XXX. — S" péftlODE
atU'ibuls, et supportent un entablempnt dont elles paroissent sentir le poids, eicilent l'adiniralioD des connoisseurs. Les chapiteaux, ainsi que la corniche et tout l'enlablement, est {sic) d'une 1res belle pierre blanche, dont le grain 6n a donné à l'artiste la Tacilité de polir son travail et de le faire avec délicatesse. Tels sont les ornements qui
enricliissenl son architecture.
Claude de Lorraine, à genoui devant un prie-Dieu, dans l'attitude d'un homme qui prie avec ferveur, est couvert d'un manteau ducal doublé d'hermine. Derrière loi, Amoinelte de Bourbon, aussi à genoux, est vêtue de même, ayant une couronne en cuivre doré sur la tête. Ces deux ligures, un peu plus grandes que nature, ainsi que le prie-Dieu, sonlen albâtre et travaillées avec autant d'art que les précédentes figures. La galerie au-dessus de l'entablement, les pilastres et les corniches sont de la même pierre que tout le reste du monument, et les intervalles remplis en suc et en marbre.
Une autre galerie, pofée au-dessus do celle que je viens de décrire en amortissement, est coupée au milieu par une espèce de niche dans laquelle soot on relie! les armes de Lorraine en marbre. Dans les compartiments dont les deux côtés sont composés, il y a aussi deux écussons en marbre blanc, des armes ' en bas-relief, et deux écussons des chilTres de Claude et d'Antoinette.
Le monument, dans lequel on entre par une des arcades qui est entre les cariatides, a douze pieds (1 mètres) de longueur sur six (î mètres] de profondeur, et, de hauteur, quinze (5 mèlres), et se termine en voûte. Dans les tympans sont représeo- . téeg la Foi, la Religion et, de l'autre côté, la Charité cl l'Abondance. Ces figures sont posées au-dessus d'une corniche qui termine l 'architecture, qui est bien traitée. Les intervalles des pilastres sont divisés en compartiments en stuc; aux doux extrémités sont deux espèces de niches, dans lesquelles il y a des ba&-reliefs incrustés. Deux autres bas-reliefs sont posés sous deux petits vitraux qui sont aux deux extrémités du sarcophage. Deux amours de marbre blanc servent de supports à un œil-de-bœuf; ils sont en pleurs, éteignant leurs flambeaux. Une tète do mort ailée sert d'agrafe au bas de Twil-de-bœuf, Le tout est d'un grand goût et supérieurement traité.
Le sarcophage a sept piedâ [l^.SOj de longueur, et quatre ((""i^tO) de largeur. Une base de pierre de louche de quatre pouces (0'°,108) d'épaisseur, porte un massif de deux pieds (O^iGS) de haut, revêtu de deux bas-reliefs sur les trois faces qui, avec les quatre dont j'ai parlé, présentent les principales actions de Claude de Lorraine. Cette partie est couverte par une corniche, au.-si de pierre de louche, qui a environ six à huit pouces (0'°,16 ii 0*<,!0) d'épaisseur.
Quatre griffes de cuivre supportent un entablement de pierre de louche de onze pouces (0',î9) d'épaisseur, sur sept pieds (i^SO) de longueur et quatre pieds ()",30) de largeur. Sur cet entablement sont posés les corps nuds el dans un état de mort de Claude et d'Antoinette, sur des matelas, ayant sous leur léte des coussins. Ces deux Ggures honorent l'artiste qui les a produites et méritent des soins que l'on ne prend pas. L'humidité altère le stuc du lieu où elles sont et laisse une espèce de sel sur les
1 , Claude de Lorraine portait parti en pal contre pal de quatre royaumes et quatre duchés et une sur le tout, savoir: l" Hongrie;!" Naples et Sicile; 3° Jérusalem; 40 Aragon en chef; Sf Anjou; 6° Gueldres; 1" Juliers; 8" Bar en pointe; 9" Lorraine sur le tout. L'écu chargé d'un lambel de gueules en chef. Feriel, nofei mss.
bas-relierâ, qui nous priveroit bieoiôt d'un des plus beaux moDumenta qu[ eiiâlenC en France*.
Une IradiLioQ que je ne combatirai point allribue ce monument à Blichel-Ange, qui le fH à Florence, d'où on l'envoya. Il pourroit se faire, parce que Uichel-Ange vîroit dans ce temps ; qu'il n'est mort que dix ans ou douze aprè^ l'éreclion de ce monument. D'antres l'attribuent à un nommé Girardot. H. Grosley a TaiL sur cet objet des dissertations et des conjectures vraisemblables. Le savant dom Calmet, dans la grande histoire de Lorraine, en parle et en a même donné la gravure qui, quoique mal dessinée, en donne une grande idée; il y a trente ans que je l'ai vue et m'en rappelle bien faiblemeot*.
