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Voy. Le roi René, par Lecoy da la Mdrche, II, B

conduit au beau ; et si l'on se plaint, au point de vue de la couleur locale, de voir les peintres du Nord faire surgir des moulins k vent au milieu des montagnes de la Judée, de voir Fouquet et ses imitateurs introduire dans les scènes bibliques la cathédrale de Paris, le donjon de Viocennes, les rives de la Loire ou les coteaux du Cher, on n'en admire pas moins la recherche toute nouvelle apportée dans ces parties accessoires ; recherche poussée parfois si loin, que le marquis de Laborde n'hésite pas k mettra le chef de l'école française au-dessus de Jean van Eyck pour ses lointains et ses vues à vol d'oiseau, à côté de Mantëgne et de Donatello pour ses batailles aux plans harmonieusement combinés'. Certaines miniatures, par exemple celle du Pas de la Pastourelle, dans les œuvres du roi René, sont même de véritables bergeries et donnent, à une époque où l'amour de la nature champêtre était encore peu développé, comme un avant-goùt des pastorales de Watteau. Le feuillage et les fleurs ont changé d'aspect. Dans les encadrements, dans les larges bordures qui couvrent maintenant toute l'étendue des marges, et surtout de la mai^e extérieure (l'ornementation envahit même quelquefois la tranche des livres), ce n'est qu'un fouillis de plantes, de rameaux, de fruits, d'animaux indigènes, se mouvant comme ils peuvent k travers les rinceaux d'or ou d'argent. La flore conventionnelle cède peu à peu la place k la flore nationale. Elle s'y mêle encore aux xiii' et xiv siècles; puis les feuilles adoptées par l'enlumineur, la feuille de houx par exemple, se dépouillent du caractère ornemental pour se rapprocher de la forme et de la couleur naturelles. M. Edouard Fleury a relevé ■ dans un quadrilatère de dix centimètres et demi de longueur et large à peine de vingt-cinq millimètres, une infinie variété de fleurettes, toutes des champs : pensées, chardons, bluels, pavots, ancolies, myosotis, némophyles, valérianes, campanules de toutes formes et de toutes couleurs, parmi lesquelles pendent des fruits, fraises et raisins, et s'agite un monde de charmants animalcules, plus beaux et plus pimpants que nature , mouches et papillons, escargots et reptiles, monstres capricieux et inoffensifs, où Grandville eût pu puiser k pleines mains pour l'illustration de son La Fontaine et de ses Animaux peints par eux-mêmes*. » Les singes, recherchés au moyen âge pour leur drôlerie, forment toute une série comique : les uns brandissent l'épée comme s'ils s'en allaient en guerre, les autres se contentent de partir en chasse avec un bâton ; celui-ci fait le galant, celui-là joue de la cornemuse ou du hautbois. Le goût si prononcé de ce temps pour les fleurs et les jardins,

1. Fenaissance des arts, t, 150 et suiv. S. Fleury, op. cit., t* partie, p. 103.

LA MINIATURE EN FRANCE DU XIII' AU XVI- SIÈCLE. 369 pour les ménageries et les oiseaux rares, fail éclore presque spontanément, sous le piuceau de nos artistes, une foule de motiis de cette catégorie. Il leur fait illustrer des bestiaires, ces étranges manuels d'histoire

naturelle où la description physique de l'animal est sacrifiée à celle de ses qualités supposées ' \ des recueils de fahles, comme celui d'où l'on a tiré pour le Joinville des lions, des renards, des cigognes, des ânes pleins de vie et remontant pourtant au \ni*= siècle ; des livres de vénerie, comme

1. Le P. Cahier a longuement examiné quelques-uns de cea bestiaires peints dans ses Mélange» d'archéologie, If, Sôelsuiv.; III, ilJ3, !88; IV, S5, 87.

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les Déduits de la Chasse de Gaston Phébus, comte de Foix; des traités de botanique, comme ceux qui figuraient dans la bibliothèque de René d'Anjou, omateur passionné de la belle nature; il leur fait reproduire des séries entières de végétaux, d'animaux, d'insectes ailés, avec le nom latin et le nom vulgaire de chaque espèce en regard, comme celle qui couvre les marges du somptueux livre d'heures d'Anne de Bretagne. Ce goût particulier se perpétuera chez nous jusqu'aux temps modernes ; sous son empire, Gaston d'Oiléans entreprendra la célèbre collection de sujets d'histoire naturelle peints sur vélin, qui est aujourd'hui un des trésors du Muséum de Paris.

Dans toutes ces miniatures de la période gothique, comme dans les bordures qui les accompagnent, le mélange des couleurs vives et le contraste des tons sont la règle ordinaire. Mais, comme si les enlumineurs avaient voulu reposer l'œil du lecteur, fatigué par cette débauche de coloris, ils se sont renfermés de temps en temps dans la peinture monochrome. Les Français paraissent avoir affectionné ce genre nouveau, cultivé aussi par les Flamands et les Italiens, et connu sous le nom de camaïeu ; mais il est dilTicile de voir là, comme semble le faire le P. Cahier ', un aveu d'impuissance ou d'infériorité dans la science de la couleur : mille produits de notre école nationale démentiraient un si étrange raisonnement. Le camaïeu, d'ailleurs, n'est pas toujours absolument monochrome ; il admet les chairs peintes dans le ton naturel, les filets d'or rehaussant les plis des draperies et quelques autres enjolivements de nuance différente. Quelquefois il offre deux tons de la même couleur, rouge sur rouge, bleu sur bleu. Mais, plus généralement, il est gris sur gris (il s'appelle alors la grisaille), et ressemble ainsi à une imitation de bas-relief ; c'était là, peut-être, le but poursuivi par ses inventeurs, qu'aura frappés le succès mérité des sculptures gothiques. Cependant le camaïeu d'or était également usité ; Fouquet nous en a laissé plusieurs spécimens dans les manuscrits décorés par son pinceau, et un auli'e sur un médaillon de cuivre, où l'on voit son portrait peint, dit-on, par lui-même (au musée du Louvre). La miniature à teinte unique ne diffère pas autrement de la miniature ordinaire; elle passe par les mêmes vicissitudes cl atteint sa perfection à la même époque.

La période de la Renaissance, qui s'ouvre vers 1480, peut être considérée comme une période de déclin pour l'enluminure, en dépit des immenses progrès alors réalisés par l'art de peindre en général. D'abord, l'élément calligraphique, base primitive de l'ornementation des manu-

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