‹ Gayetez d'EsculapeChapitre 112 sur 233 · CARICATURES MÉDICALES DE WILLIAMS HOGARTH · texte numérisé non relu

CARICATURES MÉDICALES DE WILLIAMS HOGARTH

De l’œuvre considérable de Hogarth, deux pages seulement sont consacrées aux Médecins, mais il rachète la quantité par la qualité, elles maltraite d’importance. Dans la première (fig. 44), sous la légende de Consultation de Médecins, il réunit sur « l’Ecusson des croque-morts » les Médecins célèbres, mêlés aux charlatans en vogue ; toutes ces figures sont des portraits satiriques. Nous donnons la traduction du commentaire de cette gravure, dû à la plume du révérend père John Trasler, d’après l’édition de 188.3.

Celle planche esl dessinée avec beaucoup d’humour, suivanlles règles de la science héraldique; on l’appelle : « Les armes des enlrepreneurs de pompes funèbres », pour nous monlrer les rappoiTs qui exislenl enlre la morl el le docleur charlalan, ainsi que les os en croix qui sonl en dehors de l’écusson. Ouand un enlrepreneur de pompes funèbres a besoin de Iravail, il ne peul mieux faire que de s’adresser à quelquesuns de ces messieurs de la Facullé, qui sonl, pour la majeure parlie, si charilablemenl disposés à fournir aux besoins de ces funèbres chasseurs de morts, et les empêcher de mourir de faim dans les saisons salubres.

(1) Histoire des Accouchemenls, fig. 118 elV Obstétrique dans les beaux-arts, fig. 16G el 107.

GAYETEZ d’eSCULAPE

Par le sens de celle pièce, M. Ilogarlh IcraiL allusion è I Ignorance générale de celle partie de la tribu médicale et nous montrerait qu ils possèdent moins de connaissances <iue leurs perruques volumineuses et leurs cannes è ])ommes il’or. Ils sont représentés dans une grave consultation sur la capacité d’un vase è uriner

L explicalion personnelle de ce blason par notre artiste est comme suit; La Compagnie des entrepreneurs de pompes funèbres porte, sur sable, un vase è uriner, en premier, avec douze télés de charlatans en second, et douze pommes de cannes en or formant conseil. Sur le chef, un nuage, de l’hermiue, un docleur com])let sortant, éebiqueté, soutenant dans sa main droite uii béton du second. Sur la droite et sur la gauche deux demi-doc.leurs sortant du second, et deux |)ommes de cannes sortant du troisième. La première ayant un mil, couchant vers la droite de l'écusson ; le second faisant face, par pal, en i)remier, et gueules de face, avec devise: E pliirima nwriis iniarjo (L’image générale de la mort).

On a dit des anciens ([u'ils essayèrent de faire de la médecine une science et qu’ils n’y ont pas réussi; des modernes, qu’ils essayèrent d’en faire un métier et (lu’ils y i-éussirent. Les hommes de celle compagnie, du premier au dernier, sont modernes, et si l’on peut juger do leurs ca]iacités par leur contenance, c’est assurément une sage compagnie. Leur profession est très étendue et ilsvontde côté et d’autre, empochant des guinées, aussi vite que leurs factures de clu'upie semaine peuvent circuler, d’un bout de Ken l SIreel à la fourrière fameuse de Saint-Giles.

La majeure partie sont incontestablement des portraits, mais comme ces graves et sages descendants de Galien sont partis depuis longtemps pour l’endroit où ils envoyaient précédemment leurs patients, il ne nous est pas possible d’en reconnaître aucun, e.xcepté les trois, qui sont, par distinction, placés sur le chef ou la partie la plus honorable de l’écusson. Ceux qui, par leur position élevée, peuvent nous amener naturellement à la conclusion que ce sont les plus sagaces sangsues de leur temps, ont des marques trop visibles pour étreméprisés. Celui qui est à la droite de l’écu.sson démontre, par un œil dans la pomme de sa canne que l’on a alï'aire au très accompli chevalier Taylor, dans l’histoire merveilleuse duquel, écrite de sa main et publiée en 1761, on rapporte des faits tels sur lui etd’autres, rju’ils ont excité

Fig. 44

Consultation do Mi''ilocins

]ilus d'étonnement que les incomparaliles romans de Don Belianis de Grèce, les Nuils arabes ou les Voyages de John Mandeuille.

La ligure du centre, dans une veste d'arlequin, avec un os dans la main droite, ou ce que le peintre nomme un bûton est généralement attribué à M'”“ Mapp, une femme masculine, filie d’un certain Wallin, rebouteur à Dindon, dans le Wiltshire. Cette Thalestris femelle, aussi incompatible que cela puisse paraître à son sexe, adopta la profession de son père, voyagea parle pays, se faisant appeler Sarab la Folle, etcornme un autre Hercule, lit des merveilles par la force de son bras.