L'épitaphfl en cuivre attachée h ce monument donne le sujet des bas-reliefs; c'est pourquoi j'ai juge à propos de la placer ici. Elle est sur une lame de cuivre de quairo pieds ((°,!0) do longueur sur seize pouces (0°,43] de hauteur* : Mbhobi.e etern.e, Claudio a Ldtharingia Bemati Régis Sicili.e filio, Gnisi^c et Auualle duci
PRIVO, UARCBIOM MENX, JoiNVILL.E BABONl, CAHPANIX SENESCHALLO, ET m EO COUl- TATU PHIUUlt MOX IN Bl'BGDMJI.E ETIAM DUCATU PRO REGI, UAGNO FraNC1£ CiIAUBEL-
lANo, Gallor. Hblvetiob, ac Geruanob. rEoiTUM Duci, Tuhh.e centdu catapbrac-
TOR. EQUITUU PRfFECTO, OPTIUO PRINCIPI, PATHIS PATBI.C NOUBN ADEPTO, PABTA INSIGNl VICTORIA DE H£BBTias BOSTIBUS AD SavERHUH AlSATI.E OPPIPUH, ET BUB-
cuNois AC Belgis civibds consbrvatis, iuhatuba uorte hacno omniuu dolore ac
LVCTD EXTISCTO, AnTOMA UXOR BorBONIA UARITO INCOUPARABILl ET SEX F1L1I PABI PIETATB PARETTn OPTIUB MBBITO IKKSTtS. POSVEBE. VIXIT ANN05 LIIII, 1IBNSE3 V, DIES XXVI, DBIIT ANNO POST ClIBISTUH NATIIM U. D. L. PRIO. ID. APRIL. n
Le peintre Benoist et son rapport arrivaient trop tard. Conserver des tombeaux superbes et des épitaphes fameuses, souvenirs abhorrés du H fanatisme et du nobilisme », on n'y songeait guère. La meute était lâchée, elle voulait la curée. Dans la nuit du Id au 20 novembre 1792, le Directoire du district fuit ouvrir tous les caveaux, éventrer les cercueils
1. Grosley,dans une lettre à Pierre, premier peintre du roi, décrit ainsi, en I7T7, le sarcophage : < Sur ce sarcophage sont jetés les cadavres, plus grands que nature, du duc et de la duchesse, dans l'état où ils se trouvaient après l'embaumement; le ventre de celui du duc est cousu, après avoir été ouvert pour cette opération. Or la der de la demi-arcade du milieu porte une lète de mort couronnée, h laquelle l'artiste a su inspirer un air de dignité et de Berté; et sur le stylobate, dans le point correspondant à la clef, on voit un masque de Venise, qui pareil s'y être raccroché, en se détachant de la léie de mort. Et cette t^le et ce masque, l'un et l'autre exécutés en marbre, s'offrent d'abonl à l'œil qui, à travers les arcades de la façade, se porte dans l'intérieur du tombeau où il ne saisit que le profil des deux cadavres. Vous sentirez, monsieur, mieux que personne, le prix de cette idée, plus susceptible d'une profonde méditation que d'un minutieux commentaire. ■
t. L'histoire de Lorraine de Dom Calmet ne donne point la gravure du mausolée de Joinville, mais seulement celle du monument de Ferry II.
3. Nous rétablissons l'orthographe latine, passablement estropiée par le peintre Benoist.
et jeter péle-mèle, ossements et cadavres, dans une fosse creusée seo^ tement au cimetière du château. Dès le malin, le bruit de cette prolànation à huis dos se répand en ville ; une véritable émeute éclate cl)ez ces braves gens, fiers de leurs grands souvenirs et fidèles aux anciens bienfaiteurs de la cité. La fermentation augmente d'heure en heure; le Conseil municipal, réuni à la hâte, en appelle au Directoire. Bref, on décide d'accorder u satisfaction prompte et solennelle à l'opinion publique' ». L'exhumation immédiate est ordonnée ; on retrouve entiers les corps de Claude et de François de Guise, noircis par le temps et couverts de terre ; ils étaient vêtus d'une étoffe de soie, et François, reconnaissable à sa haute stature, portait encore sa balafre historique. « Pendant deux jours, dit M. Feriel', ils furent exposés au chœur de l'église Saint-Laurent, où le peuple se poiteit en aflluence. On prit leurs cheveux, on coupa des morceaux de leurs vêtements, qu'on emporta comme autant de reliques. Enfin, le 23 novembre, un convoi nombreux accompagna ces vénérables restes à l'église Notre-Dame, où un service funèbre fut célébré. De là le cortège se rendit à l'hôpital fondé par les princes de Guise, puis il vint déposer religieusement leurs ossements dans le cimetière paroissial. » C'est là que reposent, désormais confondus, les restes du sire de Joinville, de ses successeurs et des ducs do Guise.
