DISTRACTION D’ARTISTE
Le professeur Charcot, d’ordinaire si grave, ne dédaignait pas une légère fumisterie de bon goût. Je me souviens de celle-ci : un matin, à la Salpétrière, un de ses élèves, depuis longtemps arrivé à tous les litres désirables, et son collègue dans cet hospice, le
(1) JoüRDAX, Biogr, méc/.,VI, 531.
G.VYETEZ D ESCULAPE
prie de venir lui donner son avis sur une malade dont l’examen clinique très compliqué était la source d’interpré tâtions de diagnostic très variées. Charcot arrive, suivi de tout son service, s’asseoit au lit delà malade, attentif et sévère, pendant que le médecin expose magistralement, en une leçon soigneusement préparée, l’étatclinique de la malade. Charcot attentif, mais les yeux li.xésau fond de la salle, semble absorbé. Quand la leçon du médecin est finie, qu’on se recueille pour écouter la parole du Maître et être enfin fixé sur le fameux diagnostic qui tcnaiten suspens tous les neuropathologistes de l’Ecole, le Maître se lève et gravement, s'adressant au médecin : « Savez-vous de quelle école est ce tableau... là-bas au-dessus de la porte?... » Stupéfaction... Tableau — c’est le cas de le dire — et devant le silence du médecin qui fait des signes d’ignorance... Charcotmurmure un nom, une date et il... s’éloigne, gravement, suivi de tout son service. Je crois que le diagnostic de la malade est toujours resté ensuspcns; maisl’Ecole de la peinture avait été diagnostiquée.
Le Correspondant médical.