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DU XIII" AD XVI» SIÈCLE

Ce que dous appelons le sujet de genre existe aussi dans les miaiatures gothiques.

Bien des tableaux saintes à l'Écriture ou à rent plutôt, on vient de cette intéressante caténdamment de ceux-là, il s qui sont complètement constituent de simples ! de hors-d'œuvre. Telles multiples du Trontispice :ur faisant hommage de rsonuage. Autrefois, cet aux saints; maintenant, terre qui se sont faits les iiil fait toucher du doigt [ grandes phases de Tende présentation » (c'est le terme adopté), l'auteur est ordinairement agenouillé et présente son ouvrage au dédicataire, qui le reçoit assis sur un ti'6ne ou sur une « chaière ", entouré de ses fami-

4. Yoy. Gazette des Beaux-Arts, ï* période, l. XXX, p. 6i et US.

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liers. Excellent prétexte pour les portraits et les scènes de mœurs. Deux remarquables types de cette catégorie font partie de l'édition illustrée "^e Joinville publiée par la maison Didot. Le premier nous montre le bon sénéchal oflrant la vie de son regretté mattre n à son bon seigneur Looys (Louis XI, filz du roi de France, par la grâce de Dieu roy de Navarre, de Champaigne et de Brie, conte palazîn n , comme le disent les lignes tracées au-dessous. Cette peintnre du xiv* siècle doit à sa date, si rapprochée de l'événement, une couleur locale absolument sCtre et une saveur toute particulière. La seconde, au conlrah-e, exécutée deux cents ans plus tard, pourrait aussi bien être intitulée : u Le chevalier Bayard apportant à François I" une part du butin qu'il vient de conquérir». Les qualités de l'exécution ne rachètent pas, à nos yeux, ce grossier anachronisme, plus choquant dans un sujet appartenant à notre histoire et à une époque relativement peu éloignée de l'artiste. Entre les deux, il y a place pour de charmantes pages de l'âge intermédiaire, qui sont à la fois des peintures heureuses et des tableaux véridiques. Telles sont, parmi cent autres, ta présentation de la Cité de Dieu faite à Charles V par Raoul de Presles, et celle du Livre des tournois, faite à Charles Vlll par Louis de Bruges.

Des sujets de genre non moins intéressants sont les vignettes des douze mois de l'année, dans le calendrier placé en tête des beaux livres d'heures de la période. L'enlumineur profite ordinairement de la liberté qui lui est offerte par ce cadre si commode pour introduire, soit en haut des pages, soil dans les larges bordures qui les encadrent, de petites scènes essentiellement naturalistes et souvent fort curieuses. Mais, ici même, son caprice n'a pas tout à fait la bride sur le cou : il est enchaîné par la tradition et tourne dans un cercle de sujets entre lesquels il a simplement à choisir. Les douze mois sont régulièrement accompagnés de la représentation des occupations, des événements, des jeux ou des plaisirs propres à chacun d'eux, ainsi que des signes du zodiaque. Voici quels sont, le plus souvent, ces attributs figurés ;

Janvier. Le Verseau ou un jeune garçon versant de l'eau. Un terrain semé d'ai'bres défeuillés. Effet de neige. Un paysan au repos ou à table. Un bourgeois ou un seigneur dînant le dos au feu, seul ou avec un ami. Le jeu de la crosse. Les amusements de l'enfance.

Février. Les poissons. La pluie. Effet de neige. Un vieillard se chau^ fiant devant un foyer ardent. Des bourgeois devisant au coin du feu. Les crêpes. L'école.

Mars. Le Bélier. Les arbres bourgeonnant. Le laboureur à la charrue. La taille des arbres fruitiers ou de la vigne. La chasse à l'arc La cérémonie des Cendres.

Avril. Le Taureau. Le feuillage naissant. La cueillette des premières fleurs et la confection des u chapels fleuris ». La chasse au faucon. Le jeu des pèlerins. La procession. La promenade sentimentale. Lasérénade champêtre.

