UN PANÉGYRISTE PRESSÉ
L’abbé Maury, pressant de questions l’abbé de Beaumont, vieux et paralytique, sur les événements de sa vie, celui-ci, comprenant qu’il s’agissait de recueillir des matériaux pour son éloge à l’Académie, lui dit sur un ton d’ironie :
— L’abbé, vous me prenez mesure.
GAYETEZ d’eSCULAPE
LE COMBLE DE L’ÉGOiSME 1
CoLAHDEAu, célèbre comme Legouvé, par une ver- zj sificalion pleine de charme, fnl comme lui enlevé par î une mort précoce. Il élail an plus mal, (juand Barlhe, l’anlenr des Fausses Infidélités, vinl lui faire une visite. L’amitié élail le moindre des intérêts (|ui l’amenait.
Sans être méchant, Barthc n’était rien moins que sensible. Sans trop s’informer de l’état du malade, le voilà qui parle de prose, de vers, et bientôt lire de sa ' poche un énorme manuscrit, qu’au milieu des terreurs de la mort le moribond ne voit pas sans trembler. >
— « Je veux, dit Barlhe, avoir ton avis sur une |
comédie que je viens de terminer. C’est un grand r
ouvrage, un ouvrage en cinq actes. 11 est intitulé [
rEr/oïs77ic ou VHomme Pe^'sonnel. Ne m’épargne pas f
tes conseils ; je viens les chercher: je ne viens que i
pour cela. » |
— « ^lon ami, dit Colardeau, le seul que j’aie à \
te donner, c’est de tâcher de raconter dans ta pièce ^
qu’un homme bien portant est venu lire à un pauvre t
diable d’agonisant une comédie en cinq actes... tout J
entière... C’est le trait d’égoïsme le plus parfait que I
je connaisse. » Et il expira. j