SA LUTTE CONTBE LES PHILOSOPHES
ne sédiiijsit au lieu de convaincre? Ce genre de rp(ïroclie éttât familiep aux docteurs ennemis du raisonnement en matièi-creliirieuse; nous le retrouverons au sujet de la lé^timilé du Kalâm. Quoiqu'il en soil, cette méthode, I qui fut en Occident celle de saint Tliomas, fut employée avec dos développements abondants par Gazali; combinée avec l'usage des divisions nombreuses et des subdivisions, des demandes et des réponses, des ripostes et des répliques, elle donne à son ouvrage le vrai cachet scolasliqne. Le Tèkàfut marque le summum de l'art do la dispute scolastique; il en est le preuder chef-d'œuvre. Avicenne etFarabi, qui s'étaient peu occupés de polémique, n'ont rien produit sans doute de comparable; une œuvre de ce genre n'eût pu ôti-e laite au temps d'Achari; elle ne fut apparemment que préparée dans son école. C'est jjioa à Gazoli que l'argumentation scolastique doit la plénitude de sa foi-ee et l'achèvement de sa forme. Cela est une partie de son œuvre. U est seulemcut singulier qu'il n'ait perfectionné cet instrument de la raison, que pour l'employer à renverser un système qui était en »on temps et dans son milieu l'ouvrage le plus magnifique de cette même raison, pour abaisser cellc-ei, l'humilier, en rétrécir le champ et en diminuer le crédit. Hais voyons plutôt.
I*es questions que détenniue notre auteur comme ayant été résolues d'une manière hérétique par les Philosophes sont au nombre de vingt. Nous ne nous croyons pas obbgé de regarder ces vingt questions comme distinctes au fond, et nous condenserons le débat autour
d'un plds petit tuimbre de cbets hirn opHemciil dtstinets 1rs un» doï anlres, i{ni soot : la tbrorir de rinfinîltnte. p| pQ parlîmli^r (le I «lenulê do moaile. point îniportaot dans le périjatc-lisme et dans la sroisstîqDe erénérale : les théories enime\es des rjoalîtés de Dieu et de la ooanaïssance eD Dieo. iiupor(aut>-s la première sortoot dans le système des Molaiélites. la seconde tUns celai d'ATÎcenne ; la théorie de la pnkcesaoa de la maltiplicitê par la sueression des spbères célestes. imp«rtante daus rhisloirr da néoplalOQÎsnie.maisd'onrarartére bienarchalqDe. et sur laquelle noasg^lîsseroQs;la théorie, d'nn intérêt général, de la spiritualité et de la substantialit« de Time humaine: enfin la théorie, non moins universelle eo intérêt, de la causalité.
Dans la dîscusâon très complète et très serrée qid forme la première partie du TéMfta *, la question de t'élemtté du monde ou de sa eréati<« se mélr à celle de la nature du posàble. et celle^i entraîne arec elle le jrrand problème scolasliqae du nominalîsme ou du réalisme. Ainâ qne nous l'avons indiqué en traitant de la philosophie d'Avicenne. le problème du nomînalisnw n'est pas aussi uellemeDi désa^ dan« la secdastique orientale qu'il le fut àaa fat sculaslique oecîdeatale; mais il s'y découvre de temps à antre, cl. ici en particulier, apparaît sous une forme assez saisissante. Le possible, peuscut ics ad^'ersaires de Gazalî. a besoin d'mi
^Mkttta I : • FiémmM àe Fifiaiia Me * ; <*i « t i o> I . • Ptssaric et Inr «fMiM wat ta pcp- I, tm hMM rt dm MMvcaMst >.
, LITTK CONTRt LES PiriLOSOPIIES.
tj OÙ il réside. Toute*' qui est produit, cspliquent-ils, t précédé par une matière dans iaquelle cela est prolit: le produit ne peut se passer de matière; donc la utiëre elle-même n'est pas produite : et il n'y a de nouu que les formes, les accidents et les modes qui suràcnnent dans cette matière. — Giizali refuse do rc- Utimitltre rextériiiritè de la matière qui serait le lieu des pûBsibles. U se déclare franchement nomînalistc, La poisibilitt^ pour lui se ramène A un jugement de l'intelli^Qce ' : <i Toute chose dont l'intelligence suppose l'«i*|pace. sans que cette supposition soit empochée par lien, nous l'appelons possible ; si cette supposition est KOpÉcliéo [par quelque circonstance rotionuelle], nous ^pelons la chose impossible; si nous ne pouvons sup-
owrqup la chose manque, nous l'appelons nécessaire.
