‹ Gazette des beaux-artsChapitre 94 sur 148 · IV · texte numérisé non relu

IV

Il résulte d'un autre article que notre sculpteur avait reçu 6 livres là sous pour un autre ouvrage, ou mieux pour deui autres ouvrages, « les portraictz du Portait et de la Fontaine ».

Rouen est riche encore en fontaines anciennes, plaquées contre les maisons, surtout contre les églises, et Jacques le Lieur leur avait consa^ cré en 1525 le Livre det Fontaines, d'après lequel M. de Joliment a fait en 18A5 son volume sur les principaux édifices de Roueo k cette époque. Sur la face latérale gauche de Saint-Maclou, aussitôt après le porche, on voit encore cette fontaine, étroitement encastrée entre deux contreforts et faisant une légère saillie convexe. Cest un médaillon ovale, dont le sujet central — probablement une armoirie — a disparu, et qui est accompagné de guirlandes de fruits, de têtes ornementales et de deux petits Amours, que la gravure, faite par Polyclës Langloîs en 1835, montre dans le rôle du petit bonhomme de Bruxelles. La sculpture est très fruste, et l'exécution en a toujours été si grossière que de soi-même on ne l'attribuerait pas à Goujon, quoique le dessin et la composition soient de son temps et de son goût. Comme le compte est forme), il faut tenir la petite fontaine de Saint-Haclou pour une œuvre de Jean Goujon.

L'autre partie du même article n'est malheureusement pas aussi explicite. On connaît le joli porche de Saiat-Haclou, auquel son architecte, afm de faire voir sa façade de la rue étroite où la vue s'étrangle, a donné trois pans, pour le mettre dans le plan et dans le mouvement du terrain difficile qui lui était imposé. Au lieu d'une façade en largeur, dont tes côtés ne se seraient pas vus, il a rais la sienne en hauteur et en perspective ajourée. Peut-être est-elle de Jean Le Roux, qui a été Maître des œuvres de Saint-Haclou et qui est mort en I&IO; mais, en tout cas, personne ne peut, même un instant, penser à Goujon, ce porche, de style absolument flamboyant, lui étant bien antérieur. Donc il ne peut s'agir que du dessin des célèbres portes de bois.

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Toutes trois sont remarquables, et ce n'est pas seulement par les sculptures de leur face eitérieure. La face intérieure, ce qui est plus rare, est décorée d'une superbe ornementation de dessins géométriques, au lieu, comme les sièges dont les dos méprisés se voient pourtant quand on s'en sert et qu'ils ne sont plus collés au mur, de ne présenter qu'une surface nue et déplaisante. Deux de ces portes sont sous le porche, et la troisième au transept gauche. Celle-là, qui se trouve être la plus grande, est la belle porte, celle que l'opinion à Rouen attribue plus particulièrement à Jean Goujon,- ou pourrait être d'un autre avis. Le style en est plus ronflant, plus avancé dans les Valois. Il est bien probable que ce n'est qu'une imitation inspirée de celle du porche où se trouve au centre une tête d'animal en bronze, dont le parti est également reproduit dans la porte du transept. C'est au contraire cette autre, ta plus petite, celle k gauche du porche, qui est de beaucoup la plus belle ; un détail même y est une trace bien précieuse du goût déjà personnel du maître.

La partie supérieure de chaque vantail est' séparée de l'inférieure par une corniche sur laquelle se dressent cinq statuettes de Saints en haut relief; mais entre elles, et pour leur servir de fond et de repoussoir, on remarque, aujourd'hui plus qu'autrefois, quatre figures en relief très plat; elles ne sont qu'un remplissage, mais elles ont déjà et d'une façon très frappante, malgré leur petitesse, te sentiment et la condition presque absolument plate des grandes figures de la Fontaine des Innocents et des bas-reliefs du Louvre. C'était alors une nouveauté, et, malgré la dilTérence de dimension, la ressemblance est saisissante. Les deux portes du porche peuvent être du dessin de Jean Goujon, — j'ai dît que celle du transept était postérieure et n'était qu'une imitation des premières, — mais celle-là en est certainement ; sa marque y est et saute aux yeux.

