‹ GavarniChapitre 1 sur 12 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

Nous avons aimé , admiré Gavarni.

Nous avons beaucoup vécu avec lui. Pendant de longues armées, nous avons été presque la seule intimité du misanthrope . Il éprouvait pour le plus jeune de nous deux une sorte d' affection paternelle ; et la solitude du Point-du-Jour s'ouvrait à notre visite avec cet aimable mot d'accueil : (( Mes enfants j vous êtes la joie de ma maison. »

Ce sont, dans leur vagabondage libre et leur franche expansion , les causeries, les confidences de cette intimité que nous donnons ici. Ce sont des journées entières passées ensemble , des soirées oh nous nous attardions , oublieux de l'heure et de la dernière gondole de Versailles; ce sont les

Il PRKFACE.

Icuti's et successives rcliouviiillcs d'un passé revenant à Gavarni dit coin dr son feu, ou (Ui détour d'une allée dr son jardin, — une hiocjraphie , pour ainsi dire parlée , — oii la parole du causeur, de ilioimne qui se raconte , est notée avec la fidélité d'un sténographe.

Le fils de Gavarni , Pierre Gavarni , (pie nous ne saurions assez remercier , a complété jiotre travail sur la vie de son père par la communication entière de ses papiers. Il nous a confié ses fragments de mémoires , ses carnets , ses notules, ses récits de voyages, ses cahiers de mathématique au parchemin graissé et noirci par une compulsation continue, et où la littérature écrite à rebours se mêle aux X , — eîifin les feuilles votantes qui livrent des épisodes de son existence.

Gavarni, en effet, fut toujours très-écrivassier de ses impressions, de ses sensations , de ses aventures psychologiques , et, sauf les dernières années de sa vieillesse, où le philosophe ne formule plus sur ses journaux que des pensées , foute sa vie , il l'a écrite.

Nous trouvons, jeté sur un mauvais morceau

PRÉFACE. m

de papier, avec le désordre d'une note : « // me rnanciiie le premier volume de ma vie d'enfant J'ai presque tout le reste en portefeuille J'aimerais qu'on écrivit sans esprit.

On ne s'écrit pas , on s'imprime. »

Le soir oh il écrivait cela , Gavarni avait près de lui une maîtresse d'ancienne date; et, pour se tenir compagnie , il avait tiré d'un tiroir secret (( un petit livre rouge, à coins usés, usés, usés n .

Le volume laissé sur la table de nuit, il se faisait par avance une joie , sa maîtresse couchée et endormie , de se plonger dans le petit livre rouge (( avec recueillement , solennité , religion » .

// y avait déjà quelque temps qu'il entendait, sans y prendre garde , crier du papier derrière lui , quand il se retourna.

Elle en avait fait des papillotes. . . C'étaient deux années de sa vie.

Donc il y a des années de la vie de Gavarni dont les femmes ont fait des papillotes, il y a encore des années égarées et perdues; mais, malgré ces petits nfialheurs, nul artiste jusqu'ici ,

,v PRÉrACE.

rroyous-iious, n'<i Idissi' sur lui-wêmc nulnnt dr

docunifufs (lue (jinuirui .

IJ avi'c l'/nrofDin et l'inédit de ces documenis aulheuti<jHes et sincères, nous essayons aujourd'hui, dans ce livre, de faire connaître à la France son fjrand peintre de mœurs.

ED:\I0ND & JULES DE GO>COUin .

Aitteuil, janvier 1870.

Guillaume-Sulpice Chevallier {sic), qui devait se faire connaître sous le nom populaire de Gavarni, est né le 21 nivôse an XII (13 janvier 1804), rue des Vieilles-Haudriettes, n° 5, dans la maison du chaudronnier, à l'enseigne de Sainte Opportune. Il naît ainsi dans une rue du vieux cœur de Paris.

Il est de sang bourguignon , d'une famille de tonneliers-vignerons, que les actes nous montrent établis dès 1727 au iNIont-Saint-Sulpice , entre Auxerre et Joigny, dans le pays qui avait déjà donné au Paris du dix-huitième siècle le peintre de mœurs Rétif de la Bretonne.

Son père (1), Sulpice Chevallier, né en janvier 1745, veuf d'une première femme du nom de Nicole Aubry, avait près de soixante ans lorsque ce

(1) Fils de Louis Chevallier et d'Aune Titey.

Page 1