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LE REMÈDE

Une jouvencelle du Mans qui, un soir, faisait « l'essai loyal » avec son fiancé, avant la lettre de part,

En se plaignant, dit à sa gouvernante.

Qui du secret n’étoit participante :

« Je me sens mal; n’y sauroit-on pourvoir? »

L’autre reprit : « Il vous faut un remède ;

Demain matin nous en dirons deux mots. »

CONTES d’apothicaires

L’amant, sur le coup de minuit, vint passer la nuit

Fig. 32. — Le Remèile.

dans les bras de sa belle ; ils étalent encore enlacés à l’aurore, quand

La gouvernanlc ouvrit tout en riant,

Remède en main, les portes de la chambre...

Les amoureux se réveillent en sursaut et l’on comprend leur embarras :

L’amant fut sage : il ])r6scnta pour elle Ce «piç Brunei à Marphise montra (1).

La gouvernante, ayant mis scs lunettes,

Sur le galant son adresse éprouva ;

Du bain interne elle le régala,

Puis dit adieu, puis après s’en alla...

Lors de la conspiration de Ccllamare, plusieurs personnes Turenl mises à la Bastille ; le comte de Laval fut du nombre ; il prenait trois lavements par jour, pour avoir plus souvent son apothicaire, qui lui servait de confident. Le cardinal Dubois, fils d’un apothicaire de Brive-la-Gaillarde, voulut le priver de cette douce consolation ; le Régent s’y opposa en disant : « Puisqu’il ne lui reste que ce plaisir, c’est bien le moins de le lui laisser (2) ».

(1) C’est-à-dire// fonda delle rene, le bas des reins. Allusion à un passage de VOrlando inaniorcilo de Bojardo, refait par Berni.

Brunei poursuivi par Marphise, dont il avait dérobé l'épée,

ïal volta i panni in capo si levava,

E squaderuava (intendeteni liene Con riverenzia) il fondo delle rene.

(Orlando inanioralo, lib. 11 ; canto XI, ott. 6).

(2) Phillippe, Hisloire des Apothicaires, p. 111.

CONTES d’apothicaires 435

Le Dr Martin-Raget, d’Arles-sur-Rhône, nous communique le renseignement qui suit.

Dans le journal de l’abbé Soumille, prêtre bénéficier de Villeneuve-les-Avignon (1703-1744), on lit ceci :

« Le7juilletl743ausoir, la princesse de Modène a passé, allant à Paris. Le vice-légat l’a accompagnée et Mercurin, l’apothicaire, voyant passer celte princesse devant la maison de Montalivet, fit signe au postillon, pour dire à la princesse qu’il avait eu l’honneur de lui donner un lavement à Paris, quelques années auparavant. Cette princesse lui tendit la main et lui dit : Cela peut bien être ».

Cet apothicaire n’avait guère de scrupule à violer le secret professionnel ; pas plus que cet autre, dont l’aventure est rapportée dans un recueil (1) où on ne songerait guère à l’aller chercher.

« Une marqui.se du faubourg Saint-Germain, à ce que j’ai entendu raconter à mon aïeul, écrit l’auteur de l’article, eut l’imprudence de sortir un soir avant d'avoir accompli les devoirs qu’impliquent ordinairement les conséquences d’un réfrigérant salutaire. Surprise par une exigence impérieuse, dans une rue fort étroite, la rue des Marais, elle se résigna à obéir, espérant qu’elle aurait la chance de ne voir passer personne pendant la courte durée de sa halte. A peine avait-elle tenté un cas si courageux, qu’un homme déboucha de la rue des Petits-Augustins.

« Que faire ? La pudeur lui conseilla de cacher au moins sa figure contre la muraille, pour subir la rencontre qu’elle ne pouvait éviter. Or, elle ne fut pas

(1) Diclionnaire de la Conversalion, art. Lavement.

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peu étonnée de voir passer obliquement prés d’elle l’ombre d’un chapeau qui la saluait et d’entendre prononcer respectueusement : « Bonsoir, Madame la Marquise ! »

— « J’ai eu tort de me retourner, soupira la grande dame ; il n’y avait peut-être qu’un homme au monde qui prtt me reconnaître sur cette lace ! »

('et homme était, en elTet, son apothicaire.

Lorsque M. de Vauréal, évêque de Rennes, mourut (le 19 juin 1760), quelqueschanoines de cette ville voulurent engager le chapitre à demander une indemnité aux héritiers de ce prélat et voici é quel sujet.

l)e tout temps, MM. les évêques de Rennes donnaient, par an, un festin îiMM. les chanoines : c’était de fondation. M. de Vauréal n’avait jamais manqué de se conformer à ce louable usage, si ce n’est dans le temps où, ayant été ambassadeur en Espagne, il fit plusieurs absences, ce qui priva pendant quelques années le chapitre du festin ordinaire.

C’est une indemnité pour ces festins manqués, que certains chanoines voulaient réclamer, en argent, aux héritiers, alléguant que les absences du prélat n’avaient pas dû les priver de cette redevance ; et ils s’occupaient déjà d’une liste exacte des festins épiscopaux auxquels le chapitre aurait dû assister, et de leur estimation en argent, ce qui montait à une somme a.ssez forte, qu’ils se proposaient de demander en justice.

Mais l’affaire n’eut pas lieu, grâce à une bonne

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plaisanterie qui eut tout le succès que pouvaient désirer les héritiers de Monseigneur. Un plaisant s’avisa de mettre en jeu les apothicaires de Renues et dressa une requête, par laquelle ils demandaient à être reçus partie intervenante au procès, et à partager avec les chanoines le montant de 1 indemnité ; et ce, pour dédommagement des purgatifs, clystères et autres remèdes que les dits chanoines auraient été obligés de prendre, à raison des nombreuses indigestions dont les festins épiscopaux étaient constamment suivis.

Le chantre du Lutrin n’aurait pas manqué de faire son profit d’une pareille aventure, s’il avait pu la connaître (l)-

Le maréchal duc de Ricmei.ieu étant malade, ses

Fig. 33. — Bannière des Apothicaires de Saint-L6. Aux armes parlantes de la corporation.

(1) Le Livre des Singularités, par Philomnestc (Peignot), p. 184.

GAYETEZ d’eSCULAPE

médecins avaient prescrit un lavement. C'était encore le temps où les apothicaires étaient chargés d’administrer ce remède précieux.

Alors régnait ù Paris le premier ou le second de la dynastie des Cadets, dont rolTicine, plus que séculaire, est toujours située rue Saint-Honoré.

On envoie donc chercher Cadet, qui était d’une taille fort exiguë. Le maréchal de Richelieu était, au contraire, très grand. Notre apothicaire ne pouvait arriver au niveau du point de mire qu’il visait. Le maréchal, impatienté, s’écrie : « Oui donc est allé chercher un gas si court? »

Aussitôt le mot courut de bouche en bouche et voilà comment on aurait accolé, dès cette époque, le « gas si court » du maréchal aux Cadets présents et futurs.

C’est ce môme apothicaire qui a fourni matière à l’épigramme suivanU* :

On lisoil au sacré vallon Ln nouveau journal lillérairc:

Ouclle drogue, dil Apollon!

Rien d'élonnant, répond Fréron,

Il sort de chez l'apolhicaire !

Cette facétie plaisante a été gâtée de la manière suivante :

Quoi, dit Linguet, sur son haut ton, Ùn ministre de la canule Voudroit devenir notre émule?

Oui, dit 1a Harpe, que veux-tu ?

Cet homme ayant toujours vécu Pour le service du derrière,

Doit completter son ministère En nous donnant un torche-c...

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