‹ GaydonChapitre 7 sur 13 · I. Pjrise la Duchesse, préface, p. vu · texte numérisé non relu

I. Pjrise la Duchesse, préface, p. vu

Gaydon. b

xviij Préface.

son l'une que l'autre, toutes deux, enfin, après de grandes traverses , épousant celle-là Gui de Nanteuil, celle-ci Gaydon.

Ce qui résulte surtout de ce rapprochement, c'est qu'au temps où furent composés les deux ouvrages, l'amour était devenu un élément indispensable de la chanson de geste surson déclin. Nous insistons sur ce point curieux d'histoire littéraire , et en même temps sur la maladresse avec laquelle les poètes de l'ancienne école maniaient le nouvel engin. L'auteur de Gui de Nanteuil ne s'y montra guère expert , on peut le dire malgré le succès qu'il obtint. Mais notre trouvère fut encore moins habile que lui. Voyez quel amoureux il a fait de Gaydon, et comme il l'a mal disposé à répondre aux plus gracieuses avances. C'est le vieux Riol , son conseiller, c'est Gautier lui-même, le strict observateur de la foi conjugale , qui lui font honte de sa réserve , de sa prudence , de son peu d'empressement à courir les aventures galantes. Rien n'est plus plaisant que l'ardeur de Claresme pour ce héros qu'elle n'a jamais vu opposée à la sérénité d'âme avec laquelle il reçoit le message d'amour de la jeune reine. C'est là peut-être la cause principale du médiocre succès de Gaydon, tandis que l'amour mieux partagé d'Eglantine rendit célèbres son nom et celui du valet de Nanteuil.

A cela près, nous le répétons, Gaydon est une composition de beaucoup supérieure à Gui de Nanteuil et pour le fond et surtout pour la forme, qui est remarquable et ne le cède en rien à celle de Huon de Bordeaux, par exemple, si même elle ne lui est préférable. Le texte de Gaydon, à

Préface. xix

notre avis, comme au sentiment de M. Paulin Paris , est l'un des meilleurs textes à consulter pour l'étude du français du XIII* si^çlç.

Nous avons dit qu'il nous reste trois manuscrits de ce poëme. Ils sont conservés tous les trois à la Bibliothèque impériale. En voici la notice dans l'ordre de leur importance :

I. Le meilleur manuscrit, à notre gré, celui que nous avons choisi pour type, est le n" 860 du fonds français (o/im, Colbert, 7227-5). C'est un volume in-folio , relié en parchemin , d'une écriture à deux colonnes de l'an 1250 environ.

Ce manuscrit, de 275 feuillets en vélin , contient :

1° Du fol. 1 au fol. 36, la chanson de Roland ou de Roncevaux, incomplète par le commencement ;

2" Du fol. 37 au fol. 92, la chanson de Gaydon;

5° Du fol. 93 au fol. 133, la chanson d'Amis et Amiles ;

4" Du fol. 1 34 au fol. 2-j), le poëme d'Auberi le Bourguignon, incomplet par la fin.

Ce manuscrit, que nous désignons par a, nous a paru préférable à b, d'abord parce qu'on y rencontre moins de lacunes , et en secondf lieu parce que la langue y est généralement plus correcte. C'est un clerc qui a écrit ce texte, un scribe lettré qui savait le latin et qui a voulu

XX Préface.

montrer son savoir. Aussi a-t-il parfois une orthographe pédante dont on ne s'attendrait pas à trouver des traces à cette époque. C'est ainsi qu'il écrit rompt (') (rumpitj ; rompte (2) , au sens de rompue; empoingt (3) (impingit) ; escrips (4) (scriptus), et autres mots qui sentent leur étymologie un peu plus que de raison. A côté de ces raffinements, il a laissé échapper quelques erreurs que les manuscrits auxiliaires nous ont permis de corriger. Nous avons aussi , à l'aide des mêmes manuscrits, comblé les lacunes dont on trouvera l'indication à la fin de ce volume, aux Notes et variantes.

