XXX. — V PÉRIODB
eo marbre dore de style corinthien emprunté au monument choragique de Lysicratès. Toute cette introduction aux différentes salles du monument est vraiment d'un effet noble, grandiose, et les beaux matériaux, une exécution très soignée, contribuent à rendre cette partie du vaste édifice assurément la plus intéressante.
Les deux salles d'assemblée sont disposées et décorées à la façon des tbéàtres antiques. Au delà des sièges en hëoiicycle destinés aux représentants de la nation, s'arrondit un étage réservé de tribunes scandées par des figures en marbre blanc. Ces trïbunes supportent les gradins en amphithéâtre réservés au public. A l'opposé, le mur formant le fond de la salle est décoré d'une colonnade ionique engagée couronnée d'un fronton et encadrant des i)einturcs décoratives. Cet ensemble architectural est heureux; le décor est riche, rehaussé de couleurs et d'or. Mais ces
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salles sont écrasées par un plafond bas, vitré, en forme de velum lumineux, qui ne remplace pas avantageusement le large ciel des théâtres grecs. Peut-être cet écrasement est-il voulu et destiné à augmenter la sonorité de la salle ? L'expérience le démontrera.
D'autres salles, celle des délégations autrichienne et hongroise, celle des archiducs, puis des chambres pour les ministres et les présidents, des parloirs, et*., se groupent autour des deux salles principales. Leur décor, plus sobre, est fait de peintures à fresque fixées do suite au fer chaud par un procédé ingénieux, dit stuc à la fresque. Tous les différents services de ce vaste ensemble sont bien distribués et dégagés.
Telle est, en somme, l'œuvre considérable de M. Hansen. Elle atteste le grand savoir du maître et l'idéal élevé qu'il poursuit; mais elle démontre en même temps l'impuissance de la volonté la plus tenace et de la foi la plus inébranlable & ressusciter utilement pour notre époque les formes entières d'un art disparu.
Je n'en donnerai pour preuve dernière que la nécessité dans laquelle s'est trouvé l'architecte de dissimuler sous l'apparence de colonnes démesurées d'ordre ionique, au sommet desquelles se groupent des figures symboliques adossées, deux hautes cheminées indispensables qui dominent étrangement les toitures lisses de ces monuments antiques jux-
Tout autre est le nouvel Hôtel de Ville, tout autre est l'architecte qui l'a conçu. Autant M. Hansen est grec absolu, autant le professeur Scbmidt est gothique convaincu >.
M. Schmidt est le Viollet-Ie-Duc de Vienne, où il a restauré avec une grande science la vieille cathédrale de Saint-Éiienne. En outre, il y a construit depuis une vingtaine d'années des églises importantes : celle des Lazaristes, à trois nefs et double transept ; celle des Weissgarber (ou niégissiers) avec une haute tour de 75 mètres; l'église paroissiale de Brigittenau, dont l'extérieur est en briques avec une toiture en tuiles émaillées de différentes couleurs; l'église dé FQnfliaus, construite sur un plan octogonal rayonnant. Toutes ces églises sont en style gothique. Nous pourrions encore citer de M. Scbmidt le Gymnase académique impérial, dont la façade ogivale est ornée des écus.'ions armoriés des divers pays appartenant & la Couronne. Mais quels que soient les mérites certains de ces œuvres précédentes, aucune n'égale l'importance et la valeur artistique du nouvel Hétel de Ville.
1. H. Hanseo est Danois. M. Schmidt est Wurterotrargeois ; il a été naturalisé Aulricbien et aominé citoyen honoraire de la ville de Vienne.
(M. ScfamMt. irchitoele. — Daiain d» l-utiiU.)
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Cest à la suite d'un brillant concours, ouvert en 1868, que M. Schmidt fut chargé de la construction de ce vaste édifice qui ne couvre pas moins de 19,000 mètres superficiels, c'est-à-dire presque un tiers en plus de la surface de l'Hôtel-de-Ville de Paris.
Si dans ce concours international H. Schmidt fut classé premier, nous rappelons avec plaisir que les architectes français s'y montrèrent avec honneur. M. Ambroise Baudry, frère du peintre illustre, y obtint la seconde place, et à sa suite immédiate venaient les noms de MM. E. Cham-
(Arcadei dm La Rnnda cour.)
don , Lambert et Démangeât, de Paris , qui chacun remportèrent des prîmes importantes.
Bâti sur un plan rectangulaire do 15A mètres de longueur sur 124 mètres de large, le nouveau monument contient & l'intérieur une grande cour centrale de 79 mètres sur 35, accompagnée de six cours latérales. Ces cours sont entourées de portiques et de galeries qui assurent une circulation facile et l'indépendance absolue des services.
