‹ Gavarni;Chapitre 1 sur 7 · Gavarni; · texte numérisé non relu

Gavarni;

Cette Étude a été publiée en partie dans la Gazette des Beaux-Arts (août et septembre 1875); les planches qui raccompagnent , gravées pour la même Revue , reproduisent des dessins inédits de Gavarni que le fils de l’ artiste et que deux de ses amis les plus intimes , M. Mahérault et M. Edmond de Goncourt, nous ont obligeamment confiés. En réimprimant aujourd’hui ce travail, auquel nous avons donné quelques développements nouveaux, nous avons uniquement en vue de faire partager au plus grand nombre l’ admiration que nous inspirent les œuvres de Gavarni. Nous nous sommes efforcés de résumer aussi brièvement que possible les phases diverses du talent de cet artiste. Nous avons indiqué les planches ou les séries de planches qui nous semblent résumer le mieux

sa manière et accuser le pins ouvertement son originalité ; nous appuyant sur les travaux de nos devanciers, mettant à profit nos souvenirs personnels, nous avons cherché à montrer la délicatesse de son crayon, la souplesse de son imagination, l’ esprit et quelquefois la profondeur de ses pensées. Gavarni ne serait pas, en effet , mis à sa véritable place si on s’arrêtait uniquement à la surface de ses dessins ; par certains côtés il nous apparaît comme un moraliste, comme un sage; il touche légèrement aux sujets les plus scabreux ; il bannit de toutes ses lithographies , avec le même soin, la grossièreté et la banalité ; il flétrit le vice en montrant les misères physiques et morales quil entraîne ; et, à côté d’un talent d’ exécution des plus rares, il possède une connaissance du cœur humain et de la société moderne qui assure à ses ouvrages l’estime des gens de goût en même temps que l’attention des philosophes.

A quelques mois de distance ont paru deux ouvrages consacrés à Gavarni.

Destinés Fun et Pautre à répandre la lumière sur la vie et Pœuvre de cet artiste, ils ne font pas cependant double emploi. Pour arriver au même but les auteurs de ces livres ont pris une voie opposée. MM. Edmond et Jules de Goncourt 1 ont eu entre les mains les papiers,

i. Gavarni , l'homme et l'œuvre , par Edmond et Jules de Goncourt. Paris, H. Plon, 1873, in-8° de 432 pages.

GAYARNI.

les cahiers de notes sur lesquels Gavarni inscrivait ses pensées, ses souvenirs; ils ont accordé une part très-large, trop large peut-être, aux incidents et aux accidents de sa vie privée; ils ont insisté sur ses habitudes, sur ses relations, sur ses manies, et ils paraissent s’être plus préoccupés de donner un portrait ressemblant de l’homme qu’une image complète de l’artiste. Les auteurs du Catalogue de V œuvre1, M. Mahérault, un des plus dévoués et des plus anciens amis de Gavarni, et M. Emmanuel Bocher, un de ses plus passionnés admirateurs, ont procédé tout différemment. Ne voulant en aucune façon s’occuper de l’homme, ils se sont scrupuleusement appliqués à interroger ses ouvrages ; ils ont catalogué avec une patience de bénédictins toutes les lithographies (2,714) dues au crayon de Gavarni et jusqu’aux plus rares essais, jusqu’aux moindres indications de sa pointe inexpérimentée; ils ont décrit chaque pièce, ils ont transcrit toutes les légendes placées au bas des planches, et,

1. L'OEuvre de Gavarni , lithographies originales et essais d’eau -forte. Catalogue raisonné par MM. F. Armélhault et E. Bocher. Paris, Jouaust, 1873, in-8° de 617 pages.

GAVARNL

en agissant ainsi, ils ont certainement élevé à Gavarni le monument le plus durable qu’il soit possible de consacrer à la mémoire d’un artiste. Faisant à l’un et à l’autre de ces ouvrages de nombreux emprunts, nous allons à notre tour tenter de raconter la vie de cet artiste d’élite, de ce dessinateur inspiré auquel ses facultés d'observation pénétrante et la singulière originalité de sa manière assurent une place à part dans l’école française contemporaine.

Guillaume-Sulpice Chevalier, qui prit plus tard le nom de Gavarni sous lequel il est connu du plus grand nombre, naquit à Paris le 1 3 janvier 1804. Il dessina dès l’enfance. « Tout petit garçon, dit-il1, on me faisait charbonner des yeux de profil : cela m’a bien ennuyé; j’en ai fait quatre sans y rien comprendre, et puis ç’a été tout et le maître est parti; j’ai fait trois cahiers de cavaliers, de brigands, de maisons avec de la fumée, de chevaliers Bayard, de petits chiens et de petits garçons qui tirent des cerfs-volants; après j’ai fait des Cosaques,

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