XII. — HONORAIRES, APRETE AU GAIN
Exige, dum dolet ; post curam, medicus olet. (Faisloi payer quand le malade souffre ; dès que le malade est guéri, le Médecin pue (1). — La pi’euve ? Elle se trouve dans cette histoire, arrivée à Voillemier et racontée par Monin.
Un viveur, dont le canal ou la prostate laissait à désirer, fut pris d’une violente rétention d’urine, survenue après une fête un peu trop corsée. « Vite, qu’on fasse venir un Médecin ! » s’écrie notre homme...
Le docteur \’oiIlemier arrive ; inutile de dire qu’il fut reçu comme le Messie aurait pu l’etre. En une minute, la sonde convenablement graissée a pénétré dans la vessie, et le patient contemple avec délices le Ilot doré qui s’échappe de son organe distendu. La dernière goutte n’était pas plus tôt sortie que notre malade, tout à fait soulagé, demande au docteur combien il lui doit. . pour ce petit service :
— C'est quarante francs, répond Voillemier.
— Quarante francs..., c’est bien cher; en vous en donnant la moitié, ce sera bien assez pour cinq minutes de travail.
— \'a pour ’la moitié, dit le chirurgien ; laissez-moi finir mon affaire ; et, sans désemparer, il injecte au moyen de la sonde et d'une seringue à anneau, préparée en cas de besoin, la moitié du liquide qu’il venait d’extraire, puis il retire sa sonde et se dispose à plier bagage.
— Mais que faites-vous, docteur, s’écrie le client stupéfait. Allez-vous me laisser ainsi ?
(1) V. Le Mal qu'on a dildes Médecins, p. 228.
r.AYETEZ u’eSGULAPE
Certainement, pnis(jue vous ne me donnez que la moitié de mon prix, il est juste que je ne vous vide votre vessie qu'à moitié.
Ouoi([ue avare, notre rétréci comprit la leçon et avoua que si \'oillemier avait fait son prix d’avance avec lui, il lui eût oITeid de grand cœur le double ou le triple de la somme qu'il avait demandée.
VW
Médecine et jirocure Fais-toi payer quand le mal dure.
Il y a, on cffol, eiilre les médecins et les avocats de nombreux points de ressemblance : on a recours aux uns, (piand les fondions organiques se troublent et aux autres, si les intérêts sont en jeu; pendant la cri.se, les clients — malades et plaideurs — font les plus belles protestations à leur libérateur: la guérison survenue ou le procès gagné, on oublie ses promesses. Mais les avocats ont le bon esprit de se faire honorer d’avance.
Déjà, sous Philippe le Bel, Jean de Mkuun, dans son Roman de la rose, constate l’analogie entre les deux professions, qui paraissent si distinctes :
Advocats et Physiciens (1)
Sont tous liez de tels liens.
Tels pour deniers sciences vendent,
Et tous à cette hard se pendent Tant ont le gain, et doux et fade,
Ou’ils voudroient bien pour un malade Ôu’il y en eust plus de cinquante.
Ce n’était pas toujours saint Luc, mais saint « Lucre », le patron des Physiciens. Mais revenons à
(1) L’estime que l’on avait pour nos ancêtres, les physiciens, était plutôt limitée, si l’on s’en rapporte encore à la Bible de Gvior, de Provins, dont il a été plus haut question.
PARÉMIOLOGIE MEDICALE 321
la question des honoraires, V « argument sans réplique » de Basile.
A loulepeine est dû salaire. — Il faut que la chenille vive du chou et le prêtre de V autel.
VW
Le lésion (1) d'un Papau et d’an Huguenot ne se battent jamais en l’escarcelle d’un Médecin. — Ce quolibet du XYi” siècle rappelle la rapacité de certains Médecins (2), pour qui « l’argent n’a pas d’odeur » et qui murmurent, en recevant leurs honoraires : Page-, payez, et vous ne serez pas considéré. Ces mêmes Médecins n’oublient jamais de faire avec la tête, « le signe de la croix », en entrant chez un malade, pour voir s’il y a de l’aisance dans la maison.
•VW
Arrha mortis, Medici pretium. — (Honoraires au Médecin, arrhes à la mort).
Diox es et que sana
Y’ et niedico se lieua la plala (3).
(C’est Dieu qui nous guérit et c’est le Médecin qui empoche notre argent.)
(1) Pièce de monnaie.
(2) Le désintéressement, à part celui d’Hippocrate illustré par Girodet,ne semble pas avoir été la vertu prédominante des anciens Médecins ; Saint Bernard se plaint déjà de l'avarice des praticiens de son temps ; Gui Patin reproche souvent à ses confrères leur âpreté au gain : il cite Beda, Benaudot et tant d’autres « comme gens à faire ce que l’on veut à qui plus leur donne » ; Guénaui.t, d’après le même épistolier, disait « qu'un grain de fortune vaut mieux que dix onces de vertu. »
(3) Le Tour du Monde, 1872.
GAYETEZ d’eSCULAPE
Guéris oune guéris pas, c’est le même prix. — Rappelle un dicton franc-comtois sur les apothicaires : Que lelavement agisse ounon,ilfaut lepayer. — C’est aussi l’opinion de Sganarelle : « Soit qu’on fasse bien, ou soit qu’on fasse mal, on est toujours pay6 de môme sorte. >)
Medico da horse. (Médecin dos bourses). — C’està-dire, Médecin cpii n’est bon qu’à vous tirer de l’argent.