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LA MVSTlQ[ri! AVANT liAZALI. 195
inatisé une <loctriuc qui semble être restée iadécise et comme k l'état l'ébauche dans la pensée des mystiques. Cependant en observant ce document avec plus de soin, on ne tarde pas à le trouver comparable pour le fonda, certaines théories qui sont répandues et classiques dans la théologie mystique du christianisnie.
'Arif, connaisseur, est encore le nom tjue donne Avîcenne à l'homme qui parcourt les demeures mystiques ; il ne l'appelle jamais sou/i. Les « connaisseui-s », dit-il, atteignent des stations ou des degrés qu'ignorent les autres hommes ; durant leur vie terrestre et comme s'ils étaient déjà dépouillés de leurs corps, ils s'élèvent au monde de la sainteté. Certaines gens refuseni de croire & ces états; mais ceux ijui les connaissent les estiment grandement.
L'ascétisme et la dévotion par lesquels onparvient à la
connaissanceraystiqucconstituent aux yeuxdes ignorants
une espèce de commerce, par lequel le dévot échange
, les biens de ce monde contre les récompenses du ciel.
Pour le connaisseur, l'ascétîsrae est un exercice des fa-
I cultes " opinante >■ (wahm) et imaginative destiné à les
I tirer par l'accoutumance du côté de la vanité A celui de
la vérité, afin qu'elles pénètrent le secret intérieur et
[ reçoivent l'illumination du vrai.
Le prcnder degré où se trouve le connaisseur est celui [ qu'on appelle la volonté. C'est un violent désir surve- I liant en l'homme qui examine les preuves rationnelles tou qui se repose dans la foi, de s'attacher h une anse [■ solide pour être tiré jusqu'à l'union. Celui qui est dans
cet <^lat est le niorid (le voulant), mot souvent rrnde par (liiicijile, que nous pourrions aussi inlerpr^ler pt aspirant. A partir de ce dogrt', l'aspirnut s'exerce passe par trois phases : dans la première, il écarte sa direction les choses étrangères à Dieu ; dans la sft conde, il soumet l'dme inférieure à l'ftmc directive, afil que celle-ci élève l'imaginative et 1' " opinion h vci-s li choses saintes et les détache des objets bas; dans i troisième, il s'occupe des méditations nobles et di sentiments de pur amour (piî vont le conduire & l'éveil
A. ce moment, après qu'il a franchi les phases d'aspiration et d'exercice, il arrive au mystique des ra^iisHments; la lumière du vrai se lève devant ses yeiu. Coi ravissements sont délicieux maïs courts d'abord; tell des éclairs qui luisent et disparaissent. C'est ce qu'4 appelle II les temps ». Puis ces accidents surviennool plus fréquemment, dans les heures oii le mystique csl occupé &ses exercices. Ensuite il les éprouve même en dehors des temps consacrés aux exercices ; toute cbiM lui devient une occasion de se tourner vers le monde de la sainteté et d'aperaevoir Dieu.
Il se peut qu'au début ces ravissements le gèufut, qu'ils troublent son repos et le mettent dans l'état d'un homme assis hors de sa place cpi'en tout instant on pourrait déranger; mais après un assez long exercice Ic mystique s'y habitue, et les i-avissements ne lui causent plus de trouble. A ce nouveau degré le ravi devient le familier, et la prtle lueur qui l'éclairait d'abord se cliange en un abondant rayonnement. Il acquiert
une connaissance fenne, une amitié sftre ilont ii jnuil avec déliées ; et lorsqu'il revient à lui, il est tout étonuc el tout triste. Mais peu à peu celte connaissance devient plus intérieure et comme latente; cette amitié lui devient familière, comme par l'elFet d'un long commerce, et il parvient à un degré où il peut en jouir toutes les fois qu'il veut.
Puis ces visites mystiques ne restent plus dépendantes de sa volonté; elles ont lieu même s'il ne les cherche pas; la momdrc pensée le détouiue de ce monde et le Tamène vers le monde spirituel où il a établi sa demeure. Son cœur devient semblable à un clair miroir tourné du côté de Dieu; il goilte en abondance les joies supérieures, et il se réjouit aussi en son Ame pour les effets de l'amour de Dieu qu'elle renferme. 11 regarde four à tour Dieu et son finie comme en un va-et-vient; mais à la fin son âme môme dispai-alt à ses yeux; il ne Voit plus que la sainteté seule, ou s'il voit encore sou àme, c'est en tant qu'elle-même voit Dieu et ce n'est plus pour sa beauté. Parvenu à ce point, il a r éalis é l'union. Au delà (le ce degré, il y a encore d'autres degrés en nombre non moindre que les précédents, mais que la tarole ne peut plus décrire.
La tendance panthéiste et l'influence indienne peu- 'ent être représentées dans la période antérieure à
Bazali par un célèbre mystique que nous ne connaissons loint eiimme écrivain, mais dont la figure singulière
*t la trafjique destinée ont laissé dans l'islam un pro-
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fond souvenir : HostViii, Abou Mausour el-Hellftdj. Cne critiqiic précise de l'Iiistoire et de l'enscigncinenl dr- rv personnagf serait malaîséo à faii-e; on distingue pourtant sous sa K'geude queliiues traits nets et frap- ]>auts.