Sur la façade principale, qui rappelle habilement les grandes divisions intérieures, se trouvent placées les salles de fêtes. Une galerie cavale, très éclairée, formant avant-corps, tend son treillis de doubles arcatures découpées en avant de ces salles. Un rez-de-chaussée en portiques, surmonté d'un entresol bas, sert de soubassement à cette longue galerie ouverte. Au milieu de la façade et en saillie sur tout l'édifice, un beffroi élève sa flèche de pierre ajourée à une hauteur de 107 mètres. De chaque côté, deux légers clochetons de moindre importance servent d'accompagnement à la tour centrale et tranchent très heureusement de
L'ABCHITECTURE MODERNE A VIENNE. U3
lignes verticales cette longue façade couronnée de statues. L'effet d'ensemble est excellent. C'est un élancement général bien relié et harmonisé par la belle disposition horizontale de la loge ouverte au premier étage et soutenu à droite et à gauche par les bâtiments en aile, d'une architecture plus simple et plus pleine. Hais nous ne prétendons pas décrire toutes les parties de ce vaste édifice et détailler ses façades enveloppantes en beaux matériaux bien appareillés. Leur ordonnance répétée est limitée par des pavillons d'angle aux toitures surélevées et variée par des moti& saillants correspondant aux différentes entrées. Particulièrement, sur la façade postérieure, la grande salle du conseil communal s'accuse par un puissant avantrcorps formant partimïtieu.
La cour centrale, avec son pourtour d'arceaux en ogives reposant sur de ^ yiihui.
robustes colonnes, avec ses façades (ssus a»» «w»)
en briques ornées de terres cuites, mériterait certes un examen approfondi. Mais nous dépasserions le cadre de cette étude, et c'est rapidement encore que nous devons parcourir les intérieurs de l'édifice. Du portique de la façade principale, pénétrons à rez- I de-chaussée dans une grande salle à voussure ogivale en pierre d'un bel aspect. C'est la salle du peuple ou Voikshalle, en un mot, le vestibule public de l'édifice. Aux extrémités s'ouvrent les grands escaliers qui, par une large révolution au milieu et deux latérales en retour, conduisent à la salle A viinni. "' des fêtes. Malgré les dimensions, ces
(Sïiio dei fêles.) escaliers semblent un peu écrasés par
les voûtes rampantes du départ et encombrés par les colonneties multipliées qui reçoivent ta retombée des arcs au premier étage. Puis voici
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l'immense salle des ffites, dont la taille démesurée évoque le souvenir des grandes basiliques italiennes de Padoue et de Vicence. Sa vaste nudité aura grand besoin d'être réchauffée par une décoration puissante et colorée qui fait encore défaut. Nous doutons cependant que ce vaisseau de pierre, avec son double système d'arcatures superposées supportant une grande voussure ogivale, puisse jamais paraître festoyant. On a plutôt l'impression d'une basilique ou d'une cathédrale. Ici le parti pris moyen âge de tout l'édilîce s'accorde difficilement avec la destination. 11 convient mieux à la salle du conseil municipal, couverte par un plafond en bois de sapin rouge et encadrée de tribunes. Mais, ici encore, les décorations peintes manquent et les murs lisses attendent les grandes fresques qui glorifieront les souvenire historiques de la vieille cité. A vrai dire, ce qui étonne surtout dans ces intérieurs, c'est l'ampleur des proportions. Tout y est conçu à grande échelle, si bien, qu'à peine les premiers services installés, la place semble manquer et qu'où songe déjà k des annexes'.
En résumé, le nouvel Hôtel de Ville de Vienne est des plus remarquables. L'excellente distribution du plan est en parfait accord avec tes masses architecturales. Nous avons dit que le caractère général de l'édifice était moyen âge du siii* au xiv* siècle. Mais H. Schmidt s'est moins attaché à la reproduction fidèle d'une époque qu'à faire œuvre personnelle, tout en puisant à des sources dilTérentes. C'est pourquoi, malgré une unité très soutenue dans l'ensemble, il est possible de trouver dans le détail certaines influences étrangères, qui tantôt rapprochent M. Schmidt du style lombard ogival et tantôt le poussent jusque vers le gothique anglais. Bien que nous soyons habituellement peu disposé à la reproduction en noire temps des formes du moyen âge, dont les beautés spéciales semblent dépaysées au milieu de notre civilisation et peu en accord avec nos besoins et nos goûts, il ne nous coûte pas de dire qu'assurément cet Hôtel de Ville moyen âge parait ici plus à sa place que les temples du nouveau Parlement. De plus, par voisinage et opposition, le monument municipal semble d'architecture relativement moderne et disposé à la fois pour continuer les traditions de l'antique cité et satisfaire aux aspirations de la ville naissante.