Mai. Les Jumeaux. La plantation du o mai >. Les prés fleuris. La chasse à l'oiseau. L'entretien des amoureux. La promenade à cheval.

Juin. Le Cancer. Le chêne et la vigne verdoyants. La coupe des foins. La tonte des moutons. Le cortège des noces. La bénédiction nuptiale.

Juillet. Le Lion. Les faucheurs. Les meules de foin. La pêche. La moisson. Le père de famille entouré de sa femme et de ses enfants. Le jeu de la queue du loup.

Août. La Vierge. Les blés mûrs. Les moissonneurs. La rentrée des grains. Le payement des ouvriers. Le départ pour la chasse. Le colinmaillard.

Septembre. Les Balances. La vigne chargée de r&îsins. La vendange. Les semailles. Le paresseux réduit à la misère. Le tir à l'arc. Le cheval fondu. La main-chaude.

Octobre. Le Scorpion. La fabrication du vin. La réparation des tonnes. Les semailles. Les pourceaux paissant les glands. Le riche bourgeois dînant en famille.

Novembre. Le Sagittaire. La chute des feuilles. Le malade et le médecin. La chasse dans les bois. La récolle des glands. Le jeu de paume.

Décanbre. Le Capricorne. Le bûcheron coupant du bois. Le battage du blé. Le boulanger enfournant, La chasse au sanglier. La préparation du porc. Les derniers moments du malade. Les boules de neige.

Dans ce calendrier, les fêtes et les principaux saints du mois font aussi, le plus souvent, l'objet d'une miniature. Sous le pinceau d'un artiste habile, toutes ces petites scènes prennent un air de vie dont l'étroitesse du cadre augmente encore le mérite. Dans la seconde moitié du xv* siècle, elles deviennent de véritables prodiges de finesse et de réalisme, surtout chez les Flamands; l'admirable bréviaire du cardinal Grimani, auquel collabora Memling, renferme des chefs-d'œuvre en ce genre, et plusieurs sur chaque feuillet. Le calendrier est assez ordinairement accompagné des porti'aits du propriétaire et de sa famille, de ses armes, de ses emblèmes, de ses devises, de vues de son manoir ou de son pays. Il est suivi du commencement des quatre évangiles, du petit office de la Sainte-Vierge , de l'office des Morts, du rèât de la Passion, et de prières diverses ajoutées pour satisfùre certaines dévotions personnelles ou locales, avec une rubrique annonçant parfois qu'à ces prières sont attachées des indulgences considérables, dont la concession on-

gînate est déposée < au trésor des chartes du roi notre sire ». Ce deraier détail est toujours inexact ; mais on devine de quel secours peuvent être ces oraisons spéciales, ainsi que le calendrier et ses accessoires pour découvrir l'origine du livre. Chaque partie des heures est ornée d'histoires traduisant pour les yeux les passages saillants du texte. On trouve de tout dans ce commentaire en peinture, depuis la scène du Calvaire jusqu'à la cérémonie des funérailles , qui est encore une scène de mœurs ; quelques amateurs ont même poussé la recherche jusqu'à faire représenter par anticipation leur propre enterrement : ainsi, dans le livre d'Etienne Chevalier, le drap mortuaire et les écussons des porteurs de torches portent les armes personnelles du propriétaire. Tel est te contenu de ces pieux manuels, si répandus depuis le commencement de la période gothique, et qui peuvent, à eux seuls, servir de crllerium pour apprécier le niveau de l'art. Us permettaient aux laïques de réciter, suivant l'antique usage, les prières que les chanoines psalmodiaient dans leurs stalles à certaines heures fîxes (d'où leur nom). A l'extérieur, ils n'étaient pas moins somptueux. Devenus promptement de véritables joyaux, enrichis par le travail de l'orfèvre, du relieur, du brodeur, ils étaient portés par les élégantes dans un sachet précieux , suspendu à leur bras ou à leur ceinture. Un poète du temps, Eustache Deschamps, les désigne parmi les objets de luxe dont une femme de bonne maison ne pouvait décemment se passer ; on se demande seulement comment, devant une telle accumulation de merveilles artistiques, elle arrivait à prier sans distraction. Les princes, les grands seigneurs mirent une louable émulation à posséder les plus belles heures ; ce fut leur façon la plus ordinaire d'encourager l'art de la miniature. Entre tous se distingua le duc de Berry, frère de Charles V, dont on conserve plusieurs magnifiques livres de prières: un d'eux, aujourd'hui à Bruxelles, contient vingt grandes peintures exécutées par Jacquemart d'Odiu ou de Hesdin et par André Beauneveu, le plus habile de ses artistes, suivant le témoignage de Froissart ; dans un autre, appartenant à la famille d'Ailly, on n'admire pas moins de cent soixante-douze sujets, accompagnés chacun d'une légende en caractères bleus et rouges, et dans celte longue galerie figurent le duc et la duchesse en oraison, un groupe de flagellants se donnant la discipline, etc. *; un troisième, devenu le plus bel ornement de la riche collection du duc d'Aumale, offre toute une série de scènes bibliques et de vues d'après nature dont les lecteurs de la Gazelle ont pu apprécier dernièrement le mérite supérieur, et oîi M. Delisle, qui en a

