CA R J AT
Fig. 38. —
Malgaigne
l’esprit des célébrités médicales
lés, et puis les retards devinrent des omissions ; je n’entendis aucun reproche, aucune parole de blâme.
Or, voilà que, vers le milieu de l’année, un chirurgien étranger, qui suivait le service, me demande une note sur un malade guéri, dont il avait quelque peu dirigé le traitement, avec l’autorisation et sous la surveillance du chef, lly avait tout lieu de craindre que cette note ne devînt le point de départ d’une publicité intéressée ; j’étais bien décidé à ne pas la donner, mais je ne savais comment motiver mon refus. Je demande conseil au maître. Je n’ai jamais oublié celte petite scène: nous marchions dans la salle, il s’arrête, tourne vers moi des yeux pétillants de malice, et avec un sourire bien narquois pour le coup, mais avec une exquise bienveillance, il me dit : « Comment ! vous ôtes embarrassé pour celte observation ; mais c’est bien simple, faites comme pour moi, promettez-lalui. » Ce fut sa seule allusion à mes défaillances d’éci'iture.
On sait comment Gil Blas perdit la faveur de l’archevêque de Grenade ; un incident, analogue par le début, tout contraire par l’issue, me fit gagner, dès les premiers temps de mon service, l’attention et la sympathie de Malgaigne. 11 me parlait un jour de Bacon, et de son livre sur l’avancement des sciences, me disant qu’il considérait cet ouvrage comme le premier cri de l’indépendance scientifique contre le dogme de l’autorité.
Confiant en sa tolérance pour l’objection, je me hasarde à lui dire ; « Mais ne pensez-vous pas que, à ce point de vue, Bacon a eu au moins un précurseur.
GAYETEZ D ESCULAEE
eUjue Paracelse, brûlanLà Bâle, devanlses auclileurs, les œuvres de Galien et d’Avicenne, a été le véritable initiateur de la liberté d’examen ? » 11 me regarde de côté avec quelque surprise : « Vous avez raison, ditil, mais j’ai surtout envisagé la rénovation par la doctrine et la méthode. Il ne faut pas oublier, d’ailleurs, (jue si celle précieuse liberté a été étouffée pendant des siècles, elle n’était pas inconnue de l’antiquité. » Là dessus il s’arrête ; ce que voyant, je continue: « iVh ! sans doute, cela est bien certain, puisque Platon, dans le Phédon, donne, par la bouche de Socrate, ce précepte signilicalir : « ce n’est pas assez (|u'Hippocrate l’ait dit ; il faut encore examiner si Hippocrate l’a dit avec raison. »Le maître me répond d’un regard cordialement approbateur, il me prend la main, et il termine l’entretien par ces paroles qui ne sont plus sorties de ma mémoire : « Vous savez donc quelque chose de ces belles histoires, c’est très bien, nous en causerons aussi souvent que possible. » Nous en avons causé bien des fois, en effet, et ces causeries sont le charme de mes souvenirs.
S. Jaccoud, Eloge académique (1903).
OU EST LE CRANE DU Dr GALL ?
Un Congrès de phrénologie s’est tenu à Londres, à l’occasion du 138“ anniversaire de la naissance de Joseph Gall, le créateur de la crànioscopie, autrement dit, la phrénologie.
A ce propos, bien peu de personnes savent que
l’esprit des célébrités médicales
l’illustre savant, dont les restes reposent au Père- Lachaise, a été inhumé sans tête. Si l’on découvrait son cercueil, on s’apercevrait que la tête véritable a été remplacée par une tête de plALre, de dimension ordinaire, qui figurait dans la collection du célèbre phrénologue.
Gall mourut le 22 août 1828, dans sa maison de campagne de Montrouge, et son corps fut transporté rue Saint-Honoré, 327, dans l’appartement que le savant habitait depuis son arrivée à Paris. Gall avait exprimé la volonté que sa tête, après sa mort, lut détachée du corps et placée dans la collection qu’il avait composée de son vivant et qu’il légua à l’Etat.
Ce fut le docteur Vimont qui se chargea de cette pénible opération. Le cerveau pesait exactement deux livres onze onces. Le corps fut embaumé selon l’antique méthode, en présence d’un certain nombre de célébrités médicales et scientifiques de l’époque.
Le monument de Gall au Père-Lachaise, qui fut élevé par souscription, consiste en un sarcophage en pierre, surmonté d’un cippe supportant le buste en marbre du fameux docteur. Ce buste qui est, paraîtil d’une ressevnblance parfaite, a été exécuté par le statuaire Foyatier, qui avait lui-même moulé la tête de Gall.
L’illustre phrénologue ne laissa aucune descendance. Sa veuve, qu’il avait épousée en secondes noces, se remaria à Lyon avec le docteur Imbert, lequel, à sa mort, légua à un de ses confrères, le docteur Barbier, tous les meubles, livres et manuscrits qui avaient appartenu à Gall.
GAYETEZ d’eSCULAPE