‹ Gazette des beaux-artsChapitre 74 sur 148 · Testament de Claude de Lorraine, déjï cité · texte numérisé non relu

Testament de Claude de Lorraine, déjï cité

verte, communiquant avec le château, s'ouvrait dans la chapelle par une tribune latérale. Le mausolée «de marbre blanc et noir, de jaspe, d'albâtre et de porphyre, l'un des plus magnifiques tombeaux de France, étoit orné de quantité de belles sculptures représentant les batailles et les rencontres et prises de villes où il s'étoit trouvé. Dessus la tombe étoient

les statues (nuesj du duc et de la duchesse, gisant morts.» Pensée touchante et singulière tout à la fois : la veuve se faisait représenter, de son vivant et par avance, à l'état de cadavre, pour signifier soii renoncement définitif au monde et son attachement pour son époux, qu'elle semblait suivre ainsi dans la mort. « Au dedans de la chapelle étoient quatre statues de marbre, représentant les quatre vertus fort bien taillées, lesquelles soutenoient une corniche de pierre, sur laquelle estoient.des statues de marbre blanc, revestues chacune du manteau ducal, de mon-

seigneur Claude de Lorraioa et d'Antboinelte de Bourbon à genoux, vivants. On y voyoit aussi le casque , l'espée et les gantelets dont il se servist, aussy bien que les espérons '. i»

C'est ce monument qui fait l'objet de notre étude.

Après la mort de Claude, le château de Joinville cessa d'être la résidence principale de la famille \ il était trop loin. Pour jouer leur rtile, les Guises avaient besoin de s'installer au cœur même des alTaires et près de la cour. Ils achetèrent à Paris, rue du Chaume, l'ancien faAiel de Gisson et les hôtels contigus, celui de Laval et celui de la Rocbe-Guyon, pour former le nouvel hôtel de Guise. Le château resta le séjour favori d'Antoinette de Bourbon qui, toujours vêtue de deuil, paraissait le moins possible à la cour et ne s'occupait que de fondations pieuses ou charitables. C'est là qu'elle mourut, le 20 janvier 158.t.

La principauté* de Joinville continua dans la maison des Guise jusqu'à la moit de Marie de Lorraine (1088), (îlle de Charles de Lorraine, qui ne s'était point mariée. Le gouverneur des ville, château et principauté de Joinville élait alors le célèbre François-Roger de Gaigniëres, écuyer de M'" de Guise, qui logeait avec elle à l'hôtel de la rue du Chaume, où il avait installé sa magnifique collection, le premier et le plus considérable de tous les recueils historiques que la France ait jamais

Par son testament, M'** de Guise avait laissé « la duché de Guise, valant cent mille li%Tes de rente, et la principauté de Joinville ne valant pas moins, avec son bel hôtel de Paris, au fils putné du duc de Lorraine,

t. Cartulaire de Joinville, mas. Dibl. nut. Suppl. franc. 4054. Od a tenté, sans y réns9îr, plusieurs restilutions de ce monument célèbre, d'après des croquis de H. Paillette, ancien doyen du chapitre de leglise S*int-Lanrenl avant la Révolution. Ces croquis, aujourd'hui disparus, appartenaient à M. Haste, maire de Joinville, mort en 1847, H. H. Guyot, professeur de dessin au lycée de Cbaumont, a fait un dessin (conservé dans la bibliotb&que Julea Barotte, Préreclure de la Hauie-Uarne] et une lithographie inaéréo dans lea Mémoirei de la Sociélé aTchéologique de Langret, tome 1«. Un autre dessin, liibographié par Dauzats, fait partie des Voyaget piUore»quet du baron Taylor; le croquis que nous donnons est lait d'après la lithographie de Dauzats.

i. En 1551, Henri II avait érigé la baroonie de Joinville en principauté pour François de Guise.

3. Voy. sur ce cabinet célèbre le Pictionnaire de* amatevr$ du xvii* siècle. Paris. Ouantio. 1684.

à condition qu'il porteroit le nom de Guise et qu'il viendroit habiter Paris, sous le bon plaisir du Roi ' ». Un arrêt du Parlement du 26 avril 1689 cassa le testament et restitua la succession aux héritiers naturels. Ceux-ci vendirent, en 1697, l'bâtel de Guise à François de Rohan, prince de Soubise. Joinville, formant l'apanage de la maison d'Orléans, passa dans les mains d'Anne-Harie-Louise d'Orléans, duchesse de Montpensier, fille de Gaston d'Orléans et nièce de M"* de Guise, qui habita le château pendant quatre ans. £lle mourut sans postérité, en 1693, instituant pour son héritier Philippe de France, duc d'Orléans, son cousin germain, qui devint le Régent.

