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sistance nécessaires, pour convaincre M"* Dosne de la nécessité de pratiquer d'adroites épurations. Ne pouvait-on obtenir d'elle que toutes les copies, peintes ou sculptées, qui véritablement ne faisaient pas partie intégrante de la collection, fussent envoyées à l'École des Beaux-Arts; que les services de porcelaine fussent acceptés par le musée de Sèvres ; que certains objets d'une fausseté criante fusseut mis dans une ombre plus discrète ; que le catalogue fût rédigé par les soins de l'administration du Louvre avec toute la francbise désirable, et qu'enfin le classement des objets lui fût réservé, au lieu d'être abandonné à des mains étrangères? M. Mannheim est certes un galant homme, un expert habile et scrupuleux entre tous, pour lequel il convient de professer la plus paKaile estime, mais sa place n'était pas dans les salles du Louvre. Au lieu de cela, on a laissé faire, on s'est abrité sous l'in'esponsabilitë de l'État, on a consenti à ce qu'un catalogue auquel on n'avait eu aucune part s'étalât pompeusement sur des pupitres spéciaux, on a supporté sans mot dire toutes les exceptions possibles au règlement qui régit nos collections nationales. Est-ce là le rôle d'une administration qui aurait le souci de sa dignité et de sa valeur? Avec un peu de diplomatie et de courage, je ne doute pas qu'on ne fût parvenu à satisfaire aux intérêts des deux parties engagées, il y avait dans les collections formées par M. Thiers les éléments d'une salle exquise, qui eût grandement honoré son dilettantisme. On a préféré livrer sa mémoire d'amateur aux discussions amères de la critique et au sourire étemel des honnêtes gens. Quelles que soient les excuses que l'on fasse valoir, c'est, en fin de compte, le Louvre qui portera, aux yeux des étrangers, la peine de son abstention et de sa défaillance. Les deux salles consacrées à ta collection Thiers donnent dans la salle des La Tour et sont des meilleures et des mieux éclairées du Louvre. La décoration en est très riche et montre ostensiblement, comme pour en accentuer la destination irrévocable, les chifiVes du donateur. Les vitrines sont du plus grand luxe ; tous les objets reposent sur des doubles socles de marbre et de peluche, les bas-reliefs et les médaillons sont enchâssés dans des cadres en bois noir, sculptés, moulurés, surchargés d'inscriptions et d'écussons. Ce hixe est à peine tolérable chez un particulier; il jure au milieu de la tenue sévère que doit toujours garder un musée public. Toute cette dépense peut émerveiller les badauds; le véritable amateur aime que les objets qui n'ont rien à redouter d'un examen attentif se présentent avec plus de simplicité et de franchise. Nous savons maintenant jusqu'à quel point M. Thiers a été la victime des marbriers et des ébénistes.
Dans la première salle ont été rangées, ou pour mieux dire entassées.
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les pièces de céramique. Eq sortant des vieilles salles du Louvre, où tant de chefsni'œuvre vous ont élevé l'âme et charmé les yeux, on éprouve uoe seusatioD singulièrement désagréable, en présence de cet étalage eDConibrant de produits d'un art médiocre. Ces services d'usage, en Sèvres de basse époque, ces plats, ces soupières, ces saucières, ces compotiers, ces longues lîles d'assiettes de même et insignifiant décor, tout cela est absolument indigne du Louvre. Les pièces fmes en pâte tendre, et il y en a un certain nombre d'une réelle valeur, disparaissent noyées dans ce fatras. Quant aux grandes pièces de Chine, elles n'ont d'intérêt que comme pièces d'ameublement, placées dans le demi-jour d'une salle à manger ou d'une antichambre.
La seconde salle, qui est la plus grande, est réservée aux objets d'art proprement dits, peinture et sculpture. On a accroché en place d'honneur le portrait de M. Thiers par Bonnat : ce n'est que justice. Dans des vitrines plates, le long des murs, on a mis quelques albums peints et des rouleaux chinois , les tabatières de M"* Dosne et le collier de perles de M"* Thiers*, quelques bronzes orientaux et quelques pierres dures; d'autres peintures chinoises occupent des écrans mobiles devant les fenêtres ; le tout entremêlé de copies en marbre et en bronze reproduisant quelques œuvres célèbres de l'art italien, comme le Colleone du Verrocchio, le Persée de Benvenuto Cellini, et les figures de la chapelle des Médicis de Mîcbel-Ange; au milieu, dans une vitrine circulaire, sont exposés les laques ; à droite et à gauche, de grandes vitrines à gradins, comme celles de la Galerie d'Apollon, sont réservées aux marbres, aux bronzes, aux terres cuites et aux bois sculptés.
Les surfaces murales des deux salles sont garnies des fameuses « copies à l'aquarelle d'après les grands maîtres, images réduites de ce qu'il ya de plus beau au monde* », que M. Thiers fit exécuter à grands frais par les Toumy, les Bellay père et quelques anciens pensionnaires de l'Académie de France à Rome. C'est là qu'on peut voir Raphaël, Titien, Yelazquez, Léonard réduits à l'aquarelle, épurés, corrigés, restaurés, ravivés et comme réchauffés par la douce uniformité des colorations au jus de réglisse. Pauvres grands maîtres ! Détournons les yeux et p
1. On a Tait beaucoup de tapage autour du collier. H est certain qu'il est aumoiiiB étrange de voir figurer au Louvre une pièce de ceit« nature, alors qu'on s'apprête à vendre les diamants de la Couronne, et qu'on a soigneusement écarté des vitrines du musée tous les objets n'ayant qa'une simple valeur commerciale ou que la valeur conventionnelle d'un souvenir historique.
