ULTIMA VERRA
Le jour de sa mort, Dorât se fit coiffer avec le plus grand soin ; on ne l’avait jamais vu mieux poudré, mieux bichonné. — « D’où vient ce surcroît de luxe? dit en cachant sa douleur le marquis de Saint-Marc ; il y a là-dessous quelque intrigue mystérieuse. »
— « Vous ne savez donc pas, dit Dorât en s’égayant, que j’ai des accointances avec la mort; cc n’est pas pour en médire, mais celle-là se fait moins prier que les autres. Son messager, c’est-à-dire mon médecin, m’aditqu’elle viendrait me prendre cette après-midi; vous verrez que je n’attendrai pas longtemps. J’ai conservé la galante coutume d’être le premier au rendez-vous. » Toutes les dames présentes se détournèrent pour cacher une larme. Mademoiselle Fannier(l) se jeta toute pâle et brisée dans les bras de Dorât. « Tu m’as fait du bien au cœur, lui dit-il en souriant, mais tu m’as décoiffé ! »
Ce furent ses dernières paroles.
(1) De la Comédie-Française.
OAYETEZ U ESCULAPE