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Gui d'Hautefeuille, l'un des traîtres du lignage de Thibaut d'Aspremont. Elle se terminerait par la défaite de Gui, si, au moment où il va recevoir le coup mortel, il n'était sauvé par une bande des siens embusquée non loin de là. Ferraut, à sontour^ est en danger de mort; mais des gens du duc ont secrètement surveillé le combat : ils accourent et délivrent le neveu de leur seigneur. Une mêlée générale s'ensuit, à laquelle viennent prendre part, avec leurs armées, et Gaydon et Charlemagne lui-même. L'issue de la lutte n'est pas favorable au duc. L'empereur le force à la retraite. Gaydon s'en console en rentrant à Angers avec son neveu Ferraut.
Ferraut est libre , mais le duc a laissé aux mains de l'ennemi un serviteur qui lui est devenu bien cher, ce Gautier qu'il a désormais attaché à sa fortune. Il se dispose à le racheter en échange d'Ogier. C'est d'ailleurs le désir de Ferraut que le Danois soit délivré ; sinon, il se croit obligé à redevenir lui-même prisonnier pour faire honneur à la parole de ses cautions. Ogier est donc remis en liberté et escorté jusqu'au camp de l'empereur par Ferraut et par Amaufroi.
Cependant les traîtres, à l'insu de Charlemagne, se sont saisis du prisonnier Gautier, qu'ils ont grand sujet de haïr ; ils sont près de le pendre, lorsque le supplice est interrompu par Ferraut et Amaufroi, qui, en retournant à Angers , passent d'aventure non loin du lieu où sont dressées les fourches. Gautier échappe à la mort, mais pour retomber bientôt, avec Ferraut et Amaufroi, aux mains de ses cruels ennemis. II
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parvient néanmoins à leur échapper encore, laissant en danger de mort ses deux libérateurs.
Ils sont perdus si Dieu ne leur vient en aide ; mais, par fortune, Gautier dans sa fuite rencontre tout à point une belle damoîselle avec nombreuse suite. C'est Claresme, c'est l'héritière du royaume de Gascogne, qui vient rendre hommage à Charlemagne et recevoir de lui l'investiture. Dès longtemps Claresme a entendu parler de Gaydon et s'est éprise de lui sur sa seule renommée. Grâce à elle et à ses gens , Ferraut et Amaufroi sont rendus à leur oncle, qui s'inquiète déjà de ne les point revoir.
Alors aussi commence en pleine guerre un roman d'amour enté sur la chanson de geste, et qui se dénoue par le mariage de Gaydon et de Claresme. Quant à la guerre entre Charlemagne et son vassal, elle se termine par une réconciliation où l'empereur joue, comme ailleurs, un rôle paS'sablementridicule. Il s'avise, un jour, de vouloir pénétrer dans la cité d'Angers sous le costume d'un pèlerin, accompagné du duc Naimes, son fidèle et inséparable conseiller. Tous deux sont reconnus, malgré leur déguisement , et Charlemagne, pris dans son propre piège, est contraint d'accorder la paix à Gaydon. Bientôt après il lui doit la vie et lui rend de bonne grâce son ancienne amitié.
Tels sont les principaux éléments de cepoëme, où l'action, très simple au début, est à la fin comme écrasée sous les accessoires dont elle s'est successivement chargée dans sa marche. Non que l'auteur anonyme de cet ouvrage manquât de ta-
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lent ; il nous semble, au contraire, en avoir montré plus que d'autres poètes de son temps ; mais il lui fallait plaire évidemment à un publie que cessait de satisfaire l'antique simplicité de la chanson de geste ; il lui fallait rivaliser avec les jongleurs d'une nouvelle école , qui cherchaient et trouvaient le succès dans des récits d'aventures sans fm, où la force se mettait au service de l'amour et où les violences de la guerre se mêlaient aux douceurs de la galanterie. Le commencement et la fin du poëme de Gaydon marquent bien, selon nous, par une opposition tranchée, et les habitudes de la vieille école et les tendances de la nouvelle ; la comparaison des deux parties extrêmes de cet ouvrage fait bien sentir aussi et les qualités naturelles à notre poète et les défauts que lui imposait, pour ainsi dire, le goût de ses auditeurs. A son grand avantage, l'auteur de Gaydon ne s'écarte pas trop d'abord des vieux errements de la chanson de geste ; il ne tente pas de forcer son talent, et paraît rester dans sa nature, dans sa veine. La première partie de son récit, jusqu'à la mort de Thibaut d'Aspremont, renferme les éléments d'un drame complet, avec unité d'action , unité de temps , unité de lieu. La mort de Thibaut en est le dénouement moral. Si l'auteur de Gaydon avait pu s'arrêter là, il nous eût laissé un poëme trèssimple , très-court et très-bien conçu , sauf la donnée un peu faible et un peu naïve des pommes empoisonnées. C'est ici le cas de répéter après Voltaire : « Il n'y a, de toutes les histoires de pommes , que celle de Paris qui ait fait for-
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tune ('). » Mais si l'invention n'est pas forte en ce point , c'est un défaut qui , à nos yeux , est bien racheté par l'exécution. Elle nous semble vraiment belle , à commencer par la scène qui forme l'exposition et qui est d'un grand effet théâtral. Depuis ce tableau jusqu'à la mort de Thibaut , notre poëte , selon nous , a fait preuve de beaucoup d'art et s'est montré tout au moins un habile dramaturge. C'est un mérite qu'on ne saurait lui dénier sans injustice.
Dans la dernière partie du poëme, au contraire , à compter de l'instant où il introduit si inopinément en scène la jeune reine de Gascogne, sauf le rôle assez divertissant qu'il fait jouer au vavasseur Gautier , il oublie son art , il faiblit , ébauche à peine ses tableaux d'une main impatiente et peu exercée à retracer les mouvements de la passion qu'il s'est cru obligé de mettre en jeu. Il précipite les événements sans prendre la peine de les amener, brusque les situations, et ne semble avoir souci que de s'acquitter au plus vite de la tâche qu'il s'est donnée.
Entre ce début si bien réussi et cette fm si peu achevée , notre poëte s'est montré moins inégal ; mais, selon le caractère des événements qu'il raconte, selon qu'il s'attache aux traditions de son art ou qu'il tombe dans la nouvelerie, pour lui emprunter cette expression , on s'apercevra sans doute que son talent s'élève ou fléchit, et accuse tantôt l'assurance d'un maître , tantôt l'embarras et la m^aladresse d'un imitateur. Par-