Le Ctdtinet dei ManutcriU, III
t. Vie de la reine de Bretagne, II, 46; Notice riei objets compotanl le Minée det Souverain», p. 85.
d'héritiei-s. On l'a déjà remarquii, la gronde peinture moderne est la fille de l'enluminure : après s'être échappée du corps de la lettrine, Vhisloire a brisé la prison du livre, devenu à son tour un cadre trop étroit, pour s'élancer au dehors et se développer en liberté. L'école française, en parliculiei', a pour ancêtres directs Fouquet, Beauneveu et leur modeste pléiade, bien plutôt que les maîtres de la Renaissance italienne. Nos fresques, nos peintures sur toile ne sont, à l'origine, que des miniatures agrandies : mômes idées, même faire, mêmes procédés, môme finesse. Regardez les retables, les reliquaires décorés par le pinceau, la châsse de sainte Ursule, par exemple : la ressemblance est encore plus frappante et la transiiion plus insensible. Rien d'étonnaol, d'ailleurs, puisque ces œuvres vénérables sont souvent sorties des mêmes mains : Fouquet, les van Eyck, Angelico de Fiesole, Léonard de Vinci n'onl-ils pas exercé leur génie fécond sur te vélin aussi bien que sur la toile ou le bois, et certaines de leurs œuvres, comme le portrait d'Etienne Chevalier, n'ont-elles pas été simplement transportées de l'un sur l'autre? Même en peignant leurs grands tableaux, Giotto, le Pérugîn, Raphaël dans sa première manière ont l'air de se souvenir des brillantes enluminures où ils ont puise dès leur enfance le goût du dessin, en feuilletant les vieux manuscrits de leurs églises et de leurs bibliothèques. La juste admiration que nous inspirent les modei-nes doit donc remonter jusqu'à leurs initiateurs et à leurs premiers modèles. Le mystère qui recouvre le nom de la plupart de ces anciens maîtres, le voile plus épais que le temps a jeté sur leur gloire les ont fait trop souvent négliger ; leur astre a pâli devant le soleil du grand art : mais l'éclat du plein midi ne détruit pas le charme de l'aurore el ne saurait en imposer l'oubli.
A. LECOr lïK LK HAROHE.
Le KMtclcut eu chef, g^not : L0UI6 OOMBB. Puii — Imp. A. QOANTIN, 7, rus Saint-Benoît. — |S111|
XKX, — S* PÉRIODE.
..di£Oe5.]Je l!iiiimorUlité. J)aDS WEpUome de Vilruve^ publié à Toulouse en 1556, par Jean Gardet et Dominique Berlin, on le traite de u sculpteur et d'architecte de grand bruit». Au xvii° siècle, Sauvai, qui a si bien parlé de la sculpture parisienne de ta Renaissance, a dit de lui qu'il était « le plus excdient sculpteur qu'il y ait en France " , et Goujon est toujours resté en lumière. Non seulement le xrii^ siècle l'a admiré, étudié et imité, mais le XTUi" en a fait autant, et sa gloire, au lieu de diminuer, a encore grandi de nos jours et ne peut plus s'obscurcir. Par un rare bonheur, ses plus beaux ouvrages existent encore, et l'admiration qu'ils méritent peut se renouveler et se vérifier dans leur vue. Pour les décrire et les juger, il faudrait tout un livre qui nous serait facile, et nous y sommes prêts depuis longtemps, mais ce n'est pas aujourd'hui ce que nous demande la Gazette.
