T. - UTILITÉ, DEVOIRS, ROLE
’ÉcrnTURE commande d’honorer trois sortes de personnes ; voire père, le roi et le médecin. Saint Paul précise ;
Honora Medicum propLer necessilatem.
Respecte le médecin, parce que tu peux en avoir besoin (1).
Ce conseil égoïste s’adresse à ceux qui se rient de la médecine, en bonne santé, mais
(1) On donne encore au précepte de l’Évangéliste celle inlerprélalion j)laisanle : « l’aye les honoraires du Médecin, ]iarce qu’il en a besoin ».
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GAYETEZ d’eSCULAPE
L’on peslc de loul temps contre le Médecin;
Tant que mourra le monde, on en aura l)esoin.
C’est surtout au sujet de la médecine qu’il ne faut pas dire :
Fontaine., je ne boirai pas de ton eau.
Allusion à un ivrogne, qui avait juré ne jamais boire d’eau et se noya dans un bassin.
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N'habite pas là où l’on manque de temple, d'école, d’astrologie ou de Médecin, dit une sentence indienne.
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La boutique du Médecin est aux champs et à la ville (xvi® siècle). — 11 est toujours par monts et par vau.x.
Le Médecin n’a point de repos s’il n'est à cheval (xvi* siècle). — 11 ne se repose que sur sa selle, car chez lui, il est dérangé jour et nuit.
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On voit plus de vieux ivrognes c[ue de vieux Médecins. — Les fatigues physiques et psychiques usent plus vite que les excès alcooliques. Dans les tables de longévité, les Médecins sont au bas de l'échelle ; et par contre, les ecclésiastiques — les Médecins de l’âme — tiennent la tête.
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Geistliche reinigen das gewissen aerzte den leib juristen den beutel : les Médecins purgent le corps; les théologiens, la conscience et les gens de loi, la bourse.
PARÉMIOLOGIE MEDICALE
Le Médecin est le ménétrier du corps et de l’âme. — Il agit sur le physique et le moral. Au xv® siècle, on disait : la présence d’un Médecin profite beaucoup. — Son rôle est de guérir quelquefois, soulager souvent et consoler toujours.
Le Médecin cherche du travail et prie le bon Dieu de ne pas en trouver. — En effet, comme l’a remarqué Amédée L.atour, le Médecin vit des malades ; or, toute sa vie, il fait tout ce qu’il peut pour qu’il y ait le moins de malades possible.
Le Médecin est la fourmy, disait-on déjà au xv® siècle. Rien de changé depuis ; il n’est pas de profession qui exige un labeur plus continu et le Médecin peut répéter avec Condé, dans la Conjuration d’Amboise, de L. Bouimiet ;
Messieurs, dans ma famille, on a cela de beau,
Ou on ne croise les bras qu'au fond de son tombeau.
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L’aphorisme d’Hippocrate : Ars longa, vita brevis (1), est toujours d’actualité.
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Le Médecin est pauvre et riche. — Il gagne peu et fait beaucoup de bien. Par ses concessions aux sociétés philanthropiques, par ses soins aux indigents, étant donné ses modiques ressources, on peut dire
(1) Le malicieux amant de la belle Laure de Noves, Pé- TRAnguE, ajoutait : Vitam medici diim breveni dixerunl, brevissimam effeçerunt.
qu’il dépense plus en aumônes que le plus généreux des millionnaires.
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Un grand Médecin ne fait point le pot honillir. — C’est un peu changé de nos jours; un peu seulement, car combien de praticiens tort occupés — nous ne parlons pas des chirurgiens — n’arrivent qu’à joindre les deux bouts. Quant à la majorité du corps médical, elle végète. La médecine est au régime végétarien, dirait Calino :
Mourir de raliguc ou de faim.
Tel est le sort du Médecin.
11 en est môme cpii meurent des deux façons à la fois.
Si le Médecin ne demeure riche, ça esté une beste. — La bêtise humaine est une vache à lait inépuisable et le médecin, peu scrupuleux, s’enrichit en l’exploitant sur une large échelle.
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Bon mire est qui sait guérir. — On demande, avant tout, que le Médecin guérisse, — ayite omnia curât, — et le public, simpliste et ignorant, juge l’homme de l’art par le résultat : le malade a guéri, donc le Médecin est bon. Ce qui n’empêche pas Trousseau de perdre sa fdle de la fièvre typhoïde et de rester le Médecin par excellence.
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Le Médecin n’est pas le bon Dieu. — Il ne peut toujours guérir, puisqu’il faut finir par la fin.
PARKMIOLOGIE MEDICALE 285
Le Médecin nest pas louis d'or. — Il ne plaît pas à tout le monde, quoi qu’il fasse.
L'homme qui est au pouvoir doit imiter les Médecins, et ne pas appliquer les mêmes remèdes ci tous. (Proverbe arabe).
Il n’y a qu’aux Médecins qu’il est permis de tirer la langue. — C’est un acte que réprouve l’urbanité et auquel les Médecins peuvent avoir recours pour éclairer leur lanterne, la langue étant le miroir de l’eslomac. Les Espagnols disent : Me rigagno los dens comme a un Medici (Montre-moi les dents, comme à un Médecin).
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Medicus enim nihil aliud est quamanimi consolatio. — Cet axiome, que Pétrone place dans la bouche d’un fou (1), est fort sensé :
Chrysanlhc, dit ce clairvoyant, s’cn est allé parce qu'il a eu un trop grand nombre de médecins; ou plulùt il a succombé à son mauvais destin, car un médecin ne peul que soulager l’esprit.
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Si le Médecin ne peut sauver le corps, il lui faut sauver l’âme. — C’est-à-dire consoler.
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Après le Médecin, il y ale miracle. — Proverbe Irès répandu dans la sainte Russie. Le médecin ne doit jamais condamner un malade; il s’expose à des surprises assez fréquentes et qui peuvent nuire à sa clairvoyance.
(1) .Salgrion, cb. XLII.
GAYETEZ d’eSCULAPE
A good surgeon must hâve an eagles eye, a lions heart, and a lady’ s hand. (Un bon chirurgien doit avoir un œil d’aigle, un cœur de lion et une main de femme), disent les lils d’Albion.
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Il y a grande distance du poids au cul. — Pensée triviale, mais expressive, émise parles Espagnols du XVII® siècle, pour établir la prééminence des médecins sur les apothicaires (1). Cependant autrefois, toutes les thèses médicales étaient placées sous l’invocalion de saint Luc, patron des médecins, dont l’anagramme est en contradiction avec ce dicton et rappelle la doctrine des signatures.
tl) OcESNAY a cherché, inulilcmenl d’ailleurs, à séparer les chirurgiens des barbiers, que les médecins regardaient comme de vils artisans et confondaient dans le môme mépris. Le sarcastique Gui’ Patin les qualifiait de « laquais liottés, méchants coquins ».