e sont là des jugements intellectuels qui ne requièrent Micun élrc réel dont ils seraient les qualités. » L'on î» saurait s'exprimer avec plus de franchise. Par e\euiesplique notre imam, si le noir et le blanc sont mpposés possibles dans le corps auquel ils peuvent ^*pptiquer, ta possibilité est une qualité de ce corps,
mdu noir et du blanc. Cependant l'intelligence juge [Be le noir et le blanc sont possible.s en eax-mômes; in'cst ilonc pas besoin d'une matière à laquelle s'ap-
lique la possibilité. — Mais ses adversaires réalistes
ni répondent : Vous faites erreur; l'intelligence ne ren- KlTOe pas les possibles, mais seulement la science de
Tibil fui, <•<!. lie Uoulflq. p. VJ.
la possihililé. Siij>{)Osezque lous les hommes intelligea vienncnl à mourir; le p(^>ssible cessera tl'éti'G conna mais ne cessera pas d'èti'o. Le blanc ou le noir, co Iraiicment à ce que vous aï'ancez, ne sont d'ailleurs p possibles en eui-mêmes. Nous savons fort bien qui] sont impossibles sans uu corps «lans lequel ils résident le changement de couleur n'est {lossible que dans I corps: la possibihté doit donc être attribuée à ta mai tîère. — Gazali réplique : sans doute la comiaissano eiige un connu ; mais ce connu est dans l'intelligence Pourquoi. demande-t-U. les Philosophes qui sont nom! nalistcs en ce qui concerne les idées générales, les cob sidérant conmie existant dans respril. ne le sonl-ils j en ce qui concerne la possibilité? — Ici, il nous semb! que Gazali fausse d'une manière trop sensible la pensé des Philosophes; car nous avons vu que, pour eux, Je idées générales ont une existence, mystériei doute, mais fort réelle, en dehors de l'esprit, dans l'ii tellect agent. Gazah, beaucoup plus positif à certa égards que les Philosophes, parait ignorer Tintellei agent ; hors des réalités actuelles, il ne connaît d'idé< que dans l'espiit. On peut donc convenablement Vo\ poser ù Avicenne comme un nominaliste à uu réaliste l,;i (■[■('■ il li un du possible suppose une détcrniinatioit un choiv f-ntrc plusieurs possibles; et nous touchons ] à. uu point d'une importniirc capitale, non pas seule nphie de t^iazali, mais, à notre avis, viisclle. Ce point, (iazali i BTUT"' ' ' imyé, de l'avoir mis en
LlTre CONTRE LES PUILOSOPHES. OO
pleine saillie : Est-il viaiiiiciit nécessaire d'iiflicmei- à I l'ungiRe (les cliusc)> iiii choLx arbitraire entre plusieurs lpossîl>Ies, iiu ne peut-on pas éWter ce recours à l'ar- ■bitraire en admettant que le monde a été fait, tel qu'il ■ est, par convenance? Cette dernière opinion, selon I Botrc auteur, est celle des philosophes. l.e monde, pour leujE a été fait avec les dimensions, dans le mode, même I dans le temps les plus convenables < ; il n'y avait pas in- Idifférencc absolue entre les possibles. Que l'on considère Ipar exemple les sphèi-es célestes et les étoiles tixes; Ion les voit déterminées en nombre, en grandeur, en tjposition; foute autre détermination que celle qui a été iée en eût été différente, et nous devons croire l'aurait pas présenté les mêmes avantages. Seullement les motifs qui ont préside à l'organisation du Imonde, échappent pour la plupart à la faiblesse de ntelligence humaine, et celle-ci ne les saisit que dans , petit nombre de cas, notamment à propos de l'inlaison de fécbptique sur l'équateur et de l'excentri- — Gazali répond que l'on ne peut évil'admettre une spécification arbitraii-e dans deux B au moins : la détermination du sens du mouvement I sphères et la fixation des pôles ^ ; car les pûles eU&nt pn être placés également bien aux extrémités de iporte quel antre diamètre de la sphère-limite, et I les mouvements des astres eussent pu être aussi a dirigés en sens iuverec ; pourquoi ces points, pour-
(MiÉMr. b^ÉfiMta
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L LtTTE COVTRK LES PUILOSOPUKS.
