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UNE VISITE A BICÊTRE

M. Xecker etM“’®Necker, assistés de M"’“ Trudaine, aidre philosophe éclairée, promenaient leur philanthropie dans la cuisine et les cabanons, les corridors et les cours de l’hôpital des fous ; c'élait pour inspec-

OA VETEZ d’eSCULAPE

ter le régime alimenlaire, hygiéniciue et curatif de cçs détenus, et c’était aussi pour y contrôler cette partie de l’administration du Ministre de la maison du Roi, M. de Breteuil.

M'"« Necker faisait toujours semblant d’étre convaincue (pie les criminels étaient des innocens et (pie la plupart des pendus n’avaient pas mérité de l’étre ; mais elle était réellement persuadée que les trois quarts des gens renfermés aux Petites Maisons n’étaient pas des insensés : c’étaient des infortunés sans crédit et sacrifiés à l’avidité de leurs parents dénaturés; c’étaient quelquefois des prisonniers par lettres de cachet, et dans tous les cas, c’étaient des victimes de l’arbitraire ! Cette imaginationdeM"'®Necker était sa lubie prédominante, une idée fixe, une véritable folie.

On avait parlé d’un mauvais coucheur, appelé .M. Daunon de Guitry, que sa femme avait, disait-on, fait conduireù l’hôpital et loger à l’étroit, pour avoir ses coudées plus franches et le champ plus libre. Aussi la première chose que firent nos ^edresseursde torts, en arrivant à Bicôtre, ce fut de se faire représenter ce malheureux époux, qui répondit à leur interrogatoire avec toute la raison, la tranquillité d’esprit et la résignation possibles. C’était, disait M'"® Trudaine, un homme de 50 à 60 ans, qui paraissait très sérieux, très discret et très composé ; mais, sur toute chose, il était respectueusement formaliste : il ne proféra pas le nom de sa femme et ne la désigna pas même indirectement ; il dit seulement qu’il avait eu le cerveau dérangé, croyait-il, à la suite de plusieurs émotions pénibles, mais qu’il était guéri depuis plus de quatre ans, et qu’on abusait de l’état où il avait été.

VAIUBTIÎS HISTORIQUES, ANECDOTIQUES

poui’ le retenir indéfiniment dans cette maison, afin d’administrer sans contrôle et d’user plus commodément de sa fortune, apparemment. M. le Contrôleur- Général avait les larmes aux yeux, et sa bienfaisante épouse était radieuse. On promit d’en parler directement au Roi, et M. de Guitry ne manqua pas de se confondre en actions de grAces, en remerciements les mieux mérités et les plus légitimes, on en conviendra sans difficulté. La grosse Trudaine en pleurait d’attendrissement. — Excellente amie ! disait-elle — O couple unique ! Précieux êtres, à qui l’on devrait élever des autels dans le temple de l’Humanité ! ! !

La scène avait lieu dans la grande cour de Bicôtre, auprès de la grille, et tandis que Necker inscrivait sur ses tablettes, avec un crayon, les nom et prénoms du prisonnier, avec certaines dates, et sous sa dictée, M. de Guitry lui dit à l’oreille et d’un ton mystérieux ; — Savez-vous ce que je fais dans ce moment-ci ?... — Comment cela. Monsieur ? — Je pisse sur vous, poursuivit-il avec un petit air goguenard et malicieusement familier... Elle s’encourt, et voilà qui la poursuit jusqu’à sa voiture, où M. Necker était déjà monté sur le marchepied.. . — Il m'est impossible d'y résister ! s’écria la victime de l’arbitraire, en donnant au sensible M. Necker un grand coup de pied, qui le fit tomber sur le nez en travers de sa berline ; — on n'a pas deux fois une occasion pareille à celle-ci, je n’ai jamais vu postérieur aussi prodigieusement large!...

;\[me îVecker aurait dû penser que tout cela n’était pas des plus raisonnables. Pourquoi au.ssi M. Necker était-il doué d’un embonpoint si difforme ?

{Souvenirs de i¥"'® de Créqui).

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