*. Voy. Delislo. .Vélanges, p. 283 et ï35.

découvert les principaux auteurs, Pol de Limbourg et ses frères, n'a pas craint de reconnaître le chef-d'œuvre de la peinture du moyen âge. Les ducs d'Anjou eurent des heures presque aussi belles, notamment Louis II, cousin germain de Charles VI, Yolande d'Aragon, sa femme, René et Charles, leurs fils. René, artiste universel, passe même pour en avoir peint cinq ou six de sa main ; mais cette attribution est erronée ou suspecte, sauf pour deux superbes volumes illustrés par son pinceau ou tout au moins par celui des artistes qu'il entretenait auprès de lui : on voit, dans le premier, les portraits du roi de Sicile et de son fils, mentionnés plus haut, ainsi qu'une réduction du tableau du Itoi mort, également attribué à René ; dans le second, une très belle tête de Vierge, et dans tous les deux, un mémorial de famille qui ajoute à ces peintures un puissant intérêt ' . Il faut encore citer les heures du duc de Bedford, dues à un maître français, celles de Louis de Laval, celles de Pierre II, duc de Bretagne, où, parmi de petites scènes bretonnes, se fait remarquer une vue du mont Saint-Slichel. Nous avons parlé du livre de Jeanne d'Évreux, reine de Navarre; il se rattache par une évidente parenté à celui de Louis 11 d'Anjou et à l'ua de ceux du duc de Berrj' ; car, pour l'art comme pour la littérature, il existait une sorte de fonds commun où puisaient à volonté les gens du métier, fort indifférents au principe de la propriété : une preuve entre mille, c'est le cheval blanc du saint Idartin de Fouquet, qui se retrouve avec la même pose et le même harnachement dans mainte miniature. On conçoit qu'un si luxueux développement devait donner aux heures une valeur vénale considérable. Leurs propriétaires les hypotiiôquaient comme des immeubles, et souvent elles valaient le prix d'une grande teiTe. Le roi René engagea un jour les siennes pour cent florins ; certains princes emprunt^ent sur les leurs des sommes dix fois plus fortes.

Un autre genre introduit dans la miniature par la période gothique, c'est le paysage. Il y remplace en grande partie, depuis la fm du xiv siècle, et concurremment avec le décor d'intérieur, les champs d'or et les dessins quadrillés, qui jusque-là composaient uniformément le fonds de toutes les scènes à personnages, aussi bien de celles qui se passaient en plein air que des autres : nouveau pas vers l'imitation parfaite de la nature. Le paysage apparaît d'abord sous un aspect rudimentaire : les arbres sont quelque peu fantastiques ; la perspective est absente ou fausse, ni plus ni moins que dans les décors d'intérieur et les vues de monuments. Mais l'intention est là, et bientôt s'y joindra l'expérience. La recherche du vrai

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