II. Le manuscrit que nous désignons par b est le N" 2510 du supplément français, acquis en 1837 à la vente de la bibliothèque de Rosny. C'est un petit volume in-8°, relié en parchemin. L'écriture de ce manuscrit est au moins aussi ancienne que celle du manuscrit a. Il se compose de 1 59 feuillets de parchemin et ne contient que le poëme de Gaydon, incomplet par la fin , sans compter plusieurs lacunes intérieures, dont on trouvera l'indication aux Notes.

C'est encore un bon manuscrit, qui renferme une version à peu près semblable à celle de a , à l'exception de quelques tirades en plus ou en moins. La principale différence entre les deux

Préface. xxj

manuscrits est celle que l'on ren\arque au coramencement.

Voici le début du manuscrit b :

Segnor, oès, que Dex vos benèie

Li glor'uus , lifilz seinte Marie!

Bone chancon plaist vos que je vos dit ? Ce n'en est pas 'i) d'orguel ne de folie Ne de mençonge atraite ne fornie , Ainz est de Challe le roi de Seint Denise , Qui tant estut en Espaigne la riche Qu'il i ot Bascle et Navarre conquise. Etc.

Le restede cette première tirade, qui ne se trouve pas dans a, est presque entièrement illisible.

La deuxième tirade rappelle le désastre de Roncevaux et ajoute :

De la bataille n'en eschapa vif piè, Fors Gondebuef, .1. gentil chevalier.

Awec celui en vint .1. escuier, Gaydon ot non , fûz fu au caen d'Angier. Nostre emperere enfistpuis chevalier, Et li dona et armes et destrier, Par Pinabel où il se conbatié.

Il le vainqui , volant maint chevalier, Gane fist il destruire et essillier, Dont si parent furent moult corncil S'en orent duel et mortel anconbrier.

Huimais comence chançon à anforcier De vraie estoire, de verte le sachiez.

Ce est de Challe , l'amperere au vis fier, Et de Gaydon, le riche duc d'Angiers, Et de Thiebaut qui tôt Apnmont tient ,

I. Leçon fort douteuse. Il faudrait : Celte n'est pas d'orguel, etc.

xxi) Préface,

Si com il volt Chaîkmainnc angîgnier Et le franc duc par traïson boisicr; Mais Dex de glore qui tôt a à jugier L'en mist au droit par la soie piti.

Seignor baron, oiez bone ckancon; Que Dex grant pais et grant joie vos dont ! A grant merroilhs parfu Challes prodom; Quant ot perdu les .Xll. conpaignons , Tôt droit à Blaires s'en repaira .i. jor, S'i enterra Râlant , son chter nevou, Et Olivier, le riche poigncor; Et adoba .i. escuicr baron :

Nel saurez hui se nos nel vos disons.

Filz fu au duc qui tint Angiers et Tors , Et Vermendois , et tôt le val Cuion; En la cort Chai le Vapcla l'en Gaydon. Filz fu Joifroi l'Angevin au baron.

Cil prova Cane la mortel traïson Qu an Roncevaus tra'i les conpaignons , S'enconbati Pinabel le félon.

Il l'en vainqui, voiant maint haut baron , Et fist destruire le conte Guenelon , Et traîner com .\, autre larron.

Li parent Cane en furent en iror, S'en orentduelja ne verroiz grignor.

.VII. en i ot qui moult furent félon , Et de ces .Vil. vos sai dire les nons : C'est Auboïns et li contes Milans, Et Ermuins et li contes Forçons , Auloriez et ses frère Guions , Et[li\ settimes danz Thebauz d'Aprcmont.

Cil estoit frère au conte Ganelon , Et s' estoit filz d'Autefuelle Griphon Qui fist en France mainte grant traïson. Et dist Thiebaus : « Seignor, quel la ferons « Dou millor home que nos perdu avons , « C'est Pinabiax, qui cuer ot dt baron?

