1657, p. 424. V. aussi, dans le même ouvrage, p. 13 3 et 425 où il est cjuestion de Tiulupin, Bniscambille et Valéran

(3) Tallemant : I, 38.

(4) Les Exercices de ce temps. Contenant plusieurs satyres contre les mauvaises mœurs... 1631 (attribué à Courval-Sonnet), p. 82. Un passage de la satire : Le débauché laisserait entendre que Gros-(iuillaume est le chi-f d^> lu troupe. Nous le voyons, en outre, cité dans tous les actes ccjuceruanl la vie^du théâtre, actes publiés par Eudore Soulié.

COMKDIEX l»r, I.'llOTT'I. \)\: HOrRr.OflNF. .11

(■iiisiiU'(lomesti(iiK* s'en rcssc-nl. Or, 'riirlii])in littit spécialeiiK-iit. vu Ci' monde, à se lester l'estoniac de iiR-ts savoureux. C'est ])()ur(iuoi, il s'écrie :

Fy d'Amour, vive la cuisine !

Vivent les pots ! \'ivent les plats !

Andouilles, gogues. cervelats, Vive la chair, vive la sou])e Et vive l'Amour {}uand je sou]>e !

Car, vivre toujours sans soucv.

Avoir le ventre bien farcy De salmigondis, de salades.

De jambons et de carbonnades.

l\i boire sec connue un sapin »Sont les amours <le 'rurlu])in (iV

\'A\ vérité. If sieur .\uvr;iy (|ui uut ces j);ir(»Ks il.ins la bouche de Turlupin semble buii mal K- coniiaitre. C.ir, si k- bonhoumuvt)lontiers s'em])itïre. au cabaret des Trois Maillets, vis-à-vis (le ( iros-( luillaume. lela ne le détourne point «le l'ourtiser les lennnes. Il n'est, au contraire, t rousseur de lottes plus exjKrl à <lix lieues à la ronde. Les <l«)cuments contemporains l'attestent. l",t (i(|lU- les lemnus i.^oilt«Ilt iMl lui, c'est preciseUlelll avec UU teuiperanuiit «le matou ce <|ui tait sou excellence à la tragé<lie, c'est-à-dire son élégance (2), et ce (|ui t-oustitue sa ))refmmeuce à la farce, c'i'st àdire sa faconde intarissable.

(liiintl nitusttc Mlihorou. ttntfiiii r/f trisirssi'.

(i) Aiivriix : I y lintujuet dfs Mu^fs, lOai, p. 11 ) .«unis le tllrr: (irottuifuf^ tmagttiuttons tir l utluf>it\ sur U\ titpumrs de \oh maisttr. K(-|»ri di it dans l.f hcssert des Muses o;/ le\ delues de la satvfe >'olt<it\te, S. D , p. i.s. .S4»ijs le litrr : I es Amours de lurlufun

(-:) 11 jomiil la tr;ij,;nlie sous s«in nom lie Mellcvillc. liiniclirt ilAr»,:!-. oft. cit., p. Si}, prétend, nous ne siivunsd'apri^!)i{nol t(4noiKnaKT\ »|n'n s'appi lait, dv sim vérital)l«- ni>m Mi>\\erl et n«.ii llrnrv I.r>frand Cela rsl «lenie

l);ll liiiix If-siT'ii"! (•< .111 1 lli-lil il illf*<

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ainsi le désigne un pasquil. Il s'est composé un « répertoire de souple.sses et de gentillesses, de ruses, inventions, subtilités, éciuivoques, feintes et persua.sions, toutes propres et nécessaires aux ])raticpies d'amour » et connaît « le moyen qu'il faut pour «.'sniouvoir, pour retenir, pour eschauffer et pour refroidir une âme capable d'amour ». C'est pourquoi, résumant le sentiment des femmes, l'acteur Bellerose s'écriera : « Turlupin est bien des plus gentils garçons qui se peuvent rencontrer pour le théâtre (i). » Et un anonyme ne trouvera pas de signature meilleure que la sienne pour accélérer la vente d'une élucubration galante intitulée : Le Tocsin des filles d'amour (2).

