‹ Gavarni; étudeChapitre 7 sur 14 · Edmond et Jules de Concourt, p · texte numérisé non relu

Edmond et Jules de Concourt, p

ter. Ses dessins obtenaient un succès immense; les éditeurs commençaient à venir à lui et ambitionnaient Thonneur de mettre leur nom au bas de quelques lithographies dues au crayon du maître à la mode. Le Musée des familles et V Artiste publiaient fréquemment des dessins ou des lithographies signés de lui. Il ne se bornait plus à être un simple dessinateur de modes, un inventeur de costumes, il ne lui suffisait plus de diriger le goût des hommes et des femmes pour leurs ajustements, son ambition avait peu à peu grandi 5 il aspirait à devenir un peintre de mœurs, et, presque du premier coup, il atteignit le but auquel il visait. Tout en continuant de collaborer aux journaux de mode qui paraissaient de son temps, il s'exerçait dans un genre qu'il n'avait pas encore abordé. Il débutait à V Artiste, en 183 1, par une scène empruntée à la Peau de chagrin, de Balzac : le docteur Planchette explique à Raphaël la théorie de la presse hydraulique, lithographie fine et harmonieuse qui accuse déjà l'aptitude de Gavarni à exprimer la pantomime des personnages en scène; l'année suivante il entre en pied dans le jour-

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nal, et après ilntri^^nic, deux Icmmcs déguisées et masquées parlant à l'oreille d'un homme en habit noir Tort préoccupé des révélations qui lui sont faites ; après Li Mascarade, les Apprêts pour le bal; après //;/ ILil à la Chaiisse'e-d'Atitni, une des rares planches dans lesquelles Gavarni ait peint la bourgeoisie aisée, il puise le motif d'une composition dans un roman d'Henri Berthoud, la Sœur de lait dit Vicaire, ou il choisit dans une nouvelle d'un romancier bien oublié, Paqiiita, par Hector de Laferrière, un épisode particulier qui lui permet de montrer une fois de plus la finesse de son crayon et la justesse de ses interprétations. Les premiers volumes du journal V Artiste sont remplis de charmantes lithographies de Gavarni qui avoisinent des oeuvres analogues, signées des noms de Decamps, des Johannot, de Charlet et de Devéria. Tous les dessinateurs de talent étaient appelés par Ricourt, le directeur d'alors, à concourir au succès de ce recueil, et les planches de Gavarni étaient goûtées au moins à l'égal de celles de ses confrères. Jusqu'à la fin de sa vie, Gavarni contiiuia à envoyer de temps en temps à /'.Ir/Zs/c quelques

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dessins. Jamais il n'y travailla avec autant d'assuidité que pendant les années 1832 et 1833.

A cette même époque il fît paraître les Nouveaux Travestissements, les charmantes

ctiides d\')ifj)ils ' qui marquent le véritable point de départ de son très-réel talent de lithographe, et une série de planches qui étaient coloriées à la main avec un soin particulier et qu'il intitulait : J^hysionomic de la population de Paris. Balzac fit à cette série l'honneur d'un article sympathique dans un journal du temps. Ces deux hommes, Gavarni et Balzac, étaient du reste bien faits pour se comprendre et bien faits pour s'apprécier mutuellement. Voués par goût à l'étude de la société au milieu de laquelle ils vivaient, possédant au suprême degré cette faculté d'analyse qui les poussait à ne rester indifférents à aucun des événements qui se passaient sous leurs yeux, ayant tous deux à leur service un moyen également puissant, la plume et le crayon, d'exprimer leur pensée, ils pouvaient

I. Etudes d'enfants dédiées à Raimond Lagarrigue, peintre, professeur à l'école de Tarbes, par Gavarni, 1834. Paris, chez Gihaut frères. Ces lithograpliies, qui portent la date de 1834, étaient terminées en 1833, car elles furent déposées par l'imprimeur au ministère de l'intérieur le 4 décembre de cette année. Gavarni a lithographie deux fois le portrait de Raimond Lagarrigue, un ami qu'il avait connu aux Pyrénées. Le premier porte la date de 1841, le second la date de 184a.

se rendre de mutuels services, s'entr'aider dans la campagne sociale qu'ils avaient entreprise presque simultanément, et dès lors l'opinion que chacun de ces hommes a exprimée sur l'autre est précieuse à rapporter : « Balzac a fait de belles choses, dit Gavarni ^, on ne pourra guère pousser plus loin la vigueur de l'analyse. Son œuvre, composé d'imagination et d'intuition, est une grande œuvre. » « Le secret de Gavarni, dit de son côté Balzac % c'est la nature prise sur le fait, c'est la vérité. — L'artiste élit domicile chez un marchand de vin, mange du fromage et boit le suresne à seize-, entend les : « Moi! — Toi. — Oui. « — Aho ! — Ah ! je te dis . . . — Non — si — pas « vrai!... «Il entend ces idiomes inconnus qui, dans les langages, sont entre le bas-breton et le samoyède ; il comprend les onomatopées des porteurs d'eau, des crieurs, des gamins ; il admire les charretiers et les saisit dans le vrai. » Ces deux portraits sont également ressemblants; ils ont, en outre, le mérite d'avoir

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