El-Hellô.lj ileurit sous lu khatifat del-Moktadir: il ('tait originaire soit de la Perse, soit du Kboràsan ' ; g»ii aïeul était mage et avait embrassé l'islam. Il grandil à Wfisil et à Tostar, puis il vint à Bagdad où il s'iiiîtia sa soufisme. Il rencontra plusieurs ascètes parmi lescpieU Sofyan et-Tauri ; puis il voyagea. Il ne parait pas douteux qu'il alla dans l'Inde; il fit le pèlerinage de la Mecque où il demeura longtemps occupé à une rude pi?nitence.
Sou esprit scndile avoir été curieux et mobile, ttn voit une marque de cette mobilité dans l'babilude qu'il avait de changer fréqueniuient la mode de ses vêtemente. V&viteur du Mémorial lies Saints, qui fait de lui un grand éloge, ne peut s'empêcher de reconnaître le caractère inquiet et téméraire de sa théologie. Un jour que Hellàdj. étudiant à Bagdad, pressait son maître de questions, celui-ci efi'rayé lui répondit : « Abou Mansour, il n'est pas loin le temps où tu feras rougir la tête du gibet. ■> Après qu'effectivement el-llellidj eut été supplicié, le même mallre reconnut qu'il avait mérité la mort, mais
1. V. le Tnkereli i-culia; Aboa'l-Hahftsîn. Il, |). 1W, 213. nS: Abou'l-KarB<Jj, Histoire des dytuuties, p. 'iTNI'li le- Fakhri. éd. DetntMun;, p. 353-3SS 1 la Géographie d'Abou'I-Fédi, 11, H, |>. !>7i le Uvrt fie tavertiasemetit de Macmidi, p. 49î ; elc.
lA MYSTIQUE AVAJrt GAZALI.
souliiil nrn imioifls qu'il pnssMail iiitériem-pmcut la connaissance du Seigneur Très-Haut.
La doctrine que prêcha IlellAdj ne nous est pas con- ' nue expressément; les paroles qui lui sont attribuées nous permettent de croire qu'il était tombé dans le panthéisme et qu'il avait plus ou moins adopté la manière de philosopher des Ismaéliens. Il prétendait que la divinité résidait en lui. n Je suis la Vérité », professait- [ il ; il disait à ses compagnons qu'ils étaient les esprits ré- ' incamés de Moïse, de Jésus et de Mahomet. Quand les I succès qu'il eut obtenus par sa prédication dans le Khorftsan, dans l'irAk et à Bagdad môme eurent éveillé contre lui In méfiance du Khalîfat, on l'arrêta, en l'an k 301, et on le mit au pilori àl'une des portes de Bagdad [ avec cette inscription : « Celui-ci est un missionnaire I desKamiates ". Descendu du pilori, il fut jeté en prison; l il y resta huit ans. Mais l'agitation qu'il avait produite le calmant pus, on dut le mettre à mort, l'an 309. I Fértd ed-Otn Atlar nous a donné le récit de son sup- I plice ' dans une page qui est l'une des plus drama- I tiques qu'il y ait dans aucune littérature. Traîné sur une estrade au milieu d'une grande foule de peuple, tandis I qu'on lui jette de la boue et des pierres, il répète les [mots condamnables: « Je suis la vérité. » On lui dc- Imande de prononcer la parole du témoignage ; " Il n'y Ka de Dieu qu'AUah », il répond, en parlant k Dieu ; n Une demeure que tu habites n'a pas besoin de flam-
'rnlia, p. 227 et si
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heau. i> Interrogé sur ce qu'est le iwjufîsmi? . il rèpliquft avec hauteur : •< Vous ne pouvez rciiteiidiT. •> Alors on le fustige ; on lui coupe les mains, les pietls ; il sourit ; il se barltouille le visage de ses moignons sanglants; on lui arrache les yeux. Au moment où l'on s'apprête & lui couper la langue, il demande pardon pour ses bourreaux; une vieille femme s'approche et l'insulte en criant : » Frappez fort, que ce beau parleur sache ce qu'il en coûte de tenir des propos mystérieux " , symbole saisissant de la haine qu'inspirent à une foi giossière des doctrines trop ardues (]ui la troublent. Les restes d'Hellàclj furentbrftlés, ses cendres jetées dans le Tigre. L'on dit aussi que sa t^te fut envoyée dans le Khorâsaii. L'atrocité du supplice mUigéau soufi panthéiste prouve la grandeur de l'elfet qu'il avait produit et le danger que de telles prédications pouvaient faire courir fi l'islam. Mais elle montre d'autre part que l'orthodoxie musulmane en matière mystique avait pris dès lors conscieuce d'elle-même, et qu'elle avait trouvé un point dappui pour résister au panthéisme, soitdansson propre fonda, soit plutôt dans d'autres doctrines, auxquelles elle allflil désorniaLs se lier.