DES AVANTAGES DE LA MALADIE
M. de Maupertuis, en dissertant dans ses Lettres sur la maladie, remarque avec raison que les auteurs
(1) Mémoires de Marmontel.
GAYETEZ U ESCULAPE
qui se sont avisés de faire l’éloge de la goutte, de la fièvre, de la pierre et d’autres maladies non moins cruelles, ont voulu se singulariser, soit par un goût peu sensé du paradoxe, soit pour faire briller mal à propos leur esprit. Comment, en elTet, bien faire l'éloge d’un état qui est le comble du malheur des hommes?
Cependant, M. de Maupertuis examine s’il n’y a pas dans la maladie des avantages réels capables de nous consoler, capables môme de nous y procurer des plaisirs. 11 parle d’après sa propre expérience, et rapporte quelciues rétlexions, qu’une maladie de poitrine longue et désespérée lui a fait faire. « J’ai connu, dit-il, un homme bien respectable, qu’une maladie semblable à la mienne avoit conduit à l’état le plus heureux. J’ai vu, ajoute-L-il, cet homme quioccupoit une vaste maison, trop petite auparavant pour lui, réduit, dans la plus petite de ses chambres, à se faire une occupation agréable de l’arrangement de quelques estampes; et cet esprit, auparavant rempli des plus grands objets qui occupassent l’Europe, trouvoit de véritables amusements dans des jeux capables à peine d’amuser des enfants qui se portent bien (1). »
Comme quoi la maladie a ses avantages !