‹ Gayetez d'EsculapeChapitre 225 sur 233 · LE LAPIN ET LE SAVANT · texte numérisé non relu

LE LAPIN ET LE SAVANT

Jeannot lapin, l'infortuné,

Au logis d’un savant fut un jour amené.

Ces savants ont une àme dure :

Ils se plaisent dans la torture

l'esprit t)ES CÉLÉBRITÉS mÉdICALÈS

De maint animal innocent,

Espérant arracher à la mère nature Quelque secret au prix du sang.

Donc notre savant détestable Mit Jeannot lapin sur la table ;

Mais Jeannot lapin résistait,

Secouant sa tète meurtrie.

En des soubresauts de furie,

Comme un démon il s’agitait.

« Indocile animal, slupide créature »,

Dit le professeur irrité.

Pour une méchante piqûre.

C’est bien du bruit en vérité !

Tu fais preuve à mes yeux d'une ignorance extrême ;

Car si je m’occupais de loi.

C’était pour éclairer un merveilleux problème ;

C’était pour résoudre une loi Qui, si tu comprenais, t’éblouirait toi-même...

Je sais que ce raisonnement Dépasse de beaucoup ton humble sapience;

Mais laisse-moi tranquillement Poursuivre mon expérience;

Je vais près de ton cœur enfoncer mes ciseaux.

La tentative est délicate :

J'enlève ces deux petits os...

Et c’est fini, foi d'Hippocrate.

Quand le succès n’est pas douteux.

Souffrir un peu, c’est peu de chose ;

Songe que tu soutiens une sublime cause,

Et que notre gloire à tous deux Sur ton seul courage repose.

N’es-tu pas mieux pourvu que les a'ieux obscurs ? Pour quelques moments un peu durs,

Pauvres inconnus que nous sommes.

On nous célébrera dans les âges futurs Comme les bienfaiteurs des lapins et des hommes. \ ce discours rempli d'appas.

Le lapin ne répondit pas.

Il se démena de plus belle,

Si bien que, le trouvant à ses projets rebelle. L’opérateur dut le laisser partir.

Ilélas ! Jeannot lajun eut à s’en repentir ;

GAYETEZ d’eSCULAPE

Car il vécut longtemps, mais il vécut sans gloire. Un chou fut toute son histoire, l’etit peuple, menu fretin.

C’est pour vous ijue j’ai fait ce conte ;

Suivez l’exemple du lapin.

Vous y trouverez votre compte.

N’écoutez pas les potentats.

Puissants conducteurs des Etats,

Oui vous rehattenl les oreilles De la gloire et de ses merveilles.

Faisant luire à vos yeux, pour la postérité, L’espoir d’un vain éclat chèrement mérité.

Cens de peu, gens de rien, ne soyez pas si bétes ; Laissez les empereurs faire seuls leurs conquêtes. Et sachez, restant sourds aux clairons des tyrans, Oue le sang des petits fait la gloire des grands.

Professeur Ch. Richet.

Page 1