Qu'il nous soit permis, incidemment, de rappeler ce qui s'est passé il y a quelques années. Ces portes, surtout celles de la façade, ne sont pas en bon état de conservation. On a trop longtemps négligé de lés abreuver d'huile de lin pour maintenir la cohésion du bois; surtout dans les parties saillantes, bien des morceaux se sont détachés et perdus. Un amateur rouennais, qui les admire avec une compétence supérieure à celle de beaucoup d'autres, s'offrit à faire les frais d'une restauration. Sa proposition, si désintéressée qu'elle fût, a été repoussée par la fabrique et ce n'a peut-être pas été sans raison. Pour remettre des têtes, des bras et des mains, pour raccorder les parties neuves avec les parties subsistantes, mais malgré tout rongées et vieillies, il aurait fallu entamer et, de proche en proche, retoucher le tout. De même que la barbarie du grattage des monuments enlève, avec la solidité de leur patine qui ne

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se f^formd pas, toute la fleur et l'épiderme de la sculpture et du ciseau, de même les portes de Saint-Maclou seraient forcémeat devenues modernes par le fait de cette restauration et auraient cessé d'être du XTi* siècle. Il y aurait autre chose k essayer ; ce serait de les mouler et -de les couler en bronze. La pensée m'en était venue en les revoyant il y a un mois, et comme j'exprimais cette idée à des Itouennais, on me dit •que je n'étais pas le premier à l'avoir eue et qu'elle avait déjà été émise à Rouen. Tant mieux si elle y est sérieusement reprise et qu'elle arrive à l'exécution; car l'abri du porche, auquel elles doivent d'être arrivées jusqu'à nous dans l'état où elles sont encore, ne les préserve suffisamment ni de l'humidité ni de Ut pluie d'ouest à laquelle elles sont exposées, et le mal, si lentement qu'il marche, ne peut que continuer et s'accroître. Une fois moulées, l'épreuve de plâtre permettra de compléter sur elle tous tes manques et tous les accidents sans toucher & l'origine. C'est cette restitution, cette remise en état, faite aussi sobrement et aussi disr crëtement que possible, qui servira pour le moule, et, une fois en métal, les portes de Saint-Mactou seront plus durables et plus belles. Les originaux pourraient alors être transportés au Musée archéologique. C'est là qu'ils seraient le mieux à leur place, et dans les meilleures conditions de conservation et d'étude, tout en continuant d'appaitenir à Saint-Maclou , qui pourrait ne faire que les prêter à l'état de dépdt. Mais, de toutes façons, le fait s'impose en quelque sorte de lui-même; il convient et il faut que les portes de Saint-Hactou soient les mêmes, mais en bronze, et que le bois original soit mis à l'abri et rentré à l'intérieur pour pouvoir demeurer daos son état actuel.

Enfm Goujon a travaillé au tombeau des d'Amboise dans la chapelle de la Vierge de Notre-Dame de Rouen.

Il va de soi qu'il n'est pour rien dans l'ensemble du monument. Georges d'Amboise, mort en 1510, avait, dans son testament, attribué 2,000 écus d'or soleil pour qu'on lui fit un tombeau de marbre. Son neveu et successeur, Georges II d'Amboise, veilla à l'exécution de sa de^ tiiëre volonté. Les travaux furent commencés en 1513, la première pierre fut posée en l&ld, et le tombeau terminé en 1525 ; il avait coûté 6,952 livres 16 sous & deniers. Son goût participe, pour les figures, du goût du Breton Michel Colombe et, pour les arabesques, du Florentin Juste, mais on est sûr que personnellement ils n'y ont été ni l'un ni l'autre

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