On conçoit aisément, connaissant Gros-Guillaume et vTurlupin, dans leur esprit et dans leur physique, que Hugues Guéru, désireux de s'essayer à la farce, les ait ardennuent voulus pour

(i) Gougenot : op. cit., p. 22 et suivantes.

(2) Paris. Joseph Boiiillevot, 1608, publiée dans lu niriiicr : Variétés hist . et Lift., t. II, 1833. p. 265. V. au.ssi, d'ICsternod : L'Espadon satyrique, 1619, 1626 et 1680, p. 40 :

Si jamais V Antéchrist arrive Il naistra, dit-on, d'une J uive.

D'une nonnain, d'un Turlupin.

Sur 'l'uiii.ipiii, \'. également Boileau, Art poétique, chant II. i|ui l'envisage ;i\i'c mépris :

Toutefois, à la cour, les Turlupins restèrent. Insipides plaisants, bouffons infortunés, D'un jeu de mots grossier partisans surannés.

Les Bignets du Gros- Guillaume précité; Le Testament de Gautier- GarguiUc' précité; Tallemant : VII, 170; Le Tableau du gouvernement de MM. les cardinaux Richelieu et Mazarin... 1693 et 1694, P- 6; Sauvai : III, 36; Boucher d'Argis : p. 503; Fr. Parfaict : IV, 240; Piganiol de la Force : III, 384: De Beauchamps: Recherches sur les théâtres de France, i735, P- 92 ; Gonriet : I, 2^ part, p. 149 et suivantes; I^emaznrier : I, 24 et suivantes; Jal : Dict. crit., qui le pare avec peu d'apparence de raison du titre de commissaire de l'artillerie; Foumier : Le Théâtre français au xvi^ et au xvu*^ siècle, S. D.. p. 282, etc. ..Il est question aussi de Turlupin — mais est-ce vraiment le nôtre? — dans les ouvrages suivants : Harangue de Turlupin le Souffreteux,

1615; Tragédie des enfants malheureux de nature de Turlupin où l'on voit les fortunes dudit Turlupin, te ménage d'entre luy et la Houlonoise et autres

milli' plaisantes joyeusetez qui trompent la morne oisiveté, .S. I)., par \'ille-

Toustain.

1» Hpifs iiiio ««•.lHin|ir «le lliir.t (llililiollif |ii,' Nati.ui.iiv

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partenaires. 11 forme entre eux une «sorte de trait d'union, partageant leurs propensions respectives à la débauche, pouvant, à sa fantaisie, égaler la naïveté grotesque de l'im et surpasser la souplesse de l'autre. L'entente, entre les trois compères, se fait sans difficulté d'ailleurs.

Tout d'abord Hugues Guéru adopte pour se désigner, sous son avatar de farceur, un nom qui CvSt, par devant le populaire, synonyme de folie, Gaultier, qui veut dire bon vivant, joyeux drôle, Garguille, gros gourmand, belle et fine gueule. C'est accoupler les deux symboles qui peuvent le mieux «séduire la plèbe agglomérée au parterre.

Puis, il songe à son costume. Il couvre son visage d'une c!alotte noire à aigrette blanche et d'un masque à chevelure grise et barbe pointue. D'énormes lunettes sans verres chevauchent le nez pustuleux en carton. Le pourpoint et les chausses de frise noire soulignent les angles du corps maigre. Les bras s'agitent en des manches de pourpre ratine de Florence et les pieds, chaussés d'escarpins noirs, se démènent. A la ceinture pendent une dague inoffensive et une gibecière. Une main brandit mi livre et l'autre im bâton (i).

