‹ Gazette des beaux-artsChapitre 36 sur 148 · Notice de H. le professeur Argnani · texte numérisé non relu

Notice de H. le professeur Argnani

S. Rie. «8,

SABBA DA CASTIGLIONE. 153

connaU les armes et sait choisir; il tes veut h fines et d'un maître excellent » ; c'est bien entendu, l'amateur montre toujours le bout de l'oreille.

A l'égard des Uvr?s, je voudrais qu'ils fussent d'auteurs graves, mûrs, approuvés et authentiques, mais maniés et retournés, et non poussiéreux à écrire avec le doigt sur la couverture ; parce que avoir des livras et ne pas les ouvrir est comme ne pas les avoir

Sabba possédait à la Magione une petite collection d'éditions choisies et de manuscrits qui survécut jusqu'en 1830 ; à cette époque, tout fut vendu et dispersé. La bibliothèquecommunaledeFaenzaasauvé quelques épaves: les Prose de Bembo, première édition de 1525 offerte par l'auteur lui-même à Sabba; la Bible in-folio de Lyon, 1528, un lot de livres hébraïques '. Pas de romans ni de littérature à la mode, comme on le pense bien; le Frate n'aime point h ser Morgante, ser Orlando, ser Binaldo, messer Decamerone {sic), donna Fiammetta, tous ces livres inutiles, vanitas vanîtalum, imprimés avec tant de soins, tant de solennité, en caractères si élégants, en papier si recherché, qu'on dirait la loi de Dieu donnée par le grand Moïse sur le mont Sinaï... On les habille de pourpre comme des rois, et les saints livres, les pauvres, s'en vont humblement couverts de bure, comme des capucins'. » Entre nous, Sabba n'est pas aussi farouche qu'il veut bien le faire croire ; il comprend les accommodements. J'imagine, par exemple, qu'il aurait volontiers admis au presbytère, à la place d'bonneur, un certain Virgile annoté par Pétrarque, qu'il admirait si passionnément ja^is en visitant la bibliothèque de Pavie ; à vrai dire, il était jeune dans ce temps-là. Mais avec quelle chaleur le vieux bibliophile évoque ce souvenir d'autrefois ! u Je l'ai vu, dit-il, ce rare manuscrit, je l'ai bien souvent tenu dans mes mains, je l'ai touché avec respect. » Et il faut l'entendre détailler le livre en connaisseur, car il n'a rien oublié, ni les fragments de lettres à Laure, écrits en mai^e par son amant, ni la forme des caractères, ni la qualité du parchemin, ni la miniature en tète du volume avec sa dimension, ses personnages, leurs attitudes, jusqu'à l'attestation du poète : « en bas était écrit de sa main, mais d'une écriture un peu plus grosse que le reste, Sena tulil Sitnonem digito qui talia pinxit'. » Le Virgile de Pétrarque, illustré par Simone Memmi 1 On se passionnerait à moins. Qu'est devenu ce précieux manuscrit? Sauvé par un gentilhomme de Pavie lors du sac de la ville, il passa dans les mains d'Antonio Agostini,

t . Arle e Sloria, notice du professeur F. Argnani.

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