ientune itiHnitude de durée écoulée, tamlis que de Wtre ils refusaient d'admettre une infinifude d'étenle actuelle, ainsi que la régression à L'inûni d'une rie de causes et d'effets. Gazali porte son principal Fort contre la thèse d'un temps infini écoulé; il n'y
selon lui, aucune différence logique entre les quesans d'inttnitude dans le temps et dans l'espace. De ôrae que les PUÎlosophes avaient dit : il n'y a au delà I l'espace occupé par le monde ni plein ni vide , il 'y a en réalité hors du monde pas d'étendue, de même ; dit : il n'y a au delà du temps de la ^-ie du monde i avant ni après, il n'y a hors du monde point de
IPée. Le temps est créé avec et comme le monde. •-Et quand ses adversaires lui objectent : vous reconuissez cependant que Dieu aurait pu créer le monde cent ans, deux cents, trois cents ans plus tflt qu'il ne J'a fait, donc vous êtes forcé d'admettre avant le monde Une durée mesurable, un temps, — il leur répond en Jïar retournant l'argument et l'appliquant à l'espace : 'i^ même vous, vous reconnaissez que Dieu eût pu don- 'Iw au monde cent coudées, deux cents, ti'ois cents 'ïoudées de plus; donc vous êtes forcés d'admettre hors •^u monde une étendue mesurable, un espace. En Tirité, ronclut-il, ce que nous ajoutons ainsi au delà ^w limites du monde n'est que le produit de notre "■isçinatiou ', L'imagination ne peut se défendre de ïwlonger le temps, de prolonger l'espace; mais la
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raison o'a po» à se «jumcttre aux tâgenee^ d» llffiaginatioD. Gazali a dont vraîmatt coaçn le temjs et r««pare cupune des cmdîboDs de l'exercice d« notre facidir ima^ioative od. si l'on ri^at. de notre penwption seiiïàLle. pInlAI qat- crimme des rèalil«« «•xtemca; et celte eunception. qall exprime à diverses reprise» et aviY beaacoDp (Ir \%iirDr. lénioifne de la bardiesse et de la ]in<f(iDdeiir de ^a pensée pbilosof^ùqac.
Cootiuoanl sa rritîqDe. il tlcbe de monirrr A âes ad- Tcrsaîres que, s'ils admettent l'înliuitude do temps passe, ils d'oqI aDcnn motif de rejeter la possibïlîli d'une rt'cre^on à Imfim des causes, tpien coaséqneuce ils s<>al incapables de proDTer que Dieo est 1*»gent do monde et que le i»oD<le est son acte. 11 t a, dit-il en raillant, de:; matérialistes fjnt erotent qnc le monde est étemel et qu'il n'a pas d'auteur : ces impies suni do moins plus lo^ques que le« Philosophes qui, ayant affirmé un monde élemeL croieni encore utile après cela de lui donner un auteur. L'on se rappelle que l'argument déeïsif des Pfaili«oplies en celte «pieslion consistait à dire : un ensemble de causes enchaînées dont charnue n'est qne pos&îble n'est lui-même que i donc besoin d'une cause situ«'-e hors de ■c. tiaiali rejelle l'arsument : ce i peut ne l'i^tre pa> ilc la souune; «peut être senJeroent posâble.
ble t-tre néeess^re. Yods, 'élemilê du monde, quand vous MU îles jours et des. nniU, vous
'. CONTBE LES PHILOSOPHES. fiS
voyez là <Ies phénomènes dont cliacuii a un cunimcncement tandis que leur somme n'en a point. Ainsi pourraît-il eu être de la séi'io des causes '. — Eu ce qui concernp la perpétuité ou l'anéantisBenient du monde ', Gazali dit que, d"un commun accord, cette question ne peut être tranchée par voie rationnelle, mais qu'elle est dii ressort de la révélation. Le Motazélite AIjou'1- Bodéll el-Alhlf est le seul qui ait soutenu la nécessité rationnelle de la fin du monde.
La position de notre docteur dans ce grand problème de l'inOnitude est donc très nette et n'est pas celle d'un sceptique. Gazait est partisan de la limitation des séries, aussi bien dans le temps et dans l'espace que dans la e&asalilé. 11 manie l'argumentation avec assez de dexté- I rite pour pousser, quand il le veut, ses adversaires dans l'opinion opposée: mais c'est pour les y condamner. Son opinion propre ne varie pas; et elle est fixée à un point iqiécîal, à l'impossibilité qu'il éprouve à admettre le nombre infini '. Ce nombre est absurde, prélend-îl, car il doit Être ou pair ou impair; s'il est pair, il peut devenir impair par l'adtUlion d'une unité; mais comment Ajouter une unité à ce qui n'a pas de fin? Et s'il est impair, l'objection se répèle h l'inverse. Il ne peut par conséquent être ni pair ni impair, donc il est impossible. — Chez Gazali, la distinction de la puissance et de l'acte, t propos de l'infini, n'a pas l'importance qu'elle a chez