Le Directoire avait dû céder, mais il allait prendre sa revanche. Quelques jours après, le 27 novembre 1702, il adjugeait au sieur Berger, pour le prix de quatre mille cent cinquante livres » l'église Saint-Laurent, le cloître y attenant, la galerie, le logement du sonneur et la chapelle des princes, tout ensemble, à la réserve des marbres qui sont dans ladite église et du jeu d'orgues^ ». Tout fut impilojablement démoli, le mausolée comme le reste ; il fallait bien le mettre en pièces pour laisser l'acquéreur enlever la pierre qu'on lui avait vendue, et le Directoire arracher de ces « sépultures fastueuses » le fer, le cuivre et le plomb réclamés par le ministre de la guerre.
Dans ce bouleversement, quel fut le sort des statues et des bas-reliefs qui, depuis deux siècles et demi, faisaient l'admiration des visiteurs? Enlevées brutalement, sans précautions, à la bâte, par des ouvriers insouciants, qui ne voyaient dans les plus beaux chefs-d'Œuvre que des blocs et des matériaux, les figures de Claude et d'Antoinette furent rom-
t. Regislre du Conseil muoicipal; J. Feriel, Hitt. de Joinvilie.
S. Hiit. de Joinvitle. Voir 8ussi la lettre du maire L. Royer au préfet de la Haute- Maroe, ea date du 13 mai 4818; ibid., appendice.
3. Ilevue de Champagne et Brie de déc. 1883; notice très i utâ rossante , signée H. 6.
pues, jetées à terre, et leurs débris jonchant le sol disparurent avec les décombres et les gravois.
Deux cariatides du portique échappèrent au massacre par un singulier hasard. En supprimant l'aiguière et la coupe de la Tempérance, on
en fit l'Égalité, et la Justice^ privée de sa balance, devint la Liberté. Gr&ce à la métamorphose, les deux statues servirent aux fêles de 93 et traversèrent tes mauvais jours sans nouveau dommage. Elles sont conservées & la mairie de Joinvîlle, dans une des salles du Conseil municipal.
Quatre figures de marbre blanc, placées jadis dans les tympans de la voûle intérieure du mausolée', se trouvent aujourd'hui dans l'escalier du musée de Chaumont. Elles représentent la Foi, la Religion, la Cfuirité et l'Abondance, avec leurs attributs, d'un travail excellent et du plus beau style.
La dalle de marbre noir qui portait les corps gisants de Claude et d'Antoinette était lestée cachée derrière une cuve, chez un habitant de la ville. En ISil, la Liste civile en fit l'acquisition pour la placer au cimetière de Joinville, à l'endroit où reposaient les restes des sires de Joinville et des ducs de Guise exhumés en 1792*.
Quant aux bas-reliefs qui entouraient le sarcophage, ils servirent de matériaux pour les constructions voisines. Or un jour M. Didier Hanin, peintre et amaleur demeurant à Joinville, découvrit deux de ces marbres en morceaux, encastrés dans les fondations d'un mur. M. Didier Hanin possédait uue collection de porlraiis des ducs de Guise provenant de la vente du docteur Mitlière de Joinville ; il acheta les bas-reliefs pour les réunir à son cabinet'. Ses héritiers les vendirent à M. Délie, de Saint- Dizier, notaire au Havre, et celui-ci les fit transporter dans une maison qu'il avait lait bâtir aux environs, à Manéglise. C'est là qu'ils furent encore une fois découverts par M. Legrand, tapissier au Havre, appelé à Manéglise après la mort de M. Délie. M. Legrand, ignorant l'origine des bas-reliefs, mais frappé de leur perfection, s'empressa de les acheter et les amena dans ses magasins. Pendant dix-huit mois, il tenta vainement de les vendre ; de guerre lasse, il prit le parti de les envoyer à l'hfttel Drouot. La vente a eu lieu le Id mai dernier, et les restes du tombeau de Claude de Lorraine, achetés 6,250 francs, sont entrés dans la belle collection de M. Emile Peyre, un arcliitecte plein de talent et un amateur plein de goût.
Nous donnons le dessin d'une des cariatides et des deux bas-reliefs ; ces trois morceaux sont de marbre blanc. La cariatide a 2 mèti'es de haut ; elle semble s'affaisser avec grâce sous le poids de l'entablement. Les basreliefs mesurent l'",75 sur 0",75. Le premier représente le siège d'une ville, de Saverne probablement ; par malheur, on n'a pu sauver que ti-ois