‹ Gayetez d'EsculapeChapitre 126 sur 233 · VX'X · texte numérisé non relu

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Argent comptant porte Médecins.

Tel refuse d’une main qu’il voudrait tenir de l’au-

Fig. 53.

PARÉMIOLOGIE MÉDICALE

— En représentant un Médecin comme l’actcur principal de ce proverbe (fig. 53), Jacques Lagniet semble réserver exclusivement au corps médical cette critique, qui, en réalité, vise toute personne intéressée. Hiéroclès, au v® siècle, est plus précis ; il se moque d’un Médecin qui prend ses lunettes pour examiner l’argent reçu et les quitte pour regarder les urines sur lesquelles il est consulté.

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Prendre l’argent à la façon des Médecins. — Le moine Théophile Folengo, conteur italien, au livre septième de son Histoire macaronique de Merlin Coccaie, prototype de Rabelais, montre un lourdaud d’apothicaire, qui met la main à sa bourse et « la vuide de tout ce qu’estoit dedans, le baillant au rusé Cingar, qui le prend très bien, en le refusant quelque peu, après l’avoir en sa main à la façon des Médecins. » Rabelais semble s’être inspiré de ce passage, dans Pantagruel, où Panurge met en la main du docteur Rondibilis quatre nobles à la rose : « Rondibilis les print très bien, puys luy dit en effroy comme indigné : Hé, hé. Monsieur, il ne falloyt rien. » Sganarelle use du même procédé, dans le Médecin malgré lui.

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L’un meurt de ce dont l’autre vit. — Ce qui nuit à Vunduità l'autre. — Les Danois disent : Lov-Kïon og barsker hâve gavn af andres skade (Les hommes de loi et les Chirurgiens gagnent quand les autres perdent). — Traduction libre de la sentence analogue émise, au premier siècle av. J.-C., par Publius Sy-

OAYETEZ u’eSCULAPE

rus : Male hdbebit mediciis, nemo si male habiient, que Souesmc a mise eu distique :

Le sort d’un Médecin esl vraiment I)ien fatal :

Ouand les clients A'ont bien, le Médecin va mal.

r. est la réflexion de Philémon, le jeune : « Un Médecin est bien malade, quand tout le monde se porte bien )>. « Nul Médecin ne prend plaisir à la santé de ses amismesmes », dit encore l'ancien comique grec, cité par Montaigne.

A petit mercier, petit panier, s’applique aux Médecins sans renommée. Les anciens disaient : Parvum parea decent, et nos pères : « A petit saint, petite offrande ; à petit chien, petit lien ».

En vertu de ce préjuge, le public paie beaucoup plus cher à une « célébrité » la tisane que, tout aussi bien, pouvait lui conseiller son médecin ordinaire.

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Mal prend au malade qui choisit son mire pour héritier. — Traduction de cette pensée malhonnête de PuBLius Syrus : Male secum agit æger, medic.um qui hæredem facit. Cette injure à notre profession a été consacrée par l’article 909 du Code civil, qui interdit au Médecin d’êlre légataire universel d’une personne traitée par lui dans la dernière maladie. Aussi, l’épigramme de Po.an S.aint-Simon, sur ce sujet, perdelle tout son sel :

Ce l)on vieillard Lourmcnlé de coli([uc Ne [)euL maruiuer d’en voir bienlôl la fin.

Il a pour Esculapc un fameux Médecin Ou’il a nommé son légataire unique.

PARÉMIOLOGIE MÉDICALE

Mémoire, Compte d'apothicaire. — Comple sur lequel on a beaucoup à raballre. D'après A. Franklin (1), vers la fin du xvii^ siècle, l’usage était de réduire le mémoire de moitié. Un mari, venant discuter, à l’église Saint-Paul, le prix de l’enterrement de sa femme, propose aux marguilliers moitié de la somme demandée :

.le crois qu'il est plus à propos,

Pour bien sortir de celle alTaire,

De régler tous les frais en gros Comme ceux d'un apothicaire,

C'est-à-dire, en bonne amitié,

Retrancher la belle moitié (2).

