PENSÉES ET RÉFLEXIONS
Dans une de ses chroniques du Temps, M. Jules Claretie cite un mot de Trousseau, ([ui suffirait à donner raison à Molière, dans ses plaisanteries contre les médecins :
— La médecine n’est pas tme science dont les résultats sont certains : c’est im art dont les jouissances sont imprévues !
Et à cette occasion, M. Claretie rappelle une des plus amusantes anecdoctes d’Auguste Villemot, cet ancêtre de la chronique parisienne :
« Un homme, victime d’une explosion, est apporté chez un médecin, littéralement embroché par un morceau de 1er. La broche entrait par le ventre, ressortait par le dos. On a vu de ces cas à la fois comiques et désespérés dans les féeries.
Le docteur tâte le pouls au malade :
— Vous êtes blessé gravement, monsieur, lui ditil, car vous avez la fièvre !
— Je sais bien que je suis blessé ; j’ai trois pieds de fer dans le ventre !
— C’est la première fois que pareille indisposition vous arrive ? demanda le docteur.
— La première fois, oui, monsieur.
— Vous devez être embarrassé pour vous coucher sur le dos ?
— Très embarrassé.
— Et sur le ventre ?
— Egalement.
— Il vous est certainement plus facile de vous coucher sur le côté ?
G.VYETEZ n ESCULAPE
— Oui, docLciir ; un peu plus l'acilo.
— Très bien. Je vois ce que c’esL. C'esL une broche qui vous passe à travers le corps. Reste le traitement à suivre. Deuxcasse présentent : ou laisser la broche, etalors il va à craindre des accidents innainmaloircs mortels, ou extraire la broche, et il y a chance pour que vous ne surviviez pas à l’opération. Voire sort est entre vos mains, choisissez le mode de traitement. (Juant à la science, elle a ses limites ! Mais elle s’intéressera également à celui des deux partis que vous prendrez ! »
M. Claretie a oublié un détail charmant de ce dialogue. C’est cette tpicslion du médecin au client embroché :
— Pareil malaise est-il arrivé déjà à un de vos parents ? En un mot, est-ce héréditaire ?