Préface. xxhj

« Volant noz klz , le nos a mort Gaydon,

« Cane mon frère a fait mètre en prison.

« Challes en jure seint Pou et seint Simon ,

a Et seint Denise , et son flori grenon

« Qu'il n'en panra avoir ne raançon

« Nel face pandre corn .1. autre larron ;

« Mais, par Tapostre c'on quiert en pré Noiron,

« Mielz i metroie an .II. les ielz del front

« Ne face Challe boivre de tel poison

« Dont il morra, n'aura confession.

« Puis panrons France, entre nos la partons,

ce Que ja n'i soit .1. droiz oirs se nos non,

a Et puis après si ocirrons Gaydom ,

« Le fil Joifroi l'Angevin au baron. »

Dit Auloriz : « Por Deu, car en pansons. i>

Dit Auloriz : « Biax sire , or en pansez « Con faitement nos les porrons meller. » Et dit Thiebauz : « Se je n'en puis ovrer, a Dont sui je fox qui tant en ai parlé! « Quant je fui joncs pctiz , je fui letrcz, « Dedanz Ravanne enfui tanpre portez , « En l'ahaïcfui mis auvec l'abc.

« Je n'i oi pas .xilll. anz converse, a Quant fui bons clers de lire et de chanter, « Tondrcnt me vorcnt et les noirs dras doner ; « Je ne lepoi sofrir ne andurer:

« Chevalerie voloie mielz amer.

« Canes mes frères vint por moi fors giter, a Prist l'abau et chaça hors l'abé.

« Je fui de l'abe ses druz et ses privez, « Je H anblai .1. livre mecinel ; et Dex ne fist mal c'on n'i poïst trover, « Et traïs'on , qui la voudroit mener.

« Encor ai je tex herbes en mon tref « Que je trovai en livre mecinel.

« Je les coilli à mi mai en este ; « Ainz de plus ficrcs nen oïstes parler.

xxiv Préface.

« Qu'an .1. mortier Us aiiroit fait tribler,

ce A A froit vin les féist destranper,

« Dex nefist home qui de mère soit nez,

((. Ainz quenèust .111. foiz le col passé

a Queja li lut confesse demender,

a Si li seroient li oil dcl chief volé,

« Licuers dd vantre partiz et dessevrez. »

Dit Aaloriz : « Se ce est veritez,

« En tel manière les cuit Challe doner

« Que nus de nos n'en sera ancorpez. »

Et dit Thicbauz : « C'est fine vcntez. »

Atant s'en tornent li gloton defaé;

Ainz ne finerent tant que au Tliiebaut tref.

Son chanbellain a Thicbauz apelé :

« Amis, biax frerc, fai moi voidier ce tref,

K Qu'il n'i remaigne home de mère né;

« Et tu mèimest'en va por déporter.

« N'i revenir si soies rapelez,

a Que nos volons d'autre chose parler,

« De noz afaires dont nos avons assez. »

Et cil respont : ;■ Si com vos conmendez. »

I nelement a fait voidier le tref,

Qu'il n'i demore home de mère né,

Fors que li .Vil ^ que Dex puisî vcrgonder!

L'.l. des traîtres gardèrent l'uis dcl tref

Car il n'i soient par nul home avisé.

Et Thicbauz cort les herbes aporter,

En A. mortier les a faites triblcr

Et d'un froit vin les a fait destranper;

En une juste les a faites coler.

.XXX. paumains fist Thicbauz aporter,

.XX. des plus biax a si anpoisonez

Dex nefist home qui de mère soit nez ,

Ainz qu'an éust AU. foiz le col passé ,

Que h .11. oil ne li fussent volé,

Li cuers del vantre partiz et dessevrez.

Dit Aulcriz : « .1. petit m'antandez.»

Inelement est issiiz fors del trtf.

Préface. xxv

Dit Auloriz : « Seignor, or fuites pes...