En 1738, des réparations étant devenues nécessaires au pavé de la chapelle des Princes, à l'église Saint-Laurent, le duc d'Orléans ordonna une visite dans les caveaux. Le procès-verbal d'ouverture, conservé à la Bibliothèque nationale*, donne tous les détails de cette opération, qui eut lieu les 13 et 14 mars 1738 :

Ayant Tait l'ouverLura du caveau, dit comrauDémeDt le caveau de Claude de Lorraine, après un Miserere chaolé par le chapitre de Saint-Laurent, étant descendu un ■lambeau à la main dans ledit caveau, on y a reconnu les monuments ci-après :

A" Trois cercueils de plomb occupant le fond dudît caveau;

V> Quatre autres cercueils de plomb traversant les trois ci-dessu?... Sur le dernier des quatre, occupant le fond et l'eitrémitri, éioit l'inscription suivante : > Cy gist haut et puissant prince, Claude de Lorraine, fils du Roy René de Cicile, en son vivant Duc de Guise, etc., qui trépassa le 43 avril l'an 4550 h Joinville par poison. > Et plus bas : <■ Priez Dieu pour son ftme >.

3° Deui autres cercueils en plomb traversant les quatre ci-dessus...

Et le lendemain, étant descenda de nouveau dans le caveau des princes, on y a irouvé, au pied de l'escalier, sur celuy des trois cercueils qui est an milieu, uoe grande plaque de plomb presque détachée dudit cercueil, sur laquelle éloit ï lire : ■ Cy dedans ce tombeau gist le corps de haute et puissante princesse Madame Antoinette de Bourt}on, Duchesse douairière de Guise et de Joinville, Dame de Donjeui et de Harai, en son vivant, femme et épouse de feu haut et puissant prince Claude de Lorraine, duc de Guise et prince de Joinville, laquelle trespassa le samedy jour de Saint-Tincenl, le tS janvier 4S83, entre 6 et 6 heures après midy, Agée de S9 ans, un roots. Priez Dieu pour son âme. •

Les autres cercueils renfermaient les corps de François, duc de Guise (f 1563); de Charles, duc de Guise, fils aîné de Henri le Balafré (f 1640); de ses quatre enfants et de son petit-fils.

Cependant, le château de Joinville, mal entretenu, abandonné depuis

1 . Arch. nat. loventaire après décès de W^ de Guise. — De Bouille, IV, i97. i. Mss. Cabinet des Titrra, carton des Guises. — Bibliothèque Barotte, archivée de la Haute-Marne, n« 739. — De Bouille, I, 548. Appendice.

longtemps par ses maîtres, tombait en ruines. En 1747, on avait décidé la démolition du Grand Jardin, pour éviter des réparations coûteuses. Trente ans plus tard, les bâtiments tenaient encore, mais le mal avait fait des progrès considérables ; Grosley écrivait à Pierre, premier peintre du duc d'Orléans, le priant d'intercéder auprès du prince pour sauver au moins le mausolée et le « pavillon du Jardin d'en bas, dont l'architecture et les ornemeus annoncent les mains qui ont travaillé à ceux du vieux Louvre' n. Mais, ni le duc, retiré à Bagnolet, ni son fils, lancé à corps perdu dans la politique du jour, ne s'inquiétaient de Joinville et de ses monuments. Le 27 avril 1791, Louis-Philippe-Joseph d'Orléans, celui qui devait bientôt s'appeler Philippe Égalité, vendit aux sieurs Berger de Vassy et Passerat le terrain et les bâtiments du château pour la somme de sept mille cinq cents livres, à charge de tout démolir. Le marché fut exécuté en conscience; le château a totalement disparu. La même année, le 21 juin, le duc vendit encore le Grand Jai'din à M. de Tbosse, officier de marine, pour vingt-trois mille livres ; par un acte sous seing privé, une chambre fut réservée pour le dépôt des archives de l'ancien château et le pris de location fixé à trois livres par an'. Cette fois du moins, l'acquéreur ne fut pas tenu de détruire ce qui restait des bâtiments.

Le château vendu et dépecé, l'église de Saint-Laurent, qui formait nne de ses dépendances, fut supprimée à son tour. Toutefois, avant de statuer sur le sort des sculptures et des peintures qu'elle renfermait, le directoire du district ordonna une enquête et le peintre Joseph Benoist fut chargé de ce travail. Le manuscrit inédit de son rapport, daté du 22 novembre 1791, est conservé aux arcliives de la préfecture de la Haute-Marne sous le titre de Noiice des monuments, de peintures^ sculptures et autres exùtants dans la ci-devant église collégiale du chapitre Saint-Laurent de Joinville'. Voici la partie relative au mausolée de Claude de Lorraine.

A la droite de la chapelle de la Vierge est celle des Princes; c'est dans celte chapelle que l'on voit le tombeau de Claude de Lorraine, premier duc de Guise, et d'Antoinette de Bourbon, sou épouse, aux soins de laquelle et de son Qls François, duc de Guise, est dû ce monument.

Le frontispice a, dans la toUlité, 18 pieds (6 mètres) de hauteur; la façade divisée en trois portiques, celui du milieu large, pour laisser apercevoir le tombeau qui est

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