‹ GaydonChapitre 2 sur 13 · Le manuscrit b donne gay · texte numérisé non relu

Le manuscrit b donne gay

2. Cette explication est répétée deux fois dans le poème. }. Chanson dt Roland, tirade cclxxxix, éd. Fr. Michel.

Préface. iij

sanglantes d'Aix la-Chapelle, dont lecruel souvenir les poursuit partout. A leur tête est Thibault d'Aspremont, et par sa puissance, et par la vivacité de ses ressentiments, et par les liens étroits qui l'unissaient au traître de Roncevaux. — Ganelon était son frère. — Thibaut ne songe qu'à tirer vengeance de l'empereur et de Gaydon ; il se reproche comme une honte de les avoir laissés vivre, s'en ouvre un jour aux siens, et, d'accord avec eux, forme le projet de mettre à mort Charlemagne et après lui son fidèle vassal.

C'est par le poison que les traîtres comptent faire réussir leur complot. Thibaut, qui se destinaitd'abord à être d'église, a reçu de son oncle, l'abbé de Saint-Denis, une instruction étendue; il sait les secrets de la nécromancie, il connaît les ver^ tus des plantes et en tient une en réserve dont le suc vénéneux est d'un effet soudain et terrible. Il s'en sert pour empoisonner trente pommes qu'il envoie à l'empereur au nom de Gaydon et comme un présent du duc. Le présent est agréé, et le but serait atteint si la protection divine ne détournait le coup sur un jeune chevalier qui reçoit l'une des pommes de la main de Charlemagne, y goûte et tombe frappé de mort.

Aux effets du mal , l'empereur en reconnaît la cause. Les fruits qu'on vient de lui apporter sont empoisonnés , et c'est le duc d'Angers, ce Gaydon qu'il chérissait tant, qui est l'auteur du crime ! Tel est le courroux de Charlemagne, qu'il ne mangera ni ne boira, il en fait le serment, avant de tenir dans sa main le cœur du coupable. Sa colère redouble lorsque, le lendemain, Gaydon, qu'il croit eri fuite, vient sous

iv Préface.

ses yeux prendre place parmi les seigneurs de la cour. C'est une preuve d'innocence, mais Charles n'y voit qu'un excès d'audace. Il éclate, il accuse devant ses barons celui que la veille il préférait à tous , et rien ne le détrompe, rien ne le désarme , ni les protestations éloquentes de Gaydon, ni le témoignage du vieux Riol, fidèle vassal et conseiller du duc, ni le silence des preux barons , qui seraient les premiers à crier vengeance si le forfait leur semblait croyable.

Une seule voix se fait entendre contre le chevalier au geai, et c'est celle de Thibaut d'Aspremont ; l'occasion lui paraît belle pour renouer sa trame et il ne la laisse pas échapper. « Oui, Gaydon est coupable ! oui , c'est un empoisonneur! » dit Thibaut. Il le sait, il l'atteste, il est prêt d'ailleurs à le prouver par les armes. Ce défi est pour Gaydon un trait de lumière et un moyen de salut. Il l'accepte avec joie Le duel a lieu : Thibaut est vaincu, avoue son crime, et en reçoit le châtiment. Il a la tête tranchée de la main de Gaydon, et, pour comble de honte, sur l'ordre de l'empereur, son corps est pendu par les épaules.

Le crime est puni, l'innocence triomphe. Mais le duc d'Angers ne se contente pas de sa victoire et du supplice ignominieux de son ennemi ; il veut encore que ceux qui se sont portés cautions pour Thibaut soient brûlés. C'est une satisfaction qu'il n'obtiendra pas. Charlemagne est avide : il se laisse gagner par un riche présent que lui offrent les parents de Thibaut et met en liberté deux traîtres qu'il avait fait jeter en prison pour avoir porté la main sur le vieux

Préface. v

Riol, conseiller deGaydon. A cette nouvelle, le duc fait serment d'envoyer un défi à Charlemagne. Voilà la guerre allumée entre le vassal et son suzerain. Elle commencera bientôt, pour ne cesser qu'au dénouement du poëme. Mais d'ici là que d'incidents compliqueront l'action, d'abord assez simple ! C'est en Espagne que la scène se passe jusqu'à la mort de Thibaut d'Aspremont ; c'est à Angers que le drame se dénoue ; c'est un peu partout , entre ces deux points extrêmes , qu'ont lieu les événements dont l'imagination de notre auteur a enflé son récit.

Au moment d'entrer en lice avec Thibaut, Gaydon avait pris le soin prudent de faire charger tous ses bagages et de les acheminer sur Angers. Le convoi était parti avec bonne escorte sous la conduite de deux neveux du duc, Ferraut et Amaufroi. Mais les traîtres, informés de ce dé' part, avaient fait à l'avance embusquer sur la roule une bande des leurs. Le convoi est attaqué, et vaillament défendu. Bientôt, cependant, les gens du duc, moins nombreux que leurs ennemis, vont être accablés et périr jusqu'au dernier, lorsque Gaydon , averti par un messager, arrive à temps pour les secourir. Au même instant on vient annoncer aux traîtres que Charlemagne rentre en France et s'approche avec son armée. C'est fait d'eux si l'empereur les surprend en flagrant délit de trahison ; ils le savent et renoncent à leur entreprise. Gaydon, de son côté, se hâte de regagner Angers avec le reste de sa troupe, emmenant avec lui un curieux personnage, du nom de Gautier, qui vient d'entrer en scène pour la preniière fois et qui sera désor-

V) Préface.

mais pour le duc un fidèle compagnon , un dévoué serviteur.

De retour à Angers, Gaydon déclare la guerre à Charlemagne. H lui dépêche un messager chargé de le défier, s'il ne peut obtenir de lui le supplice des traîtres qui ont servi de cautions à Thibaut d'Aspremont. C'est Ferraut , l'un des neveux du duc, qui est porteur de ce message ; et son voyage, aller et retour, d'Angers à Orléans, où il trouve l'empereur, n'est qu'une longue suite d'aventures dont quelques-unes se rattachent assez bien à l'action, mais dont d'autres n'ont pour but évident que d'en prolonger la durée et d'en diversifier l'intérêt. Le récit de ces aventures remplit près de soixante pages de notre poëme ('). Lorsqu'elles sont enfin terminées, lorsque Ferraut est rentré à Angers, Charlemagne, à la tête d'une nombreuse armée, arrive sous les murs de la ville.

Les hostilités s'ouvrent bientôt , et le principal résultat de la première journée est de faire tomber Ogier le Danois aux mains du duc d'Angers, et Ferraut au pouvoir de l'empereur. C'est de part et d'autre un grand deuil, et des deux côtés on songe aussitôt à l'échange des prisonniers. Le duc en fait le premier la proposition ; l'empereur y consentirait avec joie, mais il ne peut rendre Ferraut. Le neveu de Gaydon a été accusé de meurtre ; il a relevé le défi de son accusateur. L'affaire doit se vider par une bataille dont les gages sont reçus.

La bataille a lieu, en effet, eii*re Ferraut et

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