Ainsi transformé, méconnaissable, Hugues Guéru apparaît im jour, entre Gros-Guillaume et Turlupin, sur la scène de l'Hôtel de Bourgogne. Et dès lors c'est la fortune asstu^ée du théâtre. Tantôt représentant un vieillard, tantôt un maître d'école et le plus souvent un tonitruant cocu, Gaultier-Garguille, dès qu'il montre son faciès liideux, provoque l'explosion des rires. Il ne tarde pas à surpasser en extraordinaires inventions ses deux acolytes qui le secondent merveilleusement. Chacune de leurs exhibitions devient un triomphe. Le plus souvent ils imaginent de toutes pièces les farces qu'ils interprètent. Le fonds de gauloiserie des vieux conteurs leur fournit des thènies

(i) Le Testament de feu GauUier- Garguille précité; Songe arrivé à un homme d'importance précité; La Rencontre de Gros- Guillaume et de Gaultier- Garguille précité; Sauvai : op. cit., III, 37.

co\iéi)If:n de i/hotii. i>i: HouR<;oGNfc; 35

variés de liouffonneric. Mais ils enipruntent surtout à l'actualité. Ils iniprovivSent avec une aisance surprenante. Gras-(»uillaunie, pédant et sentencieux, à la façon des Hortensius, des (irangier. des Jourdain que recèlent les collèges et la société l)()urgeoise, 'rurlujMU, facétieux, impertinent, voleur, distribuant ou recevant les volées de bois vert, intermédiaire entre le maître (ionin dautrefois, le Mascarille, le Scapin et le Figaro à venir.

I/CS farces dont se délecta la canaille de l'Hôtel de- Bourgogne ne furent point, en général, jugées dignes de l'impression. I .a Malle de Gaultier, Le Cadet de Champagne. Tire la corde, j'ay 1(1 larpe, sont autant de titres de ces pièces éphémères dont le sujet ne ncnis est pas resté (i). Du moins, le canevas du Uetraut 1 1 du Mort et le texte de la h'arce de la (/nerelle de Caulticr- (iargiiille et de Perrinc, sa fcnnuc, jx'uvent nous touriiir uu lèmoignage du goi'it ])iil)lic à cette é])<)(iue.

Le Retraict, c'est l'éternelle lnst()ire de cocuagc avec quelques è])is(Mles inattendus. T'n galant est ()ccu])é. auprès d'une d;imr à déliiieusement ])lanler cornes, l()rs(iue survient K- mari. Atïole , ne sachant où .se flissiuuiler, il avi.se, ])ar bonheur, le retraict on garde-robe. Il s'y introduit tout entier sans i)ouvoir i-epi-udant y loger sa tète (pii émerge à la hauteur <hi siège. Il attetid avec angoisse, le moment favorable ])()ur sortir de cette posi lion ])itoyable. Or, taudis (pi'il voue aux gémonies le cocu ni.i lencoutreux, teluici. j)()ussé par \\\\v inviui'ible colicjue. m terrompt ses ébats conjugaux j)our une délivrance délicieu.se . llardinient il s'exérute. à croupetons, désiriux «le soulager .sou mal. lors(|u'uiU' voix désespérée rinteipelle. lvj)ouvauté, il .se retourne, aperi^oit le visage tienteux (|ui. tout à la fois, le maudit et se désole. 11 s'enfuit, et. réfugié auprès de son épou.se, lui demande compte de cette apparition iutem])estive. Mai.s l'autre, aidée de son valet connivent. tourne l'atïaire à son

(ï) lui Krno>ntrf df Vurlupin en l'autre tnondt priorité lunia le» siKHiilc. \'. aus.si /../ Remontre de (iroa-duilfiuone et ./<• (iaultierdarcHtile prtVitr. On y trouve nuiiliou d'une autre farce intitulée Ct^ès «lui est innit-itie. au dire de «lueUiues auteurs, l,e Ravissement de Ptoserpint de Hardy.

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