A partir de cette tirade , la version de b est conforme à celle de a , sauf des différences de détail. C'est ainsi que le personnage nommé Ferraus dans a est toujours appelé Ferranz dans />. Il y a aussi dans b un certain nombre d'incorrections qui ne se retrouvent pas dans a ; par exemple , ce vers de notre texte :

Quant H dus Gaydes entent le m(ssaigier{i),

se lit dans b :

Quant dus Gaydons...

Onirouvera aux Notes et variantes l'indication de beaucoup d'autres différences du même genre qui ne touchent en rien au fond du récit.

III. Le manuscrit désigné par c est le N" du fonds français 1475 (olim 7551). C'est un petit in-folio relié en maroquin rouge aux armes de France et au chiffre de Charles IX. Il se compose de 160 feuillets de papier, et ne renferme que le poëme de Gaydon. L'écriture est du XV^ siècle.

Ce manuscrit, à raison de sa date, ne pouvait être choisi pour type, bien qu'il soit moins incomplet que les deux autres. Il a été transcrit sur un bon texte, mais avec les modifications orthographiques habituelles au XV^ siècle. De plus,

xxvj Préface.

la langue en est souvent fort altérée, et l'on y trouve des fautes graves. En voici un échantillon : ce vers de a :

Des tentes issent li traïtor félon (i), se lit dans b :

Des traistres issent ly traistre félon,

fautes aisées à corriger, sans doute , quand on n'aurait que ce manuscrit ; mais on ne retrouverait pas partout la vraie leçon aussi facilement. Voici le début du manuscrit c :

Seigneurs et dames, vous plaise à escouter{2) Bonne chançon qui moult fait à louer : C'est de Gaydon, (jui moult fut preux et bel, Et de Naymon qui moult fist à aymer, Et du Danois qui fu né oultre mer.

Apres de Kalle, nostre empererc ber.

Qui en Espaigne fut tant pour conquester Qu'après les pères convint les filz aler. Ne la pot toute prendre ne conquester; La mort Rolant le fist moult reculer Et mains conquerre , et mains le fist doubler. Huimais orrês del mal glouton parler, Le fcl Thibault d'Aprcmont sur la mer, Du fel Guenel (3) dont cy orrez parler, Qui en Espaigne tray li .xil. per.

Et cil Thibault reffist moult à doubter : Sien fust Moultaspre (sic) qui moult fist à lotr,

2. Ms. : plaise vous à escouter, leçon qui rompt la mesure du vers. On peut corriger aussi : plaist vous à escouter.

?. Il faut lire sans doute : Frère Cuend.

Préface. xxvij

Et haute fut ilU ('), celle noble citi. De par si femme, ce saickez sans doubler. En tint tielz quatre qui moult ont ricàetez Et dix chasteaulx et autretant ferlez. Etc.

Vers le milieu du manuscrit se trouve un appel du jongleur à ses auditeurs et une sorte de résumé des événements déjà racontés, qui nous fait penser que le poëme se récitait en deux journées. On trouvera ci-après ce passage aux Notes et variantes, p. 342.

Le poëme, incomplet par la fin, se termine ainsi :

Karle de France, le roys de Saint Denis , Gist à son Irefde soye cordéis.

Blanche ot la barbe, si ot le poil flouris. Tout Ij baron ont à ly congié pris , Chascun s'en va, n'y ont plus terme quis , Alumé ont les grant cierges tortis.

Karles remest ly roys de Saint Denis.

Un propriétaire du manuscrit, vers la fin du XV^ ouïe commencement du XVI^ siècle, voulant dissimuler sans doute ce qui manquait à son volume , s'avisa de coller une bande de papier sur la réclame du dernier feuillet, laquelle indiquait les premiers mots du feuillet suivant . Ce feuillet perdu, il le remplaça par un autre et y écrivit ce qu'il prenait sans doute pour des vers :

Dont chascun pleure et en est marrii

Page 1