Quand on vous présente un mémoire aux prix sensiblement majorés, votre première exclamation est : Quel compte d’apothicaire ! Le compte d’apothicaire est passé dans la langue proverbiale, comme synonyme de note d’honoraires exagérée (fig. 54). D’où vient ce dicton, nous l’ignorons; mais ce qui a contribué à l’accréditer, c’est, nous en sommes convaincu, l’immortel comique, dans sa pièce du Malade imaginaire (3).

Vous vous rappelez la scène. Argan assis, une table devant lui, compte avec des jetons les diverses substances qui entrent dans le mémoire de son apothicaire :

« Plus, du vingt-quatrième, un petit clystère

insinuatif, préparatif et rémollient, pour amollir, humecter et rafraîchir les entrailles de mon-

(1) La Vie privée d’aiilrefois : les Médicaments.

(2) L’Abbé de Maiugny, Le Pain bénit, 1G73.

(3) Acte I, SC. I.

GWETEZ d’eSCULAPE

trente sols.

« Plus, tlucliljour, un' bon clyslcrc (léLei-sif, composé avec calholicon double, rhubarbe, miel rosal, cL

autres, suivant ordonnance pour balayer, laver et nettoyer le bas-ventre de monsieur. . trente sois.

« Plus, dudit jour, le soir, un julep hépatique, soporatif et somnifère, composé pour faire dormir monsieur trente-cinq sols.

PARÉMIOLOGIE MEDICALE

« Plus, du vingt-cinquième, une bonne médecine purgative et corroborative, composée de casse récente, avec séné levantin, et autres, suivant l’ordonnance de M. Purgon, pour expulser et évacuer labile de monsieur quatre livres.

« Plus, dudit jour, une potion anodine et astringente, pour faire reposer Monsieur . . trente sols.

« Plus, du vingt-sixième, un plystère carminatif, pour chasser les vents de Monsieur . . trente sols.

{( Plus, le clystère de Monsieur, réitéré le soir comme dessus trente sols.

« Plus, du vingt-septième, une bonne médecine composée, pour hâter d’aller, et chasser dehors les mauvaises humeurs de Monsieur . . trois livres.

« Plus, du vingt-huitième, une prise de petit-lait clarifié et dulcoré, pour adoucir, lénifier, tempérer et rafraîchir le sang de Monsieur. . . vingt sols.

« Plus, une potion cordiale et préservatrice, composée avec douze grains de bézoard, sirop de limon et grenades, et autres suivant l’ordonnance cinq livres.

Tel est le mémoire de l’apothicaire l’ieurant.

On pourrait croire, à première vue, que Molière a volontairement poussé à l’outrance, pour faire rire le public aux dépens de ses personnages. Nous avons la preuve qu’il n’a rien exagéré; bien au contraire, qu’il est resté bien au-dessous de la vérité.

Voici, par exemple, un compte d'apothicaire qui n’est pas le premier venu, puisqu’il n’est autre que l’apothicairede Henri IV. A côté d’un tas d’emplâtres, de sirops composés de toutes sortes de simples », de clystères laxatifs, « à 20 sols pièce », notre bonhomme énumère complaisamment, môlés aux re-

GA VETEZ d’eSCüLAPE

mèdes les moins ragoûlaiiLs, les friandises qui plaisaient au roi, sucreries, gûleaux et confitures.

Il fait mention de sucre candi, de conserves de roses, de sirops aromatisés et clarifiés, de boîtes de •dragées et de massepains.

« Au sortir du bal, verres d’eau sucrée et boîtes de massepains, pour les filles de la reine.

« Porté en la chambre du roi deu.v boîtes de massepains : prix, 45 sols.