.\ii côté gauche, est le docteur Ward, généralement appelé Ward le taché. Ce qui lui vient de sa joue gauche qui était marquée d'une couleur de vin. Ce monsieur était d’une famille honorable et, bien que n’ayant pas une grande éducation, avait des talents supérieurs à chacun de ses coadjuteurs.

Pour le chef, cela doit suffire ; quant aux douze têtes de chariatans, cannes or, en consultation, joints aux os en croix dans ies coins, elles ont une apparence des plus mortuaires, et elles portent véritablement avec elles une image générale de la mort.

Au temps de Lucien, un iibilosophe se distinguait par trois choses : son avarice, son impudence et sa barbe. Au temps de Hogarth, la médecine était un mystère et il y avait trois choses qui distinguaient le médecin : sa gravité, la pomme de sa canne et sa perruque. Avec ces importants attributs, ce vénérable partisan était amplement doué.

H n'est pas nécessaire d’analyser chaque caractère, mais la figure supérieure, sur le côté droit, avec une perruque comme un saule pleureur, ne devrait pas être négligée. Son aspect couleur de citron devait cailler le sang de tous ses patients. Dans la contenance de ses frères, il ne manque pas d'acides et tant aigre qu’il soit, chaque individu existait de son temps.

Un docteur de renom, connu seulement de ceux qui ont la santé rouillée, qu'il guérisse ou qu'il tue, réclame ce privilège, pour la mort ou la vie, d’avoir di’oit à la môme récompense.

La seconde satire graphique du terrible moraliste

GA.YETEZ d’eSGULAPE

est la dernière d’une suite ultra-réaliste, les Quatre scènes ou étapes de la Cruauté, qui montrent un jeune homme, d’un méchant naturel, dont le cœur, peu à peu, s’est endurci par des actes de barbarie répétés : il commence par tourmenter des animaux, puis il arrive à un meurtre involontaire et termine sa vie par une mort ignominieuse. La quatrième scène, l’étape ünale, est la Récompense de la Cruauté (fig. 45) ; elle se passe à l’amphithéütre ; lè, un aide chirurgien, le scalpel à la main, dissècjue, en présence du professeur et de ses élèves, l’assassin <iui vient d’ètre pendu j'i Tyburne. La hart est restée au cou du supplicié. L’est encore le révérend père John 'l’rasler qui nous fournira le commentaire peu bienveillant de cette gravure.

Le pi’Ogrès sauvage et (liaboli([ue de la cmaulé est mainlenaiilà sa lin, elle lil de la vie csL cou))é ])ar l’épée de la justice. Le meurtrier est amené de la place de l’exécution au Collège des chirurgiens et on le représente sous le scalpel d’un disséqueur. Cette vénérable ])ersonne, ainsi que son coadjuteur, (lui extrait l’œil du criminel, et un jeune étudiant (pii scarilie la jambe, semblent avoii' autant de sentiment que le sujet qu'ils inspectent. Une contcnqilalion Iréquentc de scènes sanguinaires endurcit le cœur, amortit la sensibilité et détruit toute sensation do tendresse.

llogartii était des plus particulièrement exacts dans ces petits traits qui identilienl. Des inilialesT. N.,faitsàla poudre à canon sur le bras, démontrent qu'il s’agit du corps de Thomas Néron. On a objecté à la ligure qui est empreinte d'horreur. Il faut reconnaître que cela dépasse la modestie de la nature, mais il dévie si rarement de ses lois, qu’on peut e.xcuser un peu de licence poétique, là où elle produit l luimour et élève le caractère.

Les squelettes, de chaque coté de la gravure, portent les inscriptions de .lames l’ield, célèbre pugiliste, el de Macléan, voleur renommé. Ces deux illustres personnages moururent

parla corde. Ils indiquent du doigt les armes du médecin qui sont gravées à la partie supérieure du siège du président et qui sont : « une main tâtant un pouls » ; prenant une guinée aurait mieux convenu au métier. Les têtes de ces deux héros du gibet sont tournées de telle manière qu'elles semblent ridiculiser le président, « raillant sa dignité et regardant sa pompe avec une grimace. » Chaque contenance, dans cette horrible bande, est marquée avec cette importance médicale qui donne de la dignité aux professeurs. Nous découvrons que quelques-uns de ceux-ci sortent « des froids de la Calédonie ou des régions stériles ».

Un compagnon déposant les intestins dans un seau, et un chien léchant le cœur du meurtrier, sont des objets dégoûtants et nauséabonds. Le vaisseau dans lequel le crâne et les eaux bouillonnent donne quelque idée du chaudron infernal d’Hécate.

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