S. Catalogue de la coUeetiem Thiers, par H. Charles Blanc, de l'Académie française. Paris, Jouaust, ISSi; I vol. grand in-i* accompagné de nombreuses illustrations à l'eau-forle. Ce catalogue n'a pas été mis dans le commerce.
Le catalogue porte 1470 numéros. Combien ya-t-il, sur un tel chiOre, d'objets qui soient dignes du Louvre ? Deux cents peut-être, dont la meilleure part serait fournie par les bronzes. Au fond, je suis sûr que les conservateurs de la section du moyen âge, au Louvre, sont de mon avis. Nous avons parmi eux des amis et des collaborateurs dont l'eipérience
(CoUacliOD Tbim, «n Lonne.)
éprouvée ne s'est assurément pas laissé prendre aux apparences. M. Thiers avait la passion des bronzes des xvi* et xvii' siècles. Sur une centaine de pièces qui composent la série du métal, dans sa collection, il y en a beaucoup de fort remarquables et qui feront toujours superbe Ggure au Louvre. Malheureusement, M. Tbiers avait aussi te goftt des patines propres, flatteuses à l'œil, et beaucoup de morceaux d'origine loyale ont été soumis par lui à d'intempestives restaurations.
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J'aimerais & ne point parler des pièces fausses on de qualité douteuse, et à laisser dans l'ombre quelques fontes qui figureraient avec avantage comme dessus de pendule chez les bronzîers du Marais; mais il en est dont la célébrité usurpée motive certaines observations,
La plupart des bronzes antiques sont de ce nombre. Sauf les deux
(CoUectioD Thiari, an Lonng. )
têtes de mulet, fragments de siège d'un excellent travail, Ironvés à Vienne, en Daupbiné, et peut-être aussi la petite statuette de satyre, n" i7, tout, dans cette série, est sujet à caution. Le fameux petit Mime dansant, bien qu'il ait fait partie de la collection Denon, ne supporte pas lui-même un long examen. C'est tout au plus une aimable fantaisie du XTiii* siècle , charmant morceau, si on veut le prendre pour ce qu'il est, mais dont le travail n'a rien de grec ni de romain.
hih GAZETTE DES BEAUX-ARTS.
Od poumut se montrer plus sévère encore pour les fragments de rigurioes en terre cuite attribués à l'art de l'Atiique ; ceux qui sont authentiques, et ils sont en petit nombre, ne se recommandent par aucun trait bien saillant. La jolie petite tête, coilTée d'un pétase pointu, perd elle-même à être vue de trop près.
Le XV* siècle italien, par contre, nous réserve quelques très précieuses jouissances.
Le David vainqueur de Goliath^ n« 60^ est un bon exemplaire d'un petit ouvrage que le regretté Charles Davillîer attribuait à Vellano, de Padoue, contemporain et émule du Verroccbîo. La statuette équestre, R° 6i, qui appartient aussi à l'école padouane, est un morceau excellent, d'un mouvement énergique et fier; il est f&cheux que la patine du cheval ait été remaniée et l'épiderme regratté en quelques endroits. Une autre statue équestre, haute de 0'°,25, n> 62, est fort intéressante; la figure du cavalier est ancienne et représente, ditH>D, un Trivulce ; le cheval est moderne et a été modelé par M. Frémiet; l'ensemble est d'une bonne tournure, mais on ne peut s'empécber de regretter le cheval original qui, certainement, était d'un dessin plus simple. Les bronzes du xvi< siècle sont nombreux dans la collection Thiers. Je remarque surtout un fragment de fontaine, en bronze clair, représentant un dieu marin sur trois dauphins, qui est du galbe le plus original et le plus charmant dans son étrangeté. La nombreuse série des petits bronzes, dits de Jean de Bologne et modelés par son élève Susini, est bien choisie; les patines sont, pour ta plupart, celles du temps et de beau ton. Je rattacherais volontiers à cette série la petite réduction du David de Hîchel- Ange, n° 64. Le catalogue attribue sans hésitation à la main du même Michel-Ange une autre réduction haute de 0",40 de la Tierge à l'Enfant, dite des Médicis. Je me permettrai d'être moins affirmatif. Cependant le morceau ne paraît pas moderne, et il est, dans tous les cas, d'un caractère superbe, fort approchant dans les détails de l'original en marbre; malgré sa petite taille, il en traduit bien la grandeur.
L'un des bronzes les plus importants comme dimension et les plus remarquables comme finesse de travail est certainement le bas-relief représentant une Vénus marine portée par un bouc à queue de poisson. Les connaisseurs donnent cette souple et élégante composition à Jacopo Sansovino. L'opinion peut se soutenir. On aurait mauvaise gr&ce, du reste, à vouloir résister aux séductions d'un morceau aussi somptueux, avivé par les chauds reflets de sa blonde patine'.
1 . Nous renvoyons à l'eau-forte de Jules Jacquemart, Gazelle dst Beamx-Arlt, l» période, t. XII, p. 300.