« Boîtes de dragées et massepains pour les filles et pour M. de Roquelaure. »

Une femme, entre autres, qui était particulièrement gourmande de toutes ces sucreries, c'était la belle bosseuse, une des mille et une maîtresses du Don Juan couronné quia mérité l’appellation de Vert- Galant.

Le compte énumère :

« Pour Mademoiselle bosseuse, une livre sucre fin : 40 sols (1). »

Pour la môme, nous trouvons un nombre considérable de fournitures de boîtes de dragées, de confitures, de réglisse, de « phiolles » de sirop, etc.

Sans doute, parmi les filles de la reine, le nom de bosseuse n’est pas le seul qui soit mentionné et qui soit souvent répété dans le compte de l’apothicaire ; mais voici ce qui nous apprendrait, si nous ne le savions déjà, l’intimité de la belle gourmande avec le roi :

« Plus pour le roy, porté à la chambre de Mademoyselle bosseuse, une livre trois quarts de massepains et 4 onces de sirop : 2 écus 3 livres. »

(l) Henri IV, par de Lagrèze, pp. 273 el suivantes.

PARÉMIOLOGIE MEDICALE 329

Cela est assez significatif et se passe de commentaire.

Peut-être se dira-t-on qu’un roi étant un « client » d’une espèce rare, il n’est que juste de lui tenir, comme on dit, la « dragée haute » ; mais qu’on se détrompe, si on croit que les souverains seuls étaient maltraités par ces bons apothicaires ; les « petites gens» n’étaient pas à l’abri de cette exploitation mercantile. '

Nous n’en voulons d’autre preuve que la pièce suivante, exhumée des archives d’une petite sous-préfecture du Lot, par le regretté Greil, un amateur au flair pénétrant, qui connaissait sa province mieux qu’homme au monde. 11 s’agit d’un compte d’apothicaire, fourni pour médicaments, livrés de 1772 à 1773 au chapitre de Gourdon, et destinés au sous-maître, aux enfants de chœur et aux servants de la maîtrise.

Il nous semble, dit le bon M. Greil, que ces messieurs absorbaient beaucoup de bouillons, de sirops et d'amandes. Et il nous offre ce témoignage probant de la polypharmacie de l’époque:

Liv. Sou3. Dell.

6 mai 1772. — PourM. le sous-maîlre, une médecine composée de séné 3 gros, tamarin une once, rhubarbe un gros, avec Heurs de pécher une pincée, sel de glauber un gros, manne

2 onces 1 10 00

7 mai 1772. — Bouillon composé au bain-marie avec une tranche de maigre de veau, 4 écrevisses, racines d’oseille, de chicorée, chiendent, patience sauvage, chélidoine, pimprenelle, aigremoine, cerfeuil, cresson de fontaine, un cœur de

A reparler. . . 1 10 00

GAYETEZ d’eSCULAPE

Liv. Sous Den.

Repovl. ... 1 10

lailiic, sel de glauher 2 gros, et une poignée de

chicorée et feuilles de hourrache 2 »

19 mai 1772. ~ Pour le même, médecine composée de manne 10 onces, follicules de séné 2 gros,

vin slihié 3 gros 1 4

21 mai 1772. — Pour une servante, 12 onces sirop

de pied de chat 1

23jaillel 1772. — Pour une servante, médecine composée d'une décoction de chicorée avec deux gi'os follicules de séné, manne 2 onces et demi-

once de vin stibié 1 ]0

2 janvier 1773. — Pour le nouveau sous-maître, un amandé cuit à la Heur d’orange et le sirop

de nymphœa 0 15

Janvier 1773. — Pour un enfant de chœur, un collyre composé avec le safran lin, la tutic préparée et l'iris de Florence 0 15

13 Janvier 1773. — Pour une servante, une pommade pour une bridure faite avec huile d’amande douce, trois onces, pommade de limaçon, une

once, et de l'eau de chaux seconde 2 10

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