Un érudit italien, M. Tonunaso Sandonnjni, vient de faire une trouvaille aussi considérable qu'inattendue. Sans sa découverte, la légende du meurtre de Goujon dans la boucherie de la Saint-Baribélemy, quoique déjà bien ébranlée dans le monde spécial de l'érudition, n'en continuerait pas moins de trôner dans toutes les Biographies et se serait encore indéfiniment répétée, pour justifier une Tois de plus te proverbe latin : Vulgus vult decipi. Elle sera désormais détruite par une preuve formelle. M. Sandonnîni, qui l'a heureusement trouvée, a bien voulu en offrir la primeur à la Gazette, et nous ne saurions trop l'en remercier. Aussi, comme introduction au document qu'il lui communique et au commentaire dont il l'a accompagné, nous nous bornerons à résumer et à indiquer rapidement les faits et les dates authentiques de la biographie du maître. M. André Pottier et H. Berty sont ceux qui en ont le mieux parlé, l'un dans l'Œuvre de Goujon gravée au trait par Réveil et publiée chez Audot en iShk, l'autre dans ses Grand* architectes français de la Benaissance (Paris, Aubry, 1860], mais on peut y revenir après eux.
Disons sans plus attendre que Jean Goujon est mort en Italie plusieurs années après la Saint-Barthélémy ; nous établirons plus loin la date précise.
Bien, absolument rien, n'a encore été produit ni sur le lieu nt sur la date de sa naissance.
Nous savons, par H. André Pottier, que le peintre Landon, qui était Normand, lui donnait Alençon pour patrie, et d'autres ont parlé de Séei ; dans les Mémoires de la Société des Antiquaires de Normandie de 18&0,
JEAN GOUION. 379
H. Lechaudé d'Anisy a essayé d'établir qu'il était né '& Saint-Laurent de Condéel, près d'Harcourt, dans le Cinglais (Calvados] et qu'il était Gis d'un Pierre Goujon, dont il tait un sculpteur. La réfutation qu'un autre Normand, H. Mancel, a Taite de cette assertion en 1S56, dans le même recueil, dispense de revenir sur ce point. 11 y a lien pourtant de iitire remarquer que la cheminée sculptée, invoquée par le premier, ne prouve rien; son style, dont il n'a pas tenu compte, la met tout k la fia des Valois, et le monogramme des trois lettres GOV, qui est dans une place très apparente au centre d'un cadre circulaire, ne peut, en aucun cas,' être ni une signature d'artiste ni l'abréviation de Goojoii; ce doivent être les lettres initiales des prénoms et du nom du propriétaire de la maison.
Quant k l'opinion que Goujon aoit né à Paris, il n'y a pas lieu d'en tenir compte.
On l'a basée sur ce que les Briefs éloges des illustres Français, de Gabriel Michel, Angevin, l'auraient dit Parisien. Cela serait, que la preuve resterait bien faible. Il est facile de croire et d'appeler Parisien un homme qui a vécu & Paris et qui s'y est rendu célèbre.
Le portrait que M. Fillon avait acheté en 1867, k Paris, chez Evans sur le qnai Voltaire, qui est à la plume et semble fait de fabrique avec l'intention de faire partie d'une suite pour un livre, porte le nom Maistre Jehan Cow'on et la date 1563. II y est coifTé d'un bonnet incliné sur f oreille, et vêtu d'un pourpoint sur lequel im pardessus à larges plis; la main gauche porte un maillet ou un coin de médaille. Un second portrait s'est trouvé dans Y Album amicorum de Bamabas Pomer, peintre voyageur allemand, vendu à Paris en JS3d à la vente du libraire rouennais Lebrument. C'est un dessin & la pierre noire, avec cette inscription :
Haistre Jehan, poiot n'eslos k demy, Gouioo, mon amy,
Et le serés
Tant que vouldrës Et tani que vivrons,
Jehan Gouion.
Celui qui a écrit cette inscription semble avoir eu la prétention, peu justifiée, de faire des vers, mais ces six lignes sont au moins adressées à la personne vivante, et ce dessin, dont j'ai sous les yeux une £hoto>
retraite sous les orgues, dont, au premier étage, le grand corps se porte en avant en encorbellement, disposition beurense qui fut reprise à Rouen quand on fit, au xvii* siècle, les orgues do Sajnt-Ouen. C'est le premier